LE CULTE DE LIVIE
proclamation officielle, applicable à rempire tout entier, transforma le défunt en Divus Augustus. Mais on n'en resta pas là. Sans parler des hommages qui furent décernés à Auguste ', notamment en Egypte, dans un pays habitué de toute antiquité à mêler ainsi l'humain au divin, et dans l'Asie hellénistique, d'autres membres encore de la famille impériale furent l'objet de la même- adoration, même dans l'Achaïe, quoiqu'elle en fût relativement sobre, ainsi que nous l'avons vu. Pour ne rappeler ici qu'en passant ^ le culte de la gens Julia à Corinthe, et celui d'Octavie, la noble sœur d'Auguste, dont nous avons déjà parlé (tome I, p. 483, 3), ce fut surtout le cas pour l'impératrice Livie, qui, en Egypte, fut naturellement confondue avec Isis et vénérée comme telle ^ Du vivant de son époux, l'Achaïe la fêtait simplement comme l'épouse de celui-ci*; élevée après le décès d'Auguste au rang de Julia Au-
gus, XXIII [1866], p. 220 et suiv. Ephem. Arch., n° 3724, 3, p. 1914. Ross, Bem. v. AU., p. 87, n» 114, 3. Bôckh, G. I. Gr., I, n» 396. Rhein. Mus., XVIII, p. 57. 60. Wachsmuth, Die Stadt Athen, p. 674; pour Thespies (culte combiné ici avec la fête des Muses), v. Bôckh, C. 1. Gr., n" 1586, lig. 3- 4; pour Delphes, v. Rhein. Mw^. XVIII, p. 269 et II, p. 111. Curtius Anecdot. Belph., Xi" 67, p. 83; pour Argos,v. Bocku, C. L Gr., I, no«H23. 1124. 1126; pour Épidaure (culte combiné ici de temps à autre avec les Asclépieia). Bôckh, n» 1186. Extension universelle du culte d'Auguste; v. Kuhn, Bie stddt. undhiirgerl. Verfass. de!^ Rom. Reiches, t. I, p. 112. Bôckh, C.I.Gr., vol. II, p. 851. — Le serment par le Génie d'Auguste aussi usité en Grèce : voy. Bôckh, C. I. Gr., vol. II, p. 43. (Pour l'Achaïe, nous avons déjà, dans let, I, p. 483 et suiv., parlé en outre des temples d'Auguste à Athènes et à Sparte, etc. En Asie, de nouveaux temples s'élevèrent à Mylasa, Auguste étant encore vivant; v. Bôckh, C. I. Gr., vol. II, n° 2696; à Nysu, n«2943; à Kyme, n" 3524; à Assos, n° 3569; à Cyzique, Tagit., An?i.,lV, 36. Dio Cass., LVII, 24, et ainsi de suite sur beaucoup d'autres points).
*) Cf. Becker-Marquardt, op. cit., t. IV, p. 99. 435. Preller, Rom. MythoL, p. 773. 791 et suiv.
'^) Peut-être Julie, la fille d'Auguste, fut-elle aussi honorée de la même manière à Athènes; cf. K. Keil dans le Philologus, XXIII [1866], p. 615. 617.621; V. aussi Bôckh, G. L Gr., vol. Il {Addenda), p. 1026a, no 2167 6/, lig. 24, mais Bôckh préfère ici la leçon Livia (à Lesbos); plus loin (lig. 25), Octavie est également honorée; v. Bursian sur le livre de Conze, Reise auf Lesbos, p. 13, pi. VII, n° 1 et 2, dans le LUlerar. Centralhlatt, 1866, n» 31, p. 834.
3) Cf. Preller, p. 773, 792.
*) L'inscription de Iulis dans l'île de Céos était autrefois appliquée à Sabine, l'épouse d'Hadrien; mais v. Ephem. Arch., n» 2995. Le Bas, Iulis, n° 170. Keil, dans le Philolog., XXIII, p. 616 et suiv.; cf. de plus Bôckh,
i4 LE CULTE DES EMPEREURS
gusta, nous la trouvons ultérieurement, et surtout depuis sa coQsécration officielle par Fempereur Claude, honorée sous ce nom comme déesse, à diverses reprises, dans les pays de langue grecque. Ici elle est Julia Dea, comme à Athènes et à Mégare; là, Julia Héra, comme en Thessalie: nous la retrouvons sous les noms de Julia Hestia et de Démêter, et à Athènes elle avait la même prêtresse que Hestia*. Enfin, dès les premières années du principat d'Octavien Auguste, les Grecs de Cypre avaient poussé le raffinement dans la fiatterie jusqu'à faire de la suite des nouveaux noms qu'ils venaient de donner à leurs mois « une reproduction d'un Elogium du Prince * y>.
Chez ces Grecs et demi-Grecs de l'empire romain, si profondément déchus, dans l'ensemble, au point de vue moral, amoureux de la faveur et habiles à en supputer les chances, le dépérissement croissant des débris de la vieille moralité et d'un sentiment d^honneur jadis à toute épreuve, la décomposition progressive de l'antique religion, la ruine de la vieille croyance ; dans la masse du peuple, la passion des spectacles
ibld.y p. 1026 «, sur le no 2167 (/. Inscription en l'honneur de Julia Augusta à Corcyre, dans Bockh, C. I. Gr., IV, p. 5, no 6827.
0 Juliaôeà Segao-x-)] Ilpévota à Athènes (inscription et statue du temple de Claude), v. Bôckh, C. I. Gr., vol. I, no313, lig. 1 ; à Mégare, n» 1070, p. 565a, Julia Héra en Thessalie, n® 1775, p. 8656 et cf. Leake, Trav . in northern Greece, n° \ld, 3. Keil, Syll. inscr. Boeot., n° 156, p. 78. Livie confondue avec Heslia, v. Bôckh, II, p. 909 6; Keil dans le Philolog., XXIII, p. 615-617 et ci-après, p. 16, 2; cf. aussi Eckhel, D. N., VI, p. 155. Livie souvent représentée comme Démêter; v. 0. Muller, Handbuch d. ArchaoL, § 199, 7. Ross, Griech. Inselreiseny t. IV, p. 24. — Mais Livie ne lut officiellement consacrée comme Diva Augusta que par son petit-fils l'empereur Claude, et ce fut à partir de ce moment seulement que son culte prit son essor dans les provinces. Siîeton., Claud., c. 11. Dio Cass., LX, 5. cf. i'^'reller, p. 777. Becker-Marquardt, t. IV, p. 428. — On peut ici faire encore mention également de la société des Agrippiastes (c'est ainsi qu'on les appelait), sous la présidence de Gaios Julios Deximachos, qui s'était formée à Sparte (après l'an 18 av. J.-C.) en l'honneur du grand ami d'Auguste, M. Vipsanius Agrippa. Bôckh, C. I. Gr., vol. I, n^ 1299. Pauly, R. EncycL, t. I, 1, p. 606.
2) Cf. K. F. Hermann, Griech. Monatskunde, p. 14 et 90 et suiv. {Gôtting. Gelehrt. Anzelgen, 11« cahier, 1866. Nachrichten d. Kônigl. Gesellsch. d. Wissensch., 14 mars 1866, n° 9). H. Sauppe sur Unger et Kotschy, Die Insel Cijpern, Wien, 1861, notamment sur l'inscription d'Acheropithif p. 130 et suiv. (Auguste honoré comme Gsb; à Cvpre : Bôckh, C. /. Gr., II, n" 2629.)