CULTES ÉGYPTIENS EN GRÈCE
de départ du mouvement chrétien. II est manifeste que le judaïsme excitait un très vïf intérêt chez les Hellènes. Des esprits d'une haute culture, comme Plutarque et ses amis, aimaient à discuter sur les rites caractéristiques, les défenses de manger de la viande, et surtout le culte des Juifs ; ils arrivaient ainsi, par une étrange illusion, à prétendre découvrir entre le culte juif et celui du Dionysos grec la plus étroite affinité ^
En outre, dès le temps des Diadoques,les cultes égyptiens'' avaient aussi pénétré en Grèce ; plus tard, dans l'empire romain, la dynastie Flavienne surtout les favorisa. Dans Fîle commerçante de Délos, à Andros, Naxos, Chios % à Athènes*, à Ambracie % en Laconic ® ; à Hermione \ h Corinthe % à Patrse ^, à Messène *°, en Phocide et en Béotie ^S il y avait alors , comme plus tard au temps de Pausanias, des sanctuaires de Sarapis (que Ton a sous beaucoup de rapports identifié notamment avec l'Asclépios grec). Le culte d'Osiris, et bien plus
*) Plutarch., Quœst. Sympos., IV, 4, 4; 5. 6.
2) Cf. BôGKH, C. L ar., I, p. 783 6.
^) Sur Délos, voy. Meier, Comment. Epigr., I, p. 42. Bôckh, II, de n° 2293 à n« 2306. Sur Chios, n'^ 2230. Sur Andros, Naxos, etc. voy. Bôckh, II, p. l079, n« 2416 6. Rhein. Museum, II, p. 98 sqq. 327 sqq.
*) Temple de Sarapis à Athènes : Pausan., I, 18, 4. cf. Bursian, Geogr, von GriechenL, I, p. 295, Rhein. Museum, XXIII [1868], p. 15. Meier, Comm. Epigr., 1, p. 34 et 51. Bôckh, C. I. Gr., I, p. 161 sqq.
^) Ambracie ; voy. Bôckh, n» 1800.
6) A Sparte (Pausan., III, 14, 5); à OEtylos (Pausan., III, 25, 7) ; à Bœae (Pausan., III, 22, 9 et Curtws, Peloponnesos, II, p. 234. 283. 296).
"?) Pour Hermione, voy. Pausan., II, 34, 10. Curtius, Peloponnesos, II, p. 458.
*) Corinthe avait deux sanctuaires de Sarapis (Pausan., II, A, 7. Curtius, op. cit., II, p. 533).
9) A Patrae, dans la ville basse (Curtius, Peloponnesos, II, p. 441 sqq.), dans le voisinage du temple de Démêler élevé à l'angle S.-O. de la ville vieille, près du bosquet qui bordait le rivage et entourait les temples d'Apollon et d'Aphrodite, il y avait un double sanctuaire de Sarapis (Pausan., VII, 21, 6).
*") Dans le voisinage du théâtre (Pausan., IV, 32 fin. Curtius, II, p. 146).
**) Sur la ville phocidienne d'Ambrysos, voy. Rhein. Museum, II, p. 101. Bôckh, C. I. Gr., I, n° 1729. Daulis et Tithorea, voy. Rhein. Museum, II, p. 550-558. Bursian, Geogr. von GriechenL, p. 167. 169. Copae en Béotie : Pausan., IX, 24, 2. Orchomène : Rhein. Museum, XVIII, p. 67. Chéronée : Bôckh, C. I. Gr., I, n« 1608. Coronée : Keil, Syllog. inscr. Boeot,, n° 21, p. 89.
270 CULTE d'isis en achaïe
encore celui dlsis, — dans laquelle on croyait principalement reconnaître Démêter, sans cependant abandonner complètement ses autres attributs, qui en faisaient une déesse universelle S — avait, pendant l'époque impériale, gagné beaucoup de terrain en Grèce. L'amie de Plutarque, la noble Cléa de Delphes, la supérieure des Thyiades, avait déjà été initiée parses parents au culte d'Osiris, que l'on considérait comme identique au Dionysos grec ^ Plutarque lui-même traita de la religion et du culte de ces curieuses divinités égyptiennes dans un de ses écrits les plus savants. Il est très facile de comprendre que les cultes mystérieux des bords du Nil, ce pays des merveilles, qui depuis si longtemps s'étaient imposés aux méditations des Grecs, trouvèrent à cette époque un puissant écho. Des érudits, amis et serviteurs de la religion olympienne, continuaient d'éprouver volontiers leur sagacité sur ces problèmes égyptiens, tentaient de démontrer l'identité des divinités égyptiennes et grecques, espérant trouver dans la Ihéosophie égyptienne, dans cette sagesse des prêtres égyptiens vers laquelle on n'avait jamais porté que des regards respectueux, de nouveaux appuis pour soutenir l'édifice chancelant de la religion olympienne. Des hommes d'un esprit cultivé, auxquels la philosophie ne suffisait pas, cherchaient un secours pour leurs besoins religieux dans la sagesse et dans les cultes de Tétranger, avec leurs mortifications, leurs expiations et la rigueur de leur discipline. Le vulgaire enfin trouvait dans les cultes orientaux de quoi satisfaire largement à la fois son besoin d'impressions vigoureuses et sa curiosité. Nous possédons encore une piquante peinture d'une de ces fêtes dlsis en Grèce, que l'écrivain auquel nous la devons transporte à Corinthe, c'est-à-dire dans la grande ville commerçante, avec ses relations d'affaires s'étendant jusqu'au Delta, avec sa population fortement mêlée d'éléments orientaux. A Corinthe,
^) Cf. Jakob Burckhardt, Die Zeit Constantins des Grossen, p. 200 sqq. Sur Textension du culte d'isis et Sarapis en Grèce, voy. encore Pkeller, dans les Berichte der K, Sachs. Ges. d. Wm. de Leipzig, 1854, p. 196 sqq. et B,ôm. Mythologie, p. 725-733 : les textes se trouvent dans K. Fr. Hermann, GoUesdienstl. Alterthilmer, § 54, 2,
^) Plutarch., De Osir. et Osirid., 35 init.
FÊTE DISIS A COKINTHE 271
en effet, comme sur d'autres points de la Méditerranée, Isis était l'objet d'un culte particulier. Elle le devait notamment à un attribut qui ne fut donné à cette déesse que tardivement, et qui n'était pas d'origine égyptienne, au titre d'Isis Pélagia, ou « souveraine de la mer* ». Le 5 mars, on célébrait à Corinthe, comme partout chez les Romains, le navigium Isidis; c'était la fête destinée à célébrer magnifiquement l'ouverture de la mer, fermée pendant l'hiver, et de la navigation ^ C'est la procession d'Isis qui forme la partie capitale de cette fête. La marche est ouverte par une troupe joyeuse « dans le plus gai costume de carnaval »; on voit paraître les masques aux riches couleurs figurant des soldats, des chasseurs, des gladiateurs, des dames chargées de magnifiques ornements (c'étaient sans doute, le plus souvent, des hommes déguisés), des philosophes dans leur uniforme traditionnel, avec le manteau, le bâton, les pantoufles et la longue barbe de bouc, des oiseleurs et des pécheurs. Sur une chaise à porteurs parade une ourse apprivoisée, costumée en vieille dame de haut rang ; elle est suivie d'un singe drapé en Ganymède, avec un bonnet, un vêtement jaune safran brodé, une écuelle d'or à la main. Derrière trotte un petit âne travesti en Pégase au moyen d'ailes collées, à côté duquel marche un vieillard cassé, qui représente Bellérophon.
A peine cette joyeuse avant-garde a-t-elle achevé de passer, au milieu des cris d'allégresse de la foule turbulente des spectateurs, qu'apparaît la véritable « pompe » solennelle. En tête marche une troupe de belles femmes souriantes, portant des vêtements d'une éblouissante blancheur et couronnées de fleurs fraîchement cueillies; ce sont les « femmes chargées de la toilette d'Isis ». Elles jonchent le chemin de fleurs, l'inondent de parfums délicieux et de baume; d'autres font des gestes avec des miroirs et des peignes d'ivoire. Vient ensuite une grande multitude de personnes des deux sexes, avec des
*) Cf. Jakob Burckhardt, Bie Zeit Constantins des Grossen, p. 205. D'après Pausànias (II, 4, 7 et 2, 3), il y avait à Corinthe, sur la voie allant de la ville à l'Acrocorinthe, deux sanctuaires d'Isis, un d'Isis Pelagia, un d'Isis iEgyptia (près des sanctuaires de Sarapis), et un troisième à (ienchrées : cf. Curtius, Peloponnesos, II, p. 533. 538 et 593.
2) Burckhardt, ibid. Preller, Rom. Mythologie, p.> 729.
272 FÊTE d'iSIS a CORINTHE
lampes, des torches, des cierges et autres luminaires ; c'est un hommage rendu aux divinités sidérales ; puis des joueurs d'instruments à cordes, des fifres, et un chœur déjeunes et alertes chanteurs d'élite, portant des vêtements sans manches et blancs comme la neige, et faisant entendre un chant solennel ; avec eux, les joueurs de flûte de Sarapis, exécutant une mélodie empruntée à la liturgie du temple.
A ce moment se montrent des hérauts ; ils rendent le chemin libre et ordonnent de faire place aux membres les plus importants du cortège qui marchent derrière eux. Alors apparaissent en rang serrés d'abord les personnes de tout âge, de toute condition, de tout sexe, initiées au culte d'Isis : tous défilent avec des vêtements de lin blancs, les femmes avec la chevelure parfumée et un voile de gaze transparente, les hommes la tête complètement rasée. De leurs mains, ces initiés agitent le sistre , espèce particulière d'instrument bruyant dont les sons aigus étaient destinés à arrêter le malfaisant Typhon, le principe destructeur; suivant la fortune de chacun, ces instruments étaient d'airain, d'argent ou même d'or. Alors seulement paraissent les prêtres proprement dits, en blancs vêtements de lin étroitement serrés au corps, avec les symboles mystérieux de la divinité : le premier porte une lampe d'or, ayant la forme d'une nacelle, du milieu de laquelle s'élève par une ouverture une large flamme; le second porte dans les deux mains de petits autels; le troisième, une branche de palmier dont les feuilles sont d'or artistement travaillé ; le quatrième, une main gauche ouverte avec les doigts allongés et un vase d'or d'une forme particulière ; le cinquième, un van plein de rameaux d'or; le sixième enfin, une amphore. Ensuite paraissent les figures étranges et grotesques de la mythologie égyptienne : l'image d'Anubis (le messager intermédiaire entre les dieux et le monde souterrain, que les Grecs considéraient comme identique à leur Hermès) avec une tête de chien moitié noire, moitié couleur or; la vache d'Isis et une ciste mystique; enfin, le grand-prêtre avec une couronne de roses, un sistre, et la petite urne d'or, couverte d'hiéroglyphes et munie d'anses en forme de serpents, qui représentait la déesse elle-même.
Ï"ÈTE d'iSIS a COhlNTIÎE 273
Tel est Taspect du cortèg-e solennel qui part de la ville de Corinthe et se dirige vers le bord de la mer, près de Cenchrées. On place alors sur le rivage les objets sacrés; puis, au milieu des prières et de diverses cérémonies, le « vaisseau d'Isis » artistement construit, sur lequel sont peints des hiéroglyphes (la voile porte une inscription sacrée u pour l'heureuse navigation dans Tannée nouvelle »), est consacré à la déesse, rempli de parfums et d'offrandes pieuses, puis solennellement confié aux flots. Aussitôt que le vaisseau est hors de la portée des regards des spectateurs, la procession retourne à la ville, au sanctuaire d'Isis Pélagia, devant les portes duquel , après que les images des dieux ont été replacées dans l'intérieur et que les initiés sont entrés dans le temple , un des prêtres les plus considérés , celui qu'on appelait le scribe du temple, reparaît avec la corporation des prêtres appelés « Pastophores ». Il monte alors sur une estrade élevée, pour exprimer à l'adresse de l'empereur, du Sénat, de Tordre équestre, du peuple romain tout entier, de la navigation et de tout l'empire, un souhait de bonheur et de prospérité ; il termine par cette formule : « Allez maintenant chez vous, la solennité est accomplie! » Et la foule, dans sa pieuse allégresse, lui rend ses vœux de prospérité par de bruyantes acclamations, embrasse les pieds de la statue d'argent de la déesse debout sur le seuil du temple et se disperse ensuite dans toutes les directions ^
Pausanias nous apprend de plus que le culte d'Isis avait pris racine aussi en dehors de Corinthe, et notamment dans beaucoup de localités des côtes du Péloponnèse. C'est ainsi que nous connaissons des sanctuaires d'Isis, sinon à Patrae, du moins à Boura dans le district d'Achaïe% à flermione, où
1) Apul., Metam., lib. X, 35, 750. lib. XI, 2, 5-6 ; 8-17. Voy. en outre, BuRCKHARDT, op. clL, p. 204 sqq. Preller, Rom. MythoL, pp. 729 sqq. Sur* risis Pelagia, voy. encore Lucian., Deor. dial., 3 fin. et Dial. deor. marin. f 7. Son culte à Périnthe, Mionnet, I, p. 399; à Paros, Bôckh, n» 2411 ; à Samos, n<» 2253; à Rhodes, Appian., Mithrid., XII, 27; à Lesbos, v. aussi BocKH, vol. II, n° 2174; à Chios, n° 2230; à Délos, n°« 2293 à 2306; à Andros, voy. Preller, p. 733. Au sujet des îles, voy. encore, notamment pour Andros, les travaux publiés dans le Rhein. Mus., Il, pp. 326-334. 436-441. Bôckh, n° 2348. Pauly, R. E., IV, p. 289.
'^) Sur Boura, voy. Pausan., VII, 25, 5; Curïius, Pelop., I, p. 470.
Ai 4; CULTE L> ISiS A TITHOREA
elle possédait un sanctuaire en commun avec Sarapis^, sur l'acropole de Méthana ^, à Trœzène et à Argos% à Bœse en Laconic, où Isis possédait également un sanctuaire en commun avec Sarapis*. Le culte de cette divinité avait pénétré jusque dans l'intérieur de la Grèce. Non seulement nous trouvons des sanctuaires d'Isis dans le centre du Péloponnèse, aussi bien à Messène^, où elle partageait un sanctuaire avec Sarapis, qu'à Plilionte*^ et à Mégare ' : le culte dlsis s'était solidement établi aussi dans les régions montagneuses de la Grèce centrale, à Thèbes et Orchomène ^ en Béotie, et dans le voisinage de Delphes. Pausanias nous raconte qu'à Tithorea, ville de Phocide éloignée de Delphes seulement de 80 stades (trois lieues), Isis était « l'objet d'un culte des plus fortement constitués ». A quelques heures de la ville se trouvait dans une enceinte consacrée son sanctuaire, « le plus saint que les Hellènes aient élevé à cette divinité ». Il n'était permis d'édifier dans son voisinage immédiat aucune habitation à l'usage des hommes ; ceux-là seuls parmi les initiés avaient la permission de pénétrer dans l'intérieur du sanctuaire qu Isis ellemême appelait en songe par des visions. Tous les ans, les Phocidiens tenaient en l'honneur d'Isis deux assemblées solennelles, l'une au printemps, l'autre en automne. Trois jours avant chaque fête, le sanctuaire était purifié suivant un rite mystique ; le jour suivant, on dressait auprès de l'enceinte consacrée des tentes et des boutiques de toute sorte ; le troisième jour enfin se tenait une grande foire où Ton vendait des esclaves, du bétail, des vêtements, des ustensiles d'ar-
*) Hermione : Pausan., II, 34, 10.
«) Pausan., II, 34, 1. Le temple d'Isis à Méthana est présentement occupé par une chapelle de la Vierge. Gurtius, Pelop., t. II, p. 442. 576.
3) Trœzène : Pausan., II, 32, 6. Gurtius, p. 437. Argos : Mionnet, III, p. 234.
*) Pausan., III, 22, 9. Gurtius, p. 296.
^) Messène : Pausan., IV, 32 fin. Gurtius, p. 146.
6) Phlionte : Pausan., II, 13, 7. Gurtius, p. 475.
') Mégare : Pausan., I, 41, 4.
8) Sur Thèbes, voy. Keil, Syll. inscr. Boeot., n» 36, p. 151 sqq. Sur Orchomène, voy. Rhein. Museum^ XVIII [1853J, p. 67. Sur Thespies, voy. BôCKH, C. I. Gr., n° 1633; cf. cependant Keil, Syll. inscr» Boeot., p. 148 sqq. Sur Ambrysos en Phocide, vov. Rhein. Mus., II, p. 101. Bôgkh. , C. [ Gr., I, n« 1729.
CULTE DISIS A TITHOKEA 275
gent et d'or. Dans l'après-midi avaient lieu les sacrifices solennels. Les plus riches parmi les fidèles oifraient des taureaux et des cerfs : les plus pauvres, des oies et des pintades : quant aux cochons, aux moutons, aux chèvres, il n'était pas permis d'en sacrifier. Les victimes étaient d'abord conduites en procession solennelle autour du sanctuaire, puis on les immolait, on les enveloppait de bandelettes de toile et de byssus apprêtées à la manière égyptienne ; ensuite, ceux qui avaient le droit de pénétrer dans l'intérieur du sanctuaire les y transportaient et les brûlaient sur un bûcher ; les cendres restaient sur place jusqu'au troisième jour avant la fête suivante, et étaient alors enfouies dans un lieu éloigné. Ceux qui n'étaient pas initiés, qui n'avaient pas la permission de pénétrer dans l'intérieur du sanctuaire, mettaient le feu à leurs tentes après Timmolation des victimes et prenaient la fuite en toute hâte. Quant à celui qui, quoique non initié, osait prendre part dans le temple à l'holocauste^ celui-là était menacé de terribles visions et d'une prompte mort \ Nous voyons ici comment le culte de cette divinité étrangère, honorée aussi à Athènes et à Ambracie % s'était peu à peu combiné avec les pratiques les plus variées du culte d'autres divinités nationales et avec les relations les plus variées également de la vie quotidienne, comment ce culte se développa, devint un élément essentiel de cette théocrasie dont l'action était depuis longtemps si énergique, chez les Grecs comme ailleurs, et contribua ainsi, même dans les masses populaires^, à la destruction de l'ancien polythéisme national. Seulement, la beauté et la tradition nationale des grands cultes grecs d'autrefois, la multitude des cultes locaux remontant à un temps
*) Pausan., X, 32, 9. Le culte de Sarapis, qui, comme on le sait, est si souvent associé en Grèce à celui d'Isis, avait également gagné ici du terrain. BuRSiAN, Geogr. von Griechenland, I, p. 167. Rhein. Museum, II, pp. 550-558.
2) Ambracie : voy. Bôckh, C. I. Gr., II, n» 1800. Athènes : Bockh, C. I. Gr., n» 523, lig. 4, p. 471, sur le n» 48. Canéphores de Sarapis et d'Isis à Athènes, voy. K. F. Hermann, Gottesdienstl. Alterth., 2'= édit., § 54, 2. Ross, Demen, p. 87, n® 127, 2. Lenormant, Rech. Archéol., p. 215, n° 36. Voy. encore d'une manière générale Keil in PhiloL, XXIII [1866], p. 596. Inscr. Boeot., p. 87. Rhein. Mus., XXIII [1868], p. 15. Pauly, R. E., IV, p. 289.
276 MYSTÈRES d'iSIS
immémorial, conservèrent en Grèce à la religion olympique un soutien beaucoup plus puissant que ce ne fut le cas à Rome.
Isis faisait aux divinités grecques sur un autre point encore une concurrence appréciable. En Grèce florissaient toujours les nombreux mystères ou dévotions secrètes qui se rattachaient à divers cultes, notamment à ceux de Démêter et de Dionysos * ; ces mystères « rapprochaient les initiés de la divinité et conféraient en même temps des droits plus ou moins explicites à une immortalité meilleure que celle des ombres de THadès ordinaire ». Mais ces vagues allusions ne suffisaient plus à beaucoup d'égards, dans ce temps et dans celui qui suivit, au désir passionné de ceux des Hellènes païens qui eux aussi avaient besoin de croyances^ de ceux chez qui la philosophie n^avait pas pris complètement la place de la religion. C'est ainsi que les mystères plus âpres et plus énergiques d'Isis trouvèrent peu à peu chez un grand nombre d'Hellènes une vive sympathie. La souillure morale qui jadis (en particulier à Rome) s'attachait fréquemment au culte d'Isis, en fut peu à peu effacée. Les enthousiastes initiés d'Isis, chez lesquels souvent les spéculations philosophiques se mêlaient à un mysticisme d'imagination et de croyance, avaient d'abord subi des mortifications de diverses sortes, qui n^étaient pas à la vérité des plus dures ; lors des initiations elles-mêmes^ la surexcitation de toutes les forces de l'imagination et de la foi concourait avec le luxe d'une pompe théâtrale et symbolique ; le culte assidu de la divinité, joint à
*) Cf. Plutarch., Consolât, ad uxor., 10. Apul. (éd.Hildebrand, vol. II), Apolog.f p. 517. Mystères de Samothrace : Juvenal., Satir., III, 144. Friedlânder, Darstellungen (2^ édit.), II, p. 45. Éclat des mystères d'Eleusis à Athènes: omettre de s'y faire initier était malséant pour un homme bien élevé ; cela passait même presque pour une preuve d'athéisme ou du moins de grossière impiété ; Lucian., Demonax, 11 (remarquons en passant, d'après Plut., De solertia animal. 35 fin., ce fait curieux, que c'était une observance suivie par les initiés de ne pas manger de mulet de mer). Attraction exercée d'une manière permanente sur les Romains par les Éieusinies : voy. LoBECK, Aglaopham.j p. 37 sqq. Friedlânder, toc. cit. Initiation très fréquente des Barbares, comme on les appelait, aux Éieusinies (d'après Dion Chrysostome, qui, au surplus, était lui-même un initié); voy. J.Burckhardt, N. Schweizer. Mus. y IV [1864], p. 105.