LES FEMMES
entraînait, fut un nouvel agent de corruption. L'escroquerie, la captation des héritages, sous la forme la plus vulgaire^ ne furent plus rares, même chez les Grecs aisés ; les fils au gré desquels leurs parents vivaient trop longtemps, les jeunes prodigues que la mort de pères riches et avares mettait tout à coup à la tête d'une grande fortune et qui devenaient à leur tour des ladres, esclaves de leur argent, tels sont les types que le même Plutarque nous peint à diverses reprises en traits brûlants ^ C'est là une situation qui ne rappelle que trop la civilisation dévergondée de la Rome impériale et la corruption qu'elle cachait sous l'éclat de la pourpre.
Un autre point caractéristique est la position des femmes, qui, en Grèce comme ailleurs, tend toujours à devenir plus indépendante '"-'. Sans doute, ici aussi, Texemple des Romains exerça une action puissante. Il s'en faut que cet accroissement de liberté ait toujours donné de bons résultats. La belle Byrrheena, cette grande dame d'Hypata% avec sa frivolité gracieuse et sensuelle et ses nombreux adorateurs, est en définitive une figure d'un genre peu équivoque. Et cette veuve, belle, riche, jeune et de haut rang, cette Isménodora de Thespies^ qui (dans le temps où Plutarque venait de se marier) s'éprit du beau et jeune Bacchon, le fils d'une amie d'une condition inférieure, et qui, devant les efi'orts des nombreux amants de ce jeune homme pour empêcher le mariage auquel elle aspirait, finit purement et simplement, sans porter atteinte à une vertu rigoureusement sauvegardée d'ailleurs, par enlever bel et bien Bacchon sur le chemin de l'école des athlètes, avec l'aide de ses amis et de quelques hommes à elle dévoués, et arriva effectivement de haute lutte, par cet acte de décision, à épouser cet homme tout jeune encore *, cette Isménodora fait plutôt songer à une lady américaine, à volonté indépendante et opiniâtre, qu'aux nobles filles des Hellènes d'autrefois, avec leur vie calme et retirée. Toutefois, au fond de cette tendance il y avait pourtant un progrès. On
^) Plut., De cupid. divitiar., 6 init. 7.
S) Cf. aussi Plut., 0pp., t. V (ed Dubner), p. 51. fr. 34, 4, 3.
3) LuciAN., Asin.j 4. Apul., Metam., Il, 2 sqq. 20 sqq.
*) Plut., Amator.y 2. 7. 9. 10-13. 26.