LES ROMAÏQUES
devenir de plus en plus rare \ D'un autre côté^ la civilisation romaine proprement dite prenait un pied de plus en plus solide par l'extension du droit de cité romaine à tout ce monde de peuples, depuis le mur d'Hadrien en Angleterre et les rivages de rOcéan Atlantique jusqu'aux steppes de l'Euphrate et aux rochers granitiques de Syène, dans tout l'Occident africain, espagnol et ceUique, en Bretagne, dans les pays alpestres et sur le Danube. Le cours de notre exposition nous montrera bientôt que notamment les vastes contrées qui s'étendent de Vienne jusqu'à la Dobroudja, de Raguse au bassin de l'Hèbre, avec leurs populations pannoniennes, dalmates, daces et thraciques, en ce moment complètement romanisées, prirent complètement dans Tempire, au point de vue militaire, la place que Tltalie, jusqu'à la bataille d'Actium, avait occupée avec ses populations guerrières, qui paraissaient autrefois inépuisables. Mais dans l'Orient grec et hellénistique, la situation prit un caractère tout à fait particulier. 11 était évident que le nouvel ordre de choses aplanirait aussi dans ces régions les voies au droit romain et à la langue latine et leur promettait une plus grande extension. C'est de l'époque où nous sommes arrivés que date ce changement remarquable qui, des Hellènes, a fait des « Romaïques ». C'est un jeu étrange de l'histoire qui a fait de ce nom de « Romaïques » la désignation spécifique et nationale pour le monde grec du moyen âge et des temps modernes ; et cela après que les descendants des anciens Hellènes étaient devenus en tout des (( Byzantins », longtemps après la chute du monde romain antique, plusieurs siècles après la décadence de la nouvelle grandeur de la Rome du moyen âge. De nos jours encore, hommes et jeunes filles du peuple se sentent, dans la Grèce moderne, des « Romaïques» , en opposition avec les anciens Hellènes ; de nos jours encore, les classes populaires désignent leur langue usuelle par le nom de «romaïque», pour la distinguer du<( grec» des savants de leur pays et des voyageurs « francs ». Mais à côté de cela,
*) Peut-être appartient-il aussi à ce temps, ce Tiberius Claudius Frontinus Nicératos (voy. tome II, p. 404), célébré par des inscriptions d'Argos et de Sparte, un Grec iomanii=é qui fut, entre autres dignités, tribun dans la Legio IV Flavia (Bôckh, C. I. Grgec., I, no^ 1133 et 1327).