IMPORTANCE DU NOUVEAU DROIT DE CITÉ
genre ne pouvaient que tempérer d'une manière notable la joie qu'éprouvaient de nombreuses catégories de la population de l'empire en voyant établir définitivement l'égalité entre les différents peuples sous le sceptre des empereurs.
Néanmoins, et en dépit de l'indignité personnelle de l'homme qui a prononcé la parole décisive^ l'extension du droit de cité à tous les sujets libres de la cour du Palatin est devenue une révolution de la plus haute importance historique. Par cet édit, Garacalla ne fit, au fond, que sanctionner le puissant mouvement qui, sous l'influence délibérément nivelante du gouvernement impérial depuis le grand Jules César, avait constamment entraîné et entraînait encore vers l'égalité complète, sur le terrain de la politique et du droit, des différentes nationalités de l'immense empire, Ce n'était qu'un acte de justice que de 'rendre enfin égaux, par le droit, à la population italique les nombreux peuples non italiques, les nombreux habitants non romains de l'empire, dont l'argent et le sang avaient contribué pour une part très réelle à sa conservation. Il était d'autant plus nécessaire de prendre ce parti, que, de temps immémorial, non seulement on avait conféré le droit de cité à de nombreux provinciaux, à l'occasion d'un nouveau recrutement de légions, mais qu'on n'avait pas fait difficulté de le conférer, sans grand choix, pour de l'argent. Quelle physionomie civile cela avait-il donné jusqu'ici aux différentes provinces ? Nous n'avons pas, malheureusement, les éléments d'une statistique exacte. En tout cas, s'il s'agit de la Grèce, on est tenté d'admettre que dès lors, au moins dans les villes considérables comme Athènes, Sparte, Argos, Tégée, Thèbes, il n'y avait qu'un petit nombre d'habitants notables, ainsi que des grands propriétaires de l'intérieur, qui n'eussent pas déjà acquis le droit de cité romaine.
citoyen romain domicilié dans la province, ne pouvait pas figurer encore dans la vicesima comme matière imposable, et par conséquent que tout au plus la fortune mobilière des Romains établis en province (quoique celle-ci fût déjà grevée du tribut) pouvait être soumise à la vicesima. Nous ignorons malheureusement si cette interprétation avait été maintenue par Garacalla, ou si la cupidité fiscale avait introduit l'innovation de faire entrer encore une fois en ligne de compte la propriété foncière déjà soumise au tribut dans la supputation de la fortune.
CONSÉQUENCES DE l' EXTENSION DE LA CITÉ 9
Maintenant que, dans tout l'immense empire et dans chacune de ses provinces, il n'y avait plus, en fait d'habitants libres, que des citoyens romains en possession de tous leurs droits \ toutes les barrières surannées' qui séparaient encore les nombreux: peuples de l'empire étaient enfin tombées. Il faut dire que ce n'était, selon l'esprit du monde antique, que pour ceux que nous appellerions volontiers « l'humanité aristocratique », c'est-à-dire pour la population personnellement libre qui, là où le jeune christianisme n'avait pas encore commencé à réparer l'antique iniquité, se détachait nettement sur le fond sombre des centaines de milliers d'esclaves et des nouvelles centaines de milliers de « colons », demi-serfs ou vassaux. Tous les citoyens libres de l'empire voyaient désormais la voie ouverte à la jouissance de tous les droits et à l'exercice de toutes les fonctions publiques de cet immense monde romain ou romanisé. En face des redoutables puissances de destruction et de dissolution intérieures qui commencèrent bientôt à ébranler les fondements de l'empire, le « connubium » rendu possible désormais partout entre l'humanité italo-romaine et les autres races de l'empire, et la conscience d'appartenir à une seule et grandiose civilisation en qualité de citoyen possédant l'égalité et la plénitude de ses droits, tout cela devait produire un moment d'arrêt et une grande force de conservation. Les légions, enfin^ qui, dans les guerres meurtrières de Septime-Sévère, avaient subi des pertes considérables et à côté desquelles les empereurs étaient obligés désormais d'enrôler des masses de plus en plus grandes de Barbares auxiliaires, purent à l'avenir être recrutées sans peine avec des citoyens romains, quoique cependant Télément romain, dans le sens étroit du mot, dût
') A. ce propos, il ne faut naturellement pas passer sous silence ce fait, que l'extension du droit de cité décrétée par Garacalla pour tous les habitants libres de l'empire avait plutôt le caractère d'un privilège général pour la génération alors vivante ; que Garacalla n'avait nullement décidé qu'à l'avenir il n'y aurait plus dans l'empire que des citoyens romains. Aussi est-il arrivé que les catégories, absorbées de fait, de ce qu'on appelait les Latins et les peregrins, se reconstituèrent dans une certaine mesure en partie par des affranchissements postérieurs, en partie par de nouvelles immigrations dans l'empire, etc. Puchta, Cursus der Tnstitutionen, I, p. 416 sqq.; voy. aussi Voigt, Das jus naturelle, II, 2, p. 775 sqq.