‹ Histoire de la Grèce sous la domination des RomainsChapitre 100 sur 227 · LES CÉUVRES D*ART A CONSTANTINOPLE · texte numérisé non relu

LES CÉUVRES D*ART A CONSTANTINOPLE

vinces helléniques les produits de l'agriculture depuis longtemps suffisaient à peine aux besoins ordinaires, les mêmes places marilimes de la Grèce qui s'alimentaient depuis des siècles à l'aide des greniers de l'ancienne Byzance se trouvèrent, après la fondation de la nouvelle capitale Constantinople, réduites à une situation économique de toutes façons difficile '.

Enfin, la fondation de la nouvelle capitale exerça encore une autre influence sur ce qu'il y avait de plus délicat dans la vie intellectuelle des Hellènes. L'empereur Constantin voulut parer sa nouvelle ville de la façon la plus grandiose avec des œuvres d'art authentiques. Comme il n'existait plus de moyen pour les faire naître, il eut recours d'une manière vraiment barbare aux procédés des anciens proconsuls de la République et de l'empereur Néron. Il envoya ses agents dans les provinces^ de préférence naturellement dans les pays grecs et hellénistiques, surtout à Delphes, Athènes, Rhodes, Smyrne, Ephèse, Chios, en Crète, àCyzique, pour chercher dans les temples abandonnés ou devenus inutiles, dans les régions autrefois sacrées, dans les villes grecques riches en œuvres d'art de toutes les époques, les innombrables trésors qui s'y trouvaient et les expédier en masse à Constantinople, où ils furent employés à la décoration des nouvelles places ou des monuments d'apparat, quelquefois avec des transformations arbitraires, d'autres fois en les laissant tels quels ^. Dans

*) SurTÊgypte, devenue le grenier de Constantinople de par Constantin, qui destina à l'approvisionnement de Ja nouvelle capitale une partie des contributions en nature de cette province, voy. Sograt., II, 13. Sozomen., III, 7. Walter, p. 556. Marquardt, II, p. 233. Effets fâcheux de cette situation pour la Grèce, particulièrement pour Athènes. Voy. EuNap., Vit, So2)hist., (éd. Boissonade), p. 22 sqq. Cf. Themist., Orat., VI, p. 161.

^) Cf. EusER., Vit. Constantin., III, 54. Sozomen., II, 5. Zosim., V, 24, 9 sqq. Malalas, XIII, p. 319 (0. 5. V. 4 d), Codinus, pp. 9 d. 20, 1. 30 6. 43, 4. 53, et notamment l'Anonyme dans Banduri, Imperiiim Orientale (éd. Paris, 1711, t. I), p. 4 A. B. lib. Ill, p. 41 A. sqq. et p. 66, et dans la même collection, p. 135-174, les épigrammes de l'Anthologie qui se rapportent à ces œuvres d'art. CedrenuS mentionne à l'occasion (éd. Bonn., vol. I, p. 564 sqq.) une statue en émeraude d'Athéné venant de Lindos ; l'Aphrodite cnidienne de Praxitèle ; une Hêra de Samos ; un Éros de Myndos ; une Amphitrite de Rhodes. Cf. aussi Buckhardt, p. 419 sqq.

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ces opérations, cet empereur fut fidèle à sa tendance et à celle du temps, qui visait au colossal, fut-ce aux dépens du goût et de TefTet propre à chaque objet d*art, ainsi qu'à la neutralisation des œuvres antiques par combinaison avec ce qui était alors l'esprit moderne, c'est-à-dire le christianisme. A ces deux points de vue, il est à noter, entre autres, qu'on fit entrer dans la décoration de Tég-lise de Sainte-Sophie quatre cent vingt-sept statues de toutes espèces et de tous les temps*. Mais cequi dut être le plus douloureux pour les Hellènes, qui étaient attachés d'une manière si touchante à leurs trésors artistiques, ce fut de voir leurs antiquités les plus saintes, les vieux trophées de leur gloire nationale , les statues érigées en Thonneur des grands hommes de leur sublime passé, victimes d'une véritable profanation, servir à l'ornementation d'une ville neuve cosmopolite et à la distraction d'une foule oisive, indifférente, étrangère, venue de tous les bouts du monde : et cela bien avant l'époque où, l'hellénisme étant mort, la tradition byzantine des temps chrétiens transforma en saints du christianisme les antiques images des dieux et des héros, dont on ne connaissait plus depuis longtemps la signification-. Ce devait être une cruelle émotion pour un Hellène cultivé de l'Achaïe lorsque, venant à Constantinople, il retrouvait au milieu de la bruyante agitation de l'Hippodrome la célèbre « Colonne des Serpents », formée de serpents d'airain triplement enlacés sur les têtes desquels reposait le trépied d'or. C'était l'ex-voto des Etats grecs qui avaient pris une part glorieuse à la deuxième guerre médique ; déposé à Delphes après la victoire de Platée, il portait sur les enroulements inférieurs des serpents le catalogue nominatif des alliés grecs de cette époque mémorable ^ H en était de même lorsque les Hellènes

*) Cf. BUGKHARDT, loC. Cit. CODIN., p. 16 et 64.

2) Nous douions fort que Constantin ait poursuivi personnellement le dessein qui lui est attribué dans Euseb., Vit. Const. ^ III, 54. Sograt., I, 16. SozoMEN., II, 5. Cedren., p. 284 c, de raijaisser consciemment et de dégrader les anciennes images des dieux aux yeux des païens.

2) EusEB., Vit. Constant., III, 54, 2. Socrat., l, 16. Sozomen., II, 4-5. ZosiM., II, 31, 1-2. Cassiodor., Hist. Eccles.y II, 20. Anonym. Banduri, pp. 3-42. Cf. pour ce monument et pour la discussion soulevée de nos jours sur l'authenticité des restes qui en subsistent encore, (d'après Gibbon, trad.

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de vieux style^ arrivaat à Constantinople comme fonctionnaires, savants, négociants, ou simplement voyageant pour leur plaisir, retrouvaient les images des héros et des dieux de leur patrie, la parure vénérable et grave de leurs temples^ do leurs places publiques, de leurs portiques et de leurs hôtels de ville, dans un milieu étranger et enjolivés contre toutes les lois de la beauté avec des motifs d'un autre art. Ils apercevaient dans cette moderne Constantinople, aux portes du brillant palais du Sénat, les statues d'airain de la Pallas Athene de Lindos et du Zeus de Dodone, et, dans l'intérieur du superbe édifice, les images des Muses, arrachées à la paisible solitude des bois de l'Hélicon* ! Malgré cela^ c'était un moyen, le plus cruel de tous, tant qu'il régnait encore en Grèce un souffle de l'ancien hellénismo, d'attacher les Hellènes avec le sang de leur cœur au nouvel et gigantesque musée du Bosphore. Dans la suite, lorsque Alaric-, Gainas et Attila désolèrent de nouveau, par le fer et le feu, les pays grecs entre le Balkan et le Taurus, lorsque le fanatisme des moines victorieux chassa Fanliquité des provinces avec la torche à la main, ils purent du moins se consoler par la pensée qu'une partie de l'héritage artistique.de leurs ancêtres trouvait un asile derrière les murailles de la capitale, tant que là aussi les incendies politiques ne détruiraient pas cette précieuse matière à butin.

Mais Athènes fut atteinte aussi, au moins dans ses intérêts matériels, par une autre entreprise que Constantin inaugura dans sa capitale. En sa qualité d'ami zélé des sciences, il créa aussi une Université sur le nouveau Capitole byzantin ^ Cet

Sporschil, p. 475), notamment 0. Frick, Das plataische Weihgeschenk zu Constantinopel (Leipzig, 1859), en particulier p. 513 sqq. et Frick dans Pauly, R. E., loc. cit., p. 2624, où la liltérature de ce débat est colligée en détail. Voy. aussi Wieseler, Veher den Delphischen Breifuss (Gôltingen, 1871, 4o).

*) Pour les Muses de l'Hélicon, les statues de Zeus et d'Athèné, voy. ZosiM., V, 24, 9-11. SozoMEN., IT, 5, qui mentionne aussi une statue d'Apollon provenant de Delphes; cf. Zosim., II, 31,2. D'après Euseb., Vit. Const., 111,54, 2, les statues des Muses auraient d'abord été placées dans le palais impérial. Sur l'antique sanctuaire et les œuvres d'art de l'Hélicon, cf. encore Bursian, Geogr. GriechenL, I, p. 239.

2) Ce C;if)ilole était situé dans la partie septentrionale de la nouvelle ville

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institut fut organisé sur le modèle de l'Université romaine siégeant au Gapitole de Rome, où cinq rhéteurs et dix grammairiens à la solde de l'empereur enseignaient la propédeutique grecque et la langue latine ; il y eut en plus des chaires de philosophie et de jurisprudence ^ Les Athéniens n'eurent, du reste, guère de motifs de craindre la concurrence de cette nouvelle haute école pour leur antique et célèbre Université. La gloire d'Athènes ne s'éclipsa qu'après que la seconde guerre gothique eut couvert toute l'Achaïe de ruines, lorsque la dernière sève de l'hellénisme cultivé à Athènes se dessécha et qu'il ne fut plus possible de rivaliser avec le nouvel essor que prit le Gapitole byzantin depuis ïhéodose IL Au contraire, ce fut précisément au iv"" siècle, comme nous le montrerons plus loin, que l'Université d'Athènes resplendit encore une fois du plus brillant éclat. Même dans la superbe capitale, il fut de mode de renier la descendance des Byzantins issus de la petite ville de Mégare, et de faire parade d'une colonisation de Byzance par les Athéniens ^

En général, la paix extérieure ^ et la sécurité qui régna en Grèce depuis la fm de Licinius contribua encore une fois à rétablir la prospérité des Hellènes. Quelque lourde que fût pour le pays la nouvelle hiérarchie des fonctionnaires, quelles que fussent les exigences du fisc, dont la fausse politique lésa plus d'une fois les populations \ la Grèce resta longtemps encore indemne de plus d'une souffrance de ce temps, sans

qui s'étendait à l'O. de l'ancien rempart, autrement dit, au N.-N.-O du grand Forum de Constantin.

*) Sur la nouvelle Université byzantine de Constantin, cf. Bernhardy, Grundriss der Griech. Litteratur(3. Bearb.), I,p. 631. Walter, p. 560 sqq. FiNLAY, p. 158. 175.

2) Cf. Wernsdorf, p. 513 ad Himer. Orat., VU, 3. Ammian. Marcellin., XXII, 8, 8.

3) Parmi les mesures qui furent prises pour relever le chiffre de la population dans le pays, il faut noter encore qu'une province grecque, la Macédoine, fut aussi une des contrées de l'empire où Constantin le Grand établit une partie des 300.000 Sarmales (sans doute plus exactement Vandales), qui passèrent (probablement en 334) à l'empire et furent distribués dans la péninsule des Balkans et en Italie. Anonym. Vales., VI (dans Wagner, p. 615, 32). Cf. Von Wietershem, III, p. 201 à 206. Clinton, F. R., h p. 388.

*) Ici se rapporte notamment ce que dit Finlay, p. 104 sq., du monopole

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