CONSTANT SOUVERAIN DES HELLÈNES
donc désormais le souverain des Hellènes. Comme Conslan était un zélé catholique, la paix ecclésiastique en Grèce ne fut pas troublée pour le moment. Par contre, les beaux jours du paganisme étaient passés. Car le fanatisme chrétien assaillit de ses ardentes sollicitations les fils de Constantin; des pamphlets incendiaires réclamaient leur énergique intervention pour supprimer l'exercice des cultes païens de toute espèce. Cette politique n'était pas sans danger, car, malgré les progrès de l'indifférence chez la plupart des païens, ces derniers formaient pourtant encore l'immense majorité de la population. Néanmoins, plusieurs mesures furent réellement prises alors contre l'ancien culte, mesures auquel Constantin le Grand n'avait jamais consenti à se résoudre. Ainsi Constance II, dans l'empire duquel les chrétiens étaient déjà fort nombreux^ commença la guerre contre le paganisme, en 344, par une énergique proclamation dirigée notamment contre les sacrifices; mais Constant n'osa pas imiter l'énergie de son frère dans ses provinces, oii, comme en Grèce et en Italie, le nombre des païens était de beaucoup supérieur et où le paganisme était plus fortement organisé qu'en Orient. Pourtant, dans son empire comme partout, l'Église fut désormais l'objet de préférences voulues, et Ton y ferma les temples partout où ce fut possible.
En général, il semble pourtant que Tempereur Constant fut toujours en bonne intelligence avec les Grecs. La Grèce était une province qui avait alors une grande valeur aux yeux des Constantins. On semble s'y être remis peu à peu des suites des dévastations du iii« siècle et avoir retrouvé une certaine prospérité. La détresse des pays de frontières donnait d'autant plus de valeur aux pays de l'intérieur. Comme jusqu'aux derniers jours du monde antique, le charme de la Grèce eut le privilège d'adoucir les adversaires systématiques du paganisme. Constant — dont les rapports politiques et religieux devinrent bientôt tendus avec son frère Constance, de plus en plus favorable aux ariens — ménagea la Grèce comme une province frontière de la plus haute importance, que Ton ne pouvait traiter avec trop de prudence. La faveur que le jeune empereur accorda aux catholiques grecs alla sans doute aussi dis*
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crëtement et jusqu'à un certain point aux Grecs païens. Ce changement dans la situation de la Grèce se reflète dans cette circonstance qu'au milieu de la disette d'inscriptions grecques depuis le temps de Caracalla, on trouve justement que c'est la maison de Constantin qui fut célébrée relativement par le plus grand nombre de documents monumentaires dans la Grèce proprement dite^ Les Hellènes mirent beaucoup de finesse à entrer dans cette situation. Constant était très fier de l'éclat que l'Université d'Athènes avait retrouvé depuis le règne de son père. Pendant qu'il résidait en Gaule et sur le Rhin (dans les années 343 à 346)^, il fit venir Proaeresios, le plus célèbre professeur athénien de sophistique de cette époque et en même temps le seul chrétien notable de l'Université, afin qu'il lui donnât des preuves de son talent. Proaeresios sut gagner les bonnes grâces du jeune prince au point que non seulement on lui conféra personnellement les honneurs les plus distingués, mais que sa pétition en faveur de la ville d'Athènes fut aussitôt agréée. Il s'agissait d'assigner les tributs de plusieurs îles considérables de la Grèce à la caisse de la ville d'Athènes^ au profit de son approvisionnement ^ Il faut dire
') Le noble ancêtre immédiat de la nouvelle dynastie, l'éminent Flavius Valerius Constantius Chlorus, est déjà célébré à Mg'ion, où la ville éleva une statue avec inscription honorifique au xupioç xXstvo-raToc xai àvsîxriTo; (Fr. Lenormant, Inscriptionum Graecarum ineditarum centuria secunda et tertia, n° 268, in Rhein. Mus., N. F. XXI [1866], p. 399). Le même est célébré comme César éTtccpavItTTaTo; (avant l'année 305) par la ville de Tégée. BôGKH, C. I. Graec.y I, n» 1522 a. Le grand Constantin (Flavius Valerius) est célébré comme (jiytc-To; xa\ ôeioxaTo; auToxpdcTwp, également à Tégée. BocKH, op. cit., n» 1522 b (avec ses fils, en latin, à Lesbos : Mommsen, C. T. L., Vol. III, 1, p. 84, n"« 451. 452). Dans les restes d'une inscription de Sparte on reconnaît un décret de cette commune, sans doute après la mort du grand empereur, en l'honneur des fils qu'il a eus de Fausta, savoir : Constantin II, Constance II, et Constant (Bôckh, loc. cit., n° 1324). Après l'année 337, les Tégéates célèbrent Constant (Flavius JuHus) comme fxlyicrToç xa\ 6î[6Ty.Toç aÙToxpdcTwp (Bôckh, loc. cit., n» 1523); de même les Pariens pour Constantin II {Addend. Vol. II., p. 1076, n" 2384 d).
2) Cf. Clinton, Fast. Roman., I, p. 405, cISievers, Studien zur Geschichte der Romischen Kaiser, p. 234. Sous Constant, gouvernait en Achaïe— (il n'est pas certain que le proconsul Decimius Secundinus, Mommsen, C. J. L., III, i, p. HO, n" 568, appartînt déjà à son temps) — le proconsul Cerbonius ou Cironius (cf. Wachsmuth, Bie Stadt Athcn, p. 712), qui fit de grandes dépenses pour réparer les dégâts architectoniques des monuments d'Athènes.
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qu'en revanche, grâce à Téloig-nement de l'empereur, Eugenios, un de ses favoris , put se permettre à Corinthe des prévarications fort graves dans des procès en matière de propriété ^ La situation ne devint fâcheuse pour toute la Grèce qu'à partir du moment oii Constant, à la suite du soulèvement de Magnence, eut trouvé la mort (janvier 350) dans les Pyrénées et où l'empereur Constance II, à la fin de la guerre terrible qu'il eut à soutenir contre cet usurpateur franc, fut devenu (en août 353) le maître absolu de tout Tempire romain, par conséquent aussi de la péninsule grecque. La guerre contre Magnence, si nous faisons abstraction du trouble apporté dans les communications, avait à peine touché les pays helléniques. Mais les sept années du règne de Constance II seul furent une période pénible pour les Hellènes. Aussi bien les catholiques que la majorité païenne du peuple grec eurent, sans aucun doute, beaucoup à souffrir de l'hostilité déclarée de cet empereur pour leurs religions. Il est vrai que l'Université d'Athènes, qui (en 355) compta parmi ses plus brillants disciples les futurs coryphées des deux partis, Basile de Césarée, Grégoire de Nazianze et le prince impérial Julien^, fut, de même que l'imposante majesté de l'antique capitale des bords du Tibre, peu touchée par la défaveur du dur, sombre et bigot Constance ^ Mais l'énergie avec laquelle cet empereur procéda depuis
Peut-être s'agit-il de ruines du temps des Goths (p. 178), ou des ruines faites par un tremblement de terre comme celui qui éprouva Athènes en 348 (cf. Gregor. Nazianz., éd. Colon. Tom. II. Carmin. 2, v. 324 sqq., p. 37). Wernsdorf ad Himer., p. 454. Voy. aussi Himek. [éd. Wernsdorf], Orat. IV, 1. 9. D'après une supposition de Wernsdorf, le proconsul Scylacios, qui semble avoir aussi été membre de l'Aréopage d'Athènes, gouverna l'Achaïe auparavant, peut-être vers 347 [ad Himer., p. 164 et Orat. XXVII, 1, p. 830. Voy. aussi Sievers, Bas Leben des Libanios, p. 279). — Pour les tributs ces îles, voy. Eunap., Vit. Sophist, (éd. Boissonade), p. 89 sqq.
*) Liban, (éd. Pieiske) Vol. I, p. 427 sqq. Eugenios semble avoir été magister officiorum ou chancelier impérial de Constant.
2) SocRAT., III, 23 et IV, 26. Sozom., VI, 17. Gregor. Nazianz., Or. V, p. 161 c. Ammian. Marcellin., XV, 2, 8 ; 8, 1. Zosim., III, 2, 1. Clinton, i**. R., Vol. I, p. 431. 433. Ajoutons que Grégoire de Nazianze et Basile sont restés, longtemps avant et après le court séjour de Julien à Athènes, les auditeurs de l'Université.
3) A moins que l'on ne veuille appliquer à une tentative de ce genre le passage dans Himerius, Orat. XIII, 2 (cf. Wernsdorf, p. liv).