‹ Histoire de la Grèce sous la domination des RomainsChapitre 108 sur 227 · S8 INTERDICTION DU CULTE PAÏEN · texte numérisé non relu

S8 INTERDICTION DU CULTE PAÏEN

Tannée 353 * contre le culte païen frappa durement en Grèce, sans en excepter Athènes, les brillantes manifestations extérieures du polythéisme qui s'étaient maintenues jusqu'ici. Sans doute, quoique les païens fussent menacés de la peine de mort dans certains cas, une persécution effective et énergique du paganisme ou des païens comme tels n'était pas encore venue s'ajouter à la suppression de la liberté religieuse. Il est vrai que l'empereur était trop souvent et trop longtemps occupé au dehors, tantôt sur l'Euphrate, tantôt en Italie, pour pouvoir mener énergiquement la campagne contre l'hellénisme. Il est vrai aussi que, chez les Grecs nés en Grèce, il pouvait à peine être question de fanatisme chrétien contre la majorité païenne, qui était du reste trop molle pour produire de véritables martyrs. Néanmoins^ c'en était fait de l'ancien éclat du culte en Grèce, Les sacrifices publics cessèrent ; les processions, les grandes fêtes des dieux, les oracles publics tombèrent en décadence. Les prêtres, qui semblent en majorité s'être décourages plus vite et plus profondément que les professeurs académiques d'Athènes, s'effacèrent. Les temples furent fermés, çà et là même profanés. Les mystères enfin, ce dernier refuge des païens pensants, qui, outre ceux d'Eleusis, étaient encore très nombreux en Grèce, furent obligés de s'envelopper d'un secret de plus en plus profond^, au moins

0 Cf. V. Lasaulx, op. cit. p. 55. Righter, Das Westrômische Heich, p. 123 sqq.

2) SiEVERS, parmi les écrivains modernes, suppose {Leben des Libanios^ p. 45 et 115, d'après Liban., Epist. 1080) qu'il y eut à Sparte des dévastations commises par les chrétiens. Il est question dans ce passage de l'enlèvement du tombeau de l'ancien traître Pausanias. J^avoue que cette hypothèse de SiEVERS me semble très invraisemblable. Sur la suppression des pompes, évidemment aussi de l'ancien culte, il est dit plus tard sous Julien par son panégyriste, le consul FI. Claudius Mamertinus, dans sa « Gratiarum actio Juliana Augusto pro consulatu » de l'année 362 {Panegyrici veteres, éd. Jâger, Vol. II, p. 147, c. ix) : « ipsœ illm bonarum artium magistrœ et inventrices Athense omnem cultum publiée privatimque perdiderant ». Sans doute que le panégyriste, pariant de Julien et de ses tentatives de restauration du monde antique, prend un ton très emphatique. C'est certainement une forte exagération lorsqu'il ajoute, « in miserandam ruinam conciderat Eleusina »/ Mais le fait mentionné auparavant que la célébration des jeux Actiaques près de Nicopolis n'avait plus lieu alors est certainement exact. La décadence de la ville de Nicopolis elle-même doit en avoir été

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pendant qu'à Corinthe, à Nicopolis, à Larissa, à Rhodes, à Thessalonique et à Gortyne régnaient des gouverneurs et des bureaux qui prenaient au sérielix le fanatisme de l'empereur.

La position des catholiques était pénible d'une autre façon. Pendant le règne de l'empereur Constant, les chrétiens helléniques avaient suivi avec intérêt les efforts que faisait ce souverain^ en face de Constance qui était arien, pour faire triompher dans tout l'empire les intérêts des partisans du symbole de Nicée, homoousiens résolus, et pour soutenir notamment le hardi Alhanase d'Alexandrie. De toute façon, la lutte violente des deux confessions avait rendu affligeante au plus haut degré la situation de l'Eglise dans les contrées orientales de l'empire, soumises alors à l'empereur Constance IL L'épisode des élections épiscopales à Constantinople eut toutes sortes d'incidents douloureux pour les Hellènes en particulier. Parmi les sièges épiscopaux des pays grecs de l'Europe, qui sont les seuls dont nous ayons à nous occuper essentiellement, celui de Byzance, grâce à la grandeur nouvelle de l'antique ville de la Corne d'or, gagna la plus grande importance \ Les

cause pour une grande part. Comme preuve de la suspension du culte public des anciens dieux à Alhènas et en Grèce en général, pendant le règne inlo lérant de Constance H, on peut citer le passage dans Libanius, In Julian. Imperat. necem (éd. Reiske, Vol. I, p. 560) : « acsa-aTo 5' -i] "EXXaç, xa\ tov xatpbv Tipua^ev, ôv r^xz'. ixapà xtov ôstov x. x. 1. » Sur la disparition des oracles (cf. Ammian. Marcellin., XIX, 12, 15), notamment de celui de Delphes dans ce temps, v. encore CedreiNUS, Histor. compend. éd. Bonn., Vol. f, p. 532. (p. 304 a. P.); G. Wolff, De ultima oraculorum aetate, p. 9 sqq., lequel, sans nécessité (cf. Julian, ap. Cyrill., VI, 198 c), fait taire l'oracle de Delphes au moment déjà où Constantin fait transporter à Constantinople (p. 245) le célèbre trépied panhellénique. D'après Wolff, op. cit., la Pythie avait rendu ses derniers oracles en l'honneur des néoplatoniciens Porphyre et Jambliquo (cf. p. 115). L'oracle de Dodone (cf. Himer., Ed. 20, 5, Wolff, p. 13) avait cessé de fonctionner de fait depuis longtemps, pourtant seulement après les Antonins. Sous Constantin le Grand (Wolff, p. 30 sqq. d'après Euseb., Vit. Constant., II, 56) s'était tu celui d'Amphiaraos à Oropos. Mais l'oracle du Ténare subsistait encore au milieu du iv« siècle. Cf. Wernsdorf ad Himer., p. 15.

*) Parmi les évêchés grecs d'Europe, je ne trouve que pour Byzance une liste d'évêques qui, quoique pleine de lacunes et en partie légendaire, remonte jusqu'aux origines du christianisme; à savoir (cf. Le Quien, Oriens Christianusy tom. I, p. 9. 197 sqq.) dans Nicephoh., Chronogr. compendiar. (éd. Bonn.), où (dans le vol. I de l'édition du Syncelle, après la Chronogra-

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