LES ÉVÊQUES DE CONSTANTINOPLE
crèrent Macédonius comme évêque de Constantinople. Làdessus, les partis prirent feu, et bientôt l'empereur intervint avec violence dans leur lutte. Le général Hermogène, que Constance envoya d'Antioche pour chasser le nicéen Paulus, ayant été massacré par la populace fanatisée pour l'orthodoxie (342). Constance parut lui-même à Constantinople, chassa Paulus, punit les meurtriers, mais ne se décida pas à reconnaître comme évêque Macédonius, parce qu'il avait été élu sans son consentement : il le laissa du reste dans son église sans l'inquiéter. Ce ne fut qu'après une nouvelle tentative que fit Paulus pour s'établir à Constantinople que Macédonius fut reconnu par l'empereur et intronisé par des soldats : ces soldats, s'abandonnant à leur fureur vindicative, firent un massacre épouvantable de la foule qui remplissait la place sans avoir, paraît-il, la moindre envie de résister (343). Mais, vers 349, Macédonius fut obligé encore une fois de céder la place à son rival orthodoxe, et cela, par l'effet des mêmes influences occidentales qui réussirent alors à faire revenir Athanase de l'Occident. Après la mort de l'empereur d'Occident Constant (350), il reprit le dessus. Allié avec des évêques voisins du même parti, sur lesquels le siège episcopal de la capitale prit bientôt, cela va sans dire, la plus grande influence, et avec les moines des couvents fondés par lui qui travaillaient avec ardeur à donner de la popularité à son parti, appuyé par le bras séculier, il exerça, dit-on^ des violences et des cruautés indignes contre les orthodoxes de la capitale et des environs, auxquels, pour ne parler que de cela, il ne resta plus qu'un asile précaire dans trois églises de Constantinople, abandonnées aux Novatiens, comme on les appelait. Mais Macédonius ne réussit pas à conserver la faveur de l'empereur. Il la perdit en 356. En effet, c'est en cette année qu'il transporta dans une autre église les cendres de Constantin qui reposaient dans l'église des Apôtres, laquelle menaçait ruine et que l'on reconstruisait. Il y eut une échauffourée à propos de cette prétendue profanation, et, comme l'évèque avait agi en cette circonstance à l'insu de l'empereur, il s'attira par là sa disgrâce. Mais la véritable raison de cette insécurité progressive de la position de Macédonius doit être cherchée sans
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doute dans la scission qui s'opérait alors dans les partis de l'Église orientale que la commune opposition au symbole de Nicée avait lenus unis jusque-là, scission en semi ariens ou homoousiens et en purs ariens. Comme il combattit énerg-iquement les progrès de Tariauisme pur, et que, notamment à Séleucie en 359, il prit une attitude hostile aux Acaciens, il fut chassé en 360 de son siège par Finfluence que ces derniers possédaient à la cour et remplacé par Farien Eudoxios, qui avait été jusque-là évêque à Germaniceia et à Antioche. Luimême mourut bientôt après dans les environs de la capitale ; mais son nom lui survécut pour désigner le parti des semiariens dans la capitale, dans la Thrace et FAsie-Mineure *.
L^impression que firent les troubles de Byzance sur les chrétiens delà Macédoine et de la Grèce ne pouvait manquer d'être défavorable et n'était pas de nature à les bien disposer en faveur de Farianisme et de Constance ^ Constance II eut beau transporter en 356 et 357 les reliques des apôtres Luc et
0 SoGRAT., II, 6. 7. 12. 13. 16. 27. 38. 42. 43. 45. Sozomen., III, 3. 4. 5. 7. 8. 9. 24. IV, 2. 3. 20. 21. 24. 26. 27. Hieronym., Chrome, ap. SoHôNE, Euseh. Vol. Il, p. 193. 195. Chronic. Pasch., p. 543 sq. Cedrënus, p. 528 sqq. Clinton, F. R., I, p. 404. W. Môller, dans Herzog, Real- Encyklopàdie fiir protestant. Théologie, VIII, p. 638 sqq. Sur Macedonius, ses adversaires et son successeur Eudoxios, cf. encore Philostorg., V, 1. NiGEPHORi Chronogr. compendiar. (éd. Bonn.) p. 773. Zonar., XIII, 11, p. 23. Clinton, Fast. Roman. y II, p. 559. L'évêque Eudoxios occupa le siège de Constantinople pendant 10 ans; il eut pour successeur à sa mort, en 370, Tarien Demophilos, de Berrhœa, en Thrace : mais les homoousiens lui opposèrent comme anti-évèque Evagrios, qui fut chassé bientôt par l'empereur Valons; cf. Socrat., IV, 14. 15. Sozomen., VI, 13. Nicephor., loc. cit, p. 773; voy. encore Clinton, p. 559. A la fin de Tannée 380 (cf. Clinton, p. 536. Socrat., V, 67), Demophilos fut contraint par Théodose le Grand de se retirer en faveur de l'évêque orthodoxe Grégoire de Nazianze (Sozomen., VII, 5. Nicephor., loc. cit., p. 774). Lorsqu'en juin 381, Grégoire renonça à cette dignité, le préteur Nectarius devint évêque (Socrat., V, 8. Sozomen., VII, 7. 8) et en même temps le premier patriarche de la capitale. Lorsque celui-ci mourut, à la fin de septembre 397, Jean, qui devint célèbre dans la suite sous le nom de Chrysostome, jusque-là prêtre à Antioche, devint évêque de Constantinople à la fin de février .398 (Socrat., VI, 2. Sozomen., VIIÎ, 2. Cf. d'ailleurs Ullmann, Gregorius von Nazianz, p. 161- 264, sur les alîaires ecclésiastiques à Constantinople depuis Constance et sur la vie de Grégoire à Constantinople, d'abord à partir de 379 comme prédicateur de la communauté catholique-homoousienne à l'église de la Résurrection, puis comme évêque de la capitale. 3) Cf. Socrat., 11,27 fin.
LK8 PROCONSULS n'ACnAÏE
André, comme précédemment déjà celles de Timothée, dans Fég-lise des Apolres de la capitale * ; il eut beau agrandir la vieille église de sainte Irène, à Constantinople, en y ajoutant une splendide construction nouvelle, l'église Sainte-Sophie, dont son père avait déjà préparé les parties essentielles, et en faire une « grande cathédrale » (343 à 360) ^ : pour les homoousiens grecs, Constance II resta toujours F-adversaire religieux, toujours prêt à intervenir dans la vie intime de FÉglise avec une grande confiance en lui-même et avec plus d'énergie que de bienveillance. On peut donc regarder comme certain qu'à partir du moment où il régna seul, FÉglise, dans la péninsule grecque, fut jusqu'à un certain point une ecclesia pressa. Nous manquons toutefois sur ce point de renseignements précis \ Le premier gouverneur, du moins, que Constance, après la défaite de Magnence (peut-être déjà après la bataille de Mursa, en septembre 35i), envoya en Achaïe, Strategios (appelé ordinairement Musonianus) d'Antioche, qui s'était fait un nom comme interprète sous Constantin-le- Grand, était un homme capable sans doute, mais cupide et facile à corrompre, et de plus, arien. Il fut, du reste^ un protecteur zélé de FUniversité d'Athènes^ comme probablement aussi un de ses collègues, le Grec Musonios, homme de grands talents et très cultivé, qui, après avoir été lui-même
*) Chronic. Paschal, p. 542. Hieronym., loc. cit. p. 195. Prosper, âquitan., Chronic. (éd.Roncalli), I, p. 626. 627. Zonar., loc. cit. Cedrenus (p. 296 a. P.) attribue le fait à Constantin. D'après Philostorg., III, 2, on alla chercher en Achaïe ]es reliques de Luc et d'André, à Éphèse celles de Timothée. La légende ecclésiastique fait de Luc l'apôtre de l'Achaïe, où il doit avoir séjourné environ pendant cinq ans (après la mission de Paul en Macédoine et en Achaïe); elle fait d'André l'apôtre de l'Épire (Cf. Gregor. Nazianz., êdit. Colon. Vol. I, Orat. xxv, p. 438). La légende fait mourir Luc comme martyr en Achaïe (entre 75 et 100 ap. J.-C), ou bien avec ou comme André à Patrse, ou à Thèbes. On montrait notamment à Thèbes un tombeau de l'apôtre, auquel on consacra plus tard une église. Pour ces faits ainsi qu6 pour la translation des reliques des deux apôtres d'Achaïe et de celles dé Timothée d'Éphèse à Constantinople, voy. notamment Act. Sanct.Bolland., 18 octobr. VIII, p. 287. 290. 295. 300 sqq. 311 sqq.
2) SocRAT., il, 16 fin. Sozomen., IV, 26. Chronuon Paschale, p. 543 êl 544. Philostorg., III, 2. Hieronym., Îoc. cit., p. 196. Cedrenus, p. 530 (éd. Bonn.)
3) Cf. Sozomen., IV, 8 fin.
264 LES PROCONSULS d'achaïe
professeur à Athènes, semble avoir gouverné TAchaïe dans l'une des années qui précèdent 357^ peut-être même plus tôt, pendant la guerre entre Constance et Magnence K
Ce règne fut pourtant bienfaisant par certains côtés, au moins pour l'Achaïe. Ainsi, le proconsul d'Achaïe Ampélius (né à Antioche) s'est efforcé, non sans succès, de lutter à grands frais contre la ruine des édifices, à la façon de Cerbonius, aussi bien à Athènes, où le quartier Colyttos notamment était dans une décadence affreuse, qu'à Sparte et dans d'autres parties de la Grèce ^ Dans tous les cas, le gouvernement de l'empereur Constance II ne se fit ainsi aimer ni en Grèce, ni en Macédoine. Il paraît du reste aussi que, du côté des fonctionnaires, les actes arbitraires ne firent pas défaut. Ainsi, les Épirotes eurent à se plaindre de terribles vexations financières**. Il n'est donc pas étonnant que la nouvelle évolution politique, qui commença au printemps de l'année 361, ait été saluée dans ces pays avec la joie la plus vive.
^) Sur Strategios, voy. Liban, (éd. Reiske) vol. I p. 58. Cf. Clinton, F. R., vol. I. p. 423. Pauly, R. E., V, p. 280. Sievers, Bas Leben des Libanios, p. 61, 222. Sur Musonios, cf. Wernsdorf ad Himer., Edog. XXI, p. 274, et p. 472, ad Orat., V, 1 et 9 sqq. Liban., ?Jpist. 472. Sievers, p. 220 sqq. et Studien z. Gesch. d. Rom. Kaiser, p. 235.
*) Cf. Himer. (éd. Wernsdorf) Eclog. 31, 8 et 9. Wernsdobf, ad loc.y p. 286. 287, fait gouverner Ampélius (Ammian. Marcellin., XXVIII, 4, 3) en Grèce encore en 361. En ce cas, une partie des nouvelles constructions de Julien (v. ci-dessous) en Grèce peut bien tomber encore sous son gouvernement (cf. Himer., loc, cit., 8 fin.). Sur Ampélius, voy. aussi Sievers, Libanios, p. 241. Pour le règne de Constance II, Wernsdorf, ad Himer. Orat. III et XIII, p. 426 sqq. et 588 sqq., revendique aussi comme proconsul d'Achaïe un Basilios ; mais Sievers, p. 225, place « avant l'été de 358 » cet Hermogène (cf. p. 207) qui est célébré dans Himer., Orat. XIV.
3) Cf. Marcellin., Gratiar.act. Julian. 9, p. 145. Quant aux graves dévastations qu'un affreux tremblement de terre exerça en août 358 à Nicomédie, à Nicée, à Constantinople et à Périnthe (cf. Socrat., II, 39. Sozomen., IV, 16. Hieronym. , op. cit., p. 195. Chronic. Pasch., p. 543. Aurel. Vigt., Cœsar., 16. Ammian. Marcellin., XVII, 7, 1. Clinton, F. R., I, p. 439. 440), elles touchèrent, d'après Ammian. loc. cit., en Europe la Macédoine, mais cette fois la Grèce fut épargnée. Par contre, d'après Theophan., p. 31 b. et Cedrenus, p. 298 c. P., Rhodes fut dévastée par un tremblement de terre, du temps encore de l'empereur Constant, dans la huitième année du règne de Constance II (345), et Dyrrhachion dans la neuvième (346). Cf. Hieronym. Chronic. ann. 2362 (dans Schône, Euseb., vol. II, p. 193). Histor. Miscell. (éd. Eyssenhardt)XI, 19, et Clinton, F. R., I, p. 408.