LE PRINCE JULIEN A ATHÈNES
supériorité de son jeune cousin, ne l'avait en effet laissé aller à Athènes que dans l'espoir de le voir s'adonner entièrement dans ce demi-exil aux jouissances de ses études favorites et devenir ainsi un savant, sans valeur dans la vie pralique.Mais Constance ne savait pas que le jeune prince, dont toutes les facultés étaient celles qui faisaient les héros antiques, après les terribles impressions de sa jeunesse et plus tard les non moins sombres impressions de l'histoire du temps, était devenu depuis des années infidèle à ce christianisme dont il n'avait appris à connaître que la caricature^ et qu'il admirait l'hellénisme avec un ardent enthousiasme. Gagné aux doctrines des néo-platoniciens pendant son séjour à Nicomédie, le prince revint secrètement au paganisme à Athènes, en se faisant initier aux mystères d'Eleusis par un hiérophante néoplatonicien : non sans que (comme le racontèrent plus tard les chrétiens), dans un moment de surprise, devant les spectacles terribles qui devaient éprouver le néophyte, il eût involontairement fait le signe de la croix. Quant à l'hiérophante d'Eleusis, il resta toujours un de ses familiers les plus influents ^
Mais il ne fut pas donné à Julien de rester longtemps dans sa chère Grèce, où, en observateur bienveillant jusqu'à l'illusion comme il l'était, il avait reçu les impressions les plus favorables sur l'antique piété, l'humanité, l'amabilité envers les étrangers des Hellènes et particulièrement des Athéniens ^ La situation sur la frontière germanique du Rhin était devenue tellement défavorable que l'empereur Constance fut obligé d'appeler, en octobre 355, son neveu à Milan et de lui confier un commandement en Gaule. On sait que Julien fut élevé à la dignité de César le 6 novembre 355 ; et, quoique dans un moment d'irritation, une grossière soldatesque l'eût une fois appelé par dérision « Grec écervelé » ou « maître d'école grec ^ », l'his-
1) EunApius, Vit. Sophist, (éd. Boisëônade), p. 52 et 53. Voy. GregoR- Nazianz., (éd. Paris, 1730) Orat. III, p. 71. Cedren., op. cit., p, 524. 525- Les révélations de Julien lui-même sur ceâ mystères sont pleines d'intérêt. JULIAN, (éd. Petav. vol. I), Otat. V, p. 324 sqq. Cf. aussi Liban., vol. I, p. 450.
*) JiiLtAN. (éd. Petav. vol. îl) Misopogofi, p. 74.
^) Ammian. Marcellin., XVII, 9, 3.