JULIEN EMPEREUR
le néoplatonicien Maxime*, elle l'accompagna de tous ses vœux. Lorsque donc Julien (à la fin de Tété ou dans l'automne 361) se fut emparé de l'importante capitale de Sirmium, d'où il occupa sans peine les cols qui séparent laMœsie de la Thrace, il vit arriver à lui des deputations de toutes les parties de la Grèce, qui toutes reçurent de lui des réponses habiles, des promesses et des dons^. Dès lors, toute la Macédoine et toute la Grèce embrassèrent avec enthousiasme sa cause % laquelle triompha bientôt sans combat, puisque l'empereur Constance II mourut de maladie le 3 novembre 361 à Mopsoucrène. Julien reçut cette nouvelle à Naïssus.
C'est le 11 décembre 361 que Julien fit son entrée comme empereur dans Constantinople, dont les habitants étaient venus pour la plupart au devant de lui jusqu'à Périnthe*. La plupart de ses actes ultérieurs, comme tout d'abord les sévères arrêts exécutés à Chalcédoine ^ contre la criminelle camarilla de son prédécesseur, n'entrent pas dans notre sujet. Nous ne poursuivrons pas davantage en détail la lutte sans espoir de Julien, qui proclama publiquement à Constantinople son retour au paganisme, contre le christianisme. Il nous faut pourtant remarquer que la Grèce était de toutes les parties de l'empire la seule oii, si Julien avait vécu plus longtemps, son plan de refoulement du christianisme et de restauration de la religion hellénique aurait probablement pu compter sur un succès eff'ectif. C'est grâce à cette circonstance, jointe à la vieille sympathie de Julien pour tout ce qui était hellénique, que l'Achaïe put voir briller encore une fois, pendant les deux années à peine que dura son règne, l'éclat rayonnant de l'époque d'Hadrien.
Dès le retour de Sirmium des ambassadeurs grecs, les Hellènes pleins d'enthousiasme avaient rouvert partout leurs
*) EuNAPius, loG. cit. p. 53. Julian, (éd. Petav.) vol. II. Epist. 38. Ad Maxim., p. 181.
2) ZosiM., III, H, 1.
3) LiBANius (éd. R.), vol. I, In necem Julian., p. 560.
*) ZosiM., III, 11, 4. Ammian. Marcellin., XXII, 2, 1-4. Zonar., XIII, 12, p. 24.
^) Ammian, Marcellin., XXII, 3.
RESTAURATION DE l'hELLÉNISME 269
temples fermés, renouvelé leurs antiques cultes, et institué des sacrifices et des prières pour Julien ^ L'empereur Julien lui-même s'efforça partout en Grèoe de réorganiser le paganisme et de venir en aide par sa munificence et par des règlements pleins de sagesse aux difficultés de toute nature qui se présentaient partout. De même qu'en Asie les amis néoplatoniciens de l'empereur, Maxime d'Éphèse et Ghrysanthios de Sardes, Thiérophante d'Eleusis que nous connaissons apparut en Grèce les mains pleines de dons du souverain et muni de pleins pouvoirs pour rétablir partout les anciens cultes, les sacrifices^ les fêtes, les sanctuaires, les antiques droits et privilèges du clergé païen % et aussi sans doute pour inaugurer les nombreuses réformes par lesquelles, dans son enthousiasme peu pratique^ Julien voulait infuser dans l'hellénisme mourant une vie nouvelle, à l'exemple du christianisme, et le renouveler moralement et dogmatiquement. Un des plus intimes confidents de Julien, le médecin impérial Oribase de Pergame, fut envoyé, dit-on, à Delphes pour y faire revivre Toracle. Ge fut naturellement sans résultats durables. Mais un Byzantin postérieur nous a conservé la prétendue dernière réponse d'Apollon à Oribase'. Gette réponse, évidemment sans authenticité — qu'elle soit l'œuvre mélancolique d'un païen portant plus tard le deuil de son culte ou d'un chrétien du temps suivant plein de sympathie pour la douleur de ceux qui pleuraient la mort du monde antique — estl'expression symbolique
*) LiBANius, In necem Julian., p. 560 sq.
^) EuNAPius, loc. cit., p. 54 sqq.
•^) CedrExNUS (éd. Bonn.) p. 532 (p. 304. a. P.) « eî'TraTe xw pafftXeî, x«fJ^a^ %i(je ôasôaXoç aùlà » ... « oùxéri ^0160? e^et xaXuêav, ou (xàvTiSa ôàçvrjv, )> « ou uayàv XaXeoucrav, ocTrla-êe-uo xa\ XàXov \jdu>p ». (D'après EuSEB. et Cedren. p. 320 [p. 182 c. P.], le même oracle aurait déjà répondu quelque chose d'analogue à Auguste). Cf. Julian, ap. Gyrill., VI, 198 c. G. Wolff, De novissima oraculorum aetate, Berolin. 1854, p. 9. et le passage de Prudence sur les oracles après la victoire complète du christianisme sous Théodose I^'", que cite W. Gôtte, Bas delphische Orakel, p. 310. En réalité, l'oracle de Delphes (que Julien consulte encore une fois, comme ceux de Délos et de Dodone, à l'occasion de sa guerre contre les Perses, cf. Theodoret., Hist. Eccl., III, 16) ne fut complètement supprimé que sous Théodose P"". Cf. encore Ruf. Fest. Avien., Orb. terrar., v. 603 sqq. Claudian., De sexto consulat. Honor., 25. Finlay, p. 74. 0. Frick, Bas Platàische Weihgeschenk zu Constant inopel, p. 516. Fhilologus, XXIV (1866), p. 215.