‹ Histoire de la Grèce sous la domination des RomainsChapitre 115 sur 227 · JULIEN BIENFAITEUR DE LA GRÈCE · texte numérisé non relu

JULIEN BIENFAITEUR DE LA GRÈCE

de ce qu'il y avait de désespéré dans le travail de restauration de Julien. Mais pour le moment, le paganisme sembla prendre en Achaïe un brillant essor. Certes, ni les ordres, ni les ressources financières, ni le court règne de Julien ne suffirent pour donner aux communes décadentes d'Achaïe, d'Epire et de Macédoine une aussi rapide et aussi durable renaissance qu'un panégyriste de Tempereur veut nous le faire croire*. Il n'en est pas moins vrai que la nouvelle évolution réussit du moins à rétablir en plusieurs lieux des sanctuaires tombant en ruines, comme à Eleusis, à Nicopolis, peut-être même à Athènes, et pour donner une impulsion nouvelle aux études antiques, objet du culte de Julien, telles qu'elles étaient cultivées encore avant tout à Athènes, et même dans des localités peu littéraires^, comme à Corinthe, à Sparte, à Argos et à Sicyone, où régnait le néoplatonisme ^ Et avant tout, on vit éclater encore une fois sur ce sol hellénique la splendeur des jeux nationaux, cette antique passion des Grecs. C*est grâce à l'argent et aux encouragements de Julien que l'on vit ressusciter encore une fois les jeux Actiaques près de Nicopolis, alors tombés en désuétude ^s l^s quatre antiques et principales fêtes des Grecs et les jeux locaux de quelques grandes villes furent aussi l'objet de sa sympathie religiosopolitique et de ses secours matériels. Si Julien, uniquement pour remplir les devoirs d'un souverain bien intentionné et humain, avait mis fin à la misère et aux charges financières intolérables dont souffraient les Épirotes*, ce fut par un effet

^) Mamertin., Gratiarum actio Julian. , 9{Panegyr. vet. éd. Jâger, Vol. II), p. 147 sqq. Cf. aussi ci-dessus, p. 264, 2.

2) Mamertin., loc. cit. Eunap., Vit. Sophist., p. 92, et Htmer. (éd. Wernsdorf) Orat. VII, 2. Sur les villes d'études de ia Grèce, cf. encore Julian, (éd. Petav., vol. I) Orat. lU, p. 222; pour Corinthe, voy. Himer., Orat., XIV, 20. Liban., Vol. I, p. 427. 435; sur Sparte, voy. ci-dessus, p. 265, 1, et h\BAîi. y Epis t. 1179; sur Argos, voy. Julian, (éd. Petav. vol. II) Epist.35, p. 174; sur Sicyone, Liban. Epist. 84. Themist. Or., XXIII, p. 295.

') Cf. Mamertin., Gratiar. act. Julian., 9, p. 147 sq. et Friedlander, Darstellungen aus d. Rom. Sittengesch. 11°, p. 434. 584 sqq.

*) Mamertin., loc. cit. 9 init., p. 145 sq. Il y a une inscription plus indifférente par sa nature, mais intéressante comme preuve de l'activité gouvernementale de Julien : c'est celle d'Amorgos, qui contient un décret impérial (daté d'Antioche, aoiit 362» sur le droit pour les gouverneurs de nommer

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de son intérêt passionné pour le caractère sacré des autres grands jeux nationaux de la Grèce que, contrairement à la sévérité fiscale qui était la loi du gouvernement romain, surtout depuis Constantin, il accorda ou restitua aux Eléens et aux Delphiens l'immunité si précieuse en matière d'impôts*. Et tandis que partout le goût des Grecs pour leurs antiques fêtes ressuscitait ces solennités avec éclat, tandis que les Hellènes instituaient de nouvelles fêtes en l'honneur de leur cher Julien, tandis que le culte des anciens dieux si longtemps gêné reprenait un nouvel éclat % Julien s'empressait de saisir une occasion pour régler, sur ce même terrain, un conflit local qui depuis de longues années troublait profondément une des principales villes helléniques d'alors.

Nous avons eu plus d'une fois l'occasion de faire remarquer que, comme autrefois au temps de l'indépendance, les grandes villes de la Grèce, sous la domination romaine, étaient divisées par des dissentiments et des questions irritantes dont la cause remontait souvent loin dans le passé. Avant Mummius^ la solution était demandée à l'épée ; sous les Romains, elles donnaient lieu à des procès de longue durée et cruellement envenimés. Or des dissentiments de ce genre semblent avoir existé aussi entre Gorinthe et Argos. Corinthe, alors la plus florissante, la plus riche et la plus puissante de toutes les villes de l'Achaïe, avait fait valoir contre Argos certains droits, fondés nous ne savons sur quoi, fort anciens sans doute, dont elle se souvint à la faveur d'une occasion qu'elle crut favorable. Sept ans avant l'élévation de Julien sur le trône impérial, elle avait obtenu enfin un arrêt favorable des autorités romaines (probablement du proconsul d'alors, car il n'est pas à supposer que la cause ait été portée jusqu'au préfet d'Illyrie ou jjusqu'à l'empereur Constance II lui-même). A la suite de cet arrêt, la commune d'Av-

]es judices pedanei ou juges des petites causes; voy. Mommsen, C. I. Lat., III, 1, p. 86, no 459. Cf. Cod. Theod., I, 16, 8. God. Just., Ill, 3, 5.

») Julian, (éd. Petav. vol. II) Epist. 35, p. 170. 171. 323. Gf. E. Gurtius, Peloponnesos, II, p. 16 et 96.

*) Cf. Mamertin., loG. cit. p. 148. Liban. (R.) Vol. I, In necem Julian. ^ p. 560 sqq. 564 sqq. Cf. aussi l'expression enthousiaste de la joie dans HiMER.,Ora<.,VII, 9.

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