‹ Histoire de la Grèce sous la domination des RomainsChapitre 118 sur 227 · OPPRESSION DES ÉPIROTES · texte numérisé non relu

OPPRESSION DES ÉPIROTES

vinces grecques d'alors ait été aussi heureux. On sait que l'administration intérieure * n'était pas ce qu'il y eut de meilleur dans le gouvernement de Yalentinien, dévoué à ses devoirs, sévèrejusqu'àlacruauté, mais singulièrement aveugle en face des abus de pouvoir de ses hauts fonctionnaires. Les Épirotes, au moins, furent parfaitement en droit de se plaindre amèrement à Yalentinien, en 376, à Carnuntum, par l'organe de leur envoyé, le courageux philosophe cynique Iphiclès, aussi bien de l'exagération des charges qui pesaient sur eux que des crimes abominables commis à leur égard par l'atroce et cruel Probus % l'un des successeurs du puissant Mamertinus^ qui avait autrefois présenté éloquemment à

^) Avec ses liabitudes fiscales, Yalentinien P"" avait, comme on sait, remis la main sur tous les biens des temples que Julien avait revendiqués, et les avait cette fois cissignés au fisc. Nous connaissons encore sur l'histoire de l'administration des provinces helléniques un autre détail, pour le temps immédiatement consécutif, et qui concerne la v province des Iles » : les empereurs Gratien et Valens (plus tard aussi Théodose I"), dans l'intérêt des habitants et sur leur pétition, décidèrent que le gouverneur de cette province, prenant en considération les difficultés et les dangers de la navigation en hiver pour les nombreuses personnes qui avaient à s'adresser au gouvernement provincial, ne passerait pas l'hiver exclusivement dans le chef-lieu Rhodes, mais séjournerait à tour de rôle dans l'une des cinq principales îles de la province. Cf. Cod. Just., I, 40 {De off . reel, prov.), 6. Voy. Wesseltng, p. 480 sq. ad Hierocl. Synecd. (éd. Bonn. p. 395) et Notit. DiGNiT. (éd. Booking), I, p. 145 sqq. Kuhn, Stàdt. u. hûrgerl. Verf. d. Rom. Reiches, 11, p. 278. Ajoutons à cette occasion que l'ancienne vanité grecque subsistait alors et plus tard sous les formes chrétiennes. La ville asiatique de Nicée en Bithynie, qui avait déjà, sous Trajan, disputé à Nicomédie le titre de « itptoTY] », obtint par la faveur des empereurs Valens et Yalentinien It, à côté de son antique rivale Nicomédie, le titre très ambitionné de « Métropole » (p. 65). Et dans la suite, le concile de Chalcédoine en 451 dut, en opposition aux prétentions de la ville de Nicée, faire laborieusement la preuve que ces empereurs n'avaient accordé à Nicée que la dignité de métropole, sans les droits y afférents, de manière qu'il ne s'y rattachait pas .une modification des diocèses ecclésiastiques. Marquardt, Rom. Staaisverwaltung, I, p. 344.

2) Pour la nomination comme chef de deux grandes préfectures de Claudius Mamertinus, qui avait obtenu déjà la préfecture dTliyrie (361) lors de l'entrée de Julien à Sirmium, voyez Ammian. Marcellin., XXI, 12, 20 et 25,

XXVI, 5, 5 (NoTiT. DiGNiT. éd. Bucking, II, 1, p. 141); pour sa chute,

XXVII, 7, 1 sqq. Du reste, Yalentinien P*", par une mesure intelligente, lui avait commandé en 365 d'avoir soin que les résolutions des diètes provinciales fussent transmises sans mutilations par les gouverneurs à la chancellerie prétorienne (Cod. Theod., XII, 12, 4. Menn, Die rômischen Provin-

TREMBLEMFNT DE TKRRE DANS LE PÉLOPONNÈSE 279

Julien les doléances des Epirotes opprimés, mais qui, après avoir géré en môme temps les deux préfectures du prétoire d'Illyrie et d'Italie depuis 364 'jusqu'à l'été 367, avait été destitué pour cause de concussions. Quant au terrible tremblement de terre qui, de concert avec la mer soulevée, exerça de si grands ravages le 21 juillet 365 à Alexandrie, en Sicile, en Crète, en Epire, sur la côte méridionale du Péloponnèse, surtout en Argolide et en Messénie*, il fallut supporter avec la résignation traditionnelle cette marque de la défaveur de Poseidon, le dieu toujours agité; ainsi, à Nauplie, un citoyen patriote restaura à ses frais une basilique écroulée.

Néanmoins les Grecs eurent plus tard toutes les raisons possibles pour regretter le temps qui dura jusqu'à 375 ap. J.-C, comme la dernière époque heureuse de leur histoire*. Car c'est avec la mort de Valentinien P' que commença la période néfaste qui brisa la Grèce antique pour toujours. Jusqu'à ce temps de terribles catastrophes, le pays n'avait pas été tout à fait sans joies et sans prospérité. Sans' doute, le nombre des Grecs de l'ancien territoire occupant alors des positions brillantes au service de l'Etat était, autant que nous pouvons en juger, peu considérable. Nous y trouvons, depuis la mort de Constantin le Grand, des hommes comme l'excellent Parnassios de Patrse, qui exerça avec distinction sous Constance II (de 357 à 359) les fonctions de préfet d'Egypte. Il fut impliqué dans l'enquête criminelle ouverte en 350, à Scythopolis en Palestine, par le redoutable secrétaire d'Etat

ziallandtage, p. 5, Pour les crimes de Probus, voy. Ammian. Marcellin., XXX, 5, 4-10 (Cf. XVII, 3 et XIX, 11, 3). Valentinien lui-même avait autrefois fait décapiter un prêtre chrétien d'Épire pour une faute politique (Ammian. Marcellin., XXIX, 3, 1).

^) Peut-être faut-il aussi rapporter à ce temps le renseignement donné dans Cedren. (éd. Bonn.) p. 550 sqq. (p. 314 c-d. P.) Voy. Liban, (éd. Reiske), I, p. 621. Ammian. Marcellin., XXVI, 10, 15 à 19. Ammien raconte lui-même, comme témoin oculaire, que les vagues avaient lancé au loin sur la terre un navire près de Mothone, en Messénie. Cf. Curtius, Peloponnesos, I, p. 47 et II, p. 171. Cf. Clinton, f. H., I, p. 464. Pour Nauplie, voy. BôcKH, C. I. Gr., 1, n« 1166.

*) Inscription de Thespies en l'honneur des Augustes Valentinien P"", Gratien et Valens, dans Keil, SylL inscr. Boeot., p. 111, n° 27 5. c. d- D'Attique : v. encore Mommsen, C. ï- Latin.., III, 1, p. 111, n° 572.

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