LA LUTTE CONTRE L ARTANISME
lequel réunit pour la dernière fois tout l'empire dans une main unique; cette guerre, elle aussi, dut peser lourdement sur les provinces épuisées de la Grèce, par les levées de recrues et de lourdes contributions de guerre, comme auparavant déjà lors des armements de Théodose. Un autre fléau, plus ancien notamment dans les pays septentrionaux de la Grèce, le brigandage, avait repris de grandes proportions après la catastrophe de l'année 378 et les horreurs de la guerre des Goths. La Macédoine et la Thessalie surtout étaient dangereusement infestées dans leurs districts montagneux à cette époque (encore en l'année 391) par ces bandes, qui étaient grossies sans cesse par des habitants réduits à la misère et par des Goths déserteurs *.
Mais ce qui jeta un trouble infiniment plus grave dans la vie de la grande majorité des Grecs pendant toute la période qui s'étend de la fm des guerres avec les Goths jusqu'à celle de l'année 394 , ce fut l'attitude hostile que l'empereur ïhéodose prit personnellement vis-à-vis de l'hellénisme. Depuis la fin de l'année 380, ou voyait déjà clairement que Théodose était décidé à assurer au catholicisme orthodoxe des adhérents au symbole de Nicée une domination exclusive dans l'empire. Epoux d'une femme pieuse, zélée catholique, le jeune empereur était aussi, lors de son avènement, partisan de la doctrine homoousienne, quoiqu'il ne fût pas encore baptisé. Sa grande maladie, en 380, le mit en rapports intimes avec l'évêque de Thessalonique , Ascholios ou x^cholius, prélat très admiré de son temps et ardent confesseur du symbole de Nicée. C'est par lui qu'il fut baptisé : c'est de lui qu'il reçut la dernière impulsion vers la politique ecclésiastique qu'il poursuivit dès lors avec une ardeur et une violence tout espagnoles'. Aussitôt après son baptême, il rendit (28 fé-
0 Cf. EiJNAp., Fragm. 58. (C. Muller, Fr. Hist. Grœc, IV, p. 40. Dm- DORF, Hist. Grœc. min., I, p. 251). Zosim., IV, 45, 5 et 48-49. Néanmoins, les contrées de la Macédoine, favorisées de la nature, surent encore se tirer d'affaire dans une certaine mesure : du moins, lorsque la mauvaise récolte de l'année 383 en Afrique amena une grande disette en Italie, l'empereur Théodose put subvenir aux besoins en faisant venir des blés de la Macédoine : cf. 0. Gerhard, Der Streit um den Altar der Victoria, p. 24 (d'après Symmach., lib. II, epist. 7. 111,82. VIII, 19. IV, 21. 111, 55).
*) Sur Acholius, voy. Ambros., Epist. 15; il semble être mort dans
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vrier 380) le célèbre édit de Thessalonique*, par lequel ce fanatique Espagnol proclamait dans les termes les plus absolus la doctrine de Nicée comme la seule catholique et la seule vraie et toutes les autres manières de croire comme des hérésies insensées, et vouait tous les hérétiques à la vengeance du ciel et à des peines non encore déterminées. A peine fut-il arrivé à Constantinople, au milieu de novembre 380, qu'il contraignit l'évêque arien de la capitale, Démophile, à se retirer ; on sait que l'énergique Grégoire de Nazianze exerça alors pendant quelque temps les fonctions episcopates. Ensuite commença — dans l'esprit de cette époque, où dans les persécutions ecclésiastiques on n'attaquait pas encore la personne
l'hiver de 382 à 383. Le «^uien, Oriens Christiamis, t. II, p. 30. Sievers, Stiidien, p. 302. Sur l'évêque Paulin de Thessalonique, voy. Theodoret., Hist. Ecoles. V, 10. Après lui, Tévêque Anysios de Thessalonique : Ambros., Eirist., 15. 16. 59. 60. 79. Le Quien, t. U, p. 8 et 31. Baptême, attitude orthodoxe et lutte de Théodose contre les ariens, voy. aussi dans Prosper Aquitan., Chrome. y 2 (éd. Roncalli, I, p. 636). Cedren., éd. Bonn. Vol. 1, p. 552 (p. 315 d. P.) et notamment : Cod. Theod., XVI, 1, 2 et Theophan., p. 106. Sozomen., VII, 4. 5. Socrat., V, 6. 7. Clinton, Fast. Romaîi., I, p. 496 sqq. Nitzsghe, p. 15. — Parmi les évêques de la Grèce proprement dite (en dehors de l'évêque Donatus d'Eurœa en Épire, Sozomen., VII, 26) nous n'en connaissons qu'un d'une manière particulière; c'est Héliodore, romancier aimé de son temps, né à Emèse en Syrie, descendant des prêtres du Soleil de celte ville. Auteur dans sa jeunesse du roman Aethiopica, très lu alors, il fut plus tard évêque de Tricca en Thessalie et champion ardent du célibat des prêtres consacrés. Cf. Pauly, Real-Encykl. d. klass. Alterth , m, p. 1099 sqq. Burckhardt, Zeitalter Constantins, p. 274 sqq. Socrat., V, 22, p. 287. Photids, Cod., 73. Le Quien, II, p. 118. Clinton (Fast. Boman., II. p. 312 sqq.) le place comme évêque vers 380 ap. J.-C. D'après Socrat., loc. cit., les prêtres de Thessalie consacrés à partir de ce moment avaient coutume de se séparer de leurs femmes après l'ordination : cette coutume existait aussi en Macédoine, à Thessalonique et en Achaïe. En Thessalie, c'était (d'après Socrat., loc. cit.) l'usage des chrétiens de ne baptiser qu'au temps de Pâques : aussi beaucoup de personnes mouraient-elles sans avoir reçu le baptême. On trouve en Thessalie et en Achaïe des prières du soir originales (semblables à celles des Novatiens à Constantinople).
1) Édit de Thessalonique, voy. Cod. Theohos., XVI, 1, 2. Synode de Constantinople ; élévation du siège episcopal de cette ville au deuxième rang dans tout l'empire; chute de Démophile, les évêques Grégoire et Nectaire : voy. Prosper., loc. cit., p. 637. Chronicon Paschale (éd. Bonn. Vol. I) p. 562. Socrat., V, 6. 7. 8. Sozomen., Vit, 4. 5 et 7. 8. Theodoret., H. E., V, 8. Cedren., p. 553 sqq. (p. 316 P.). Clînton, I, p. 498 sqq. Sur les commencements de ces luttes, voy. aussi Ullmann, Gregorvon Nazianz,^. 220- 238 ; sur le synode lui-même, p. 238-263.
du parti adverse, où la question confessionnelle n'exerçait pas encore son influence sur la nomination des fonctionnaires civils et militaires,, mais où l'on se contentait de fermer les églises et les chaires episcopates aux adversaires — alors commença dans l'empire de ïhéodose la lutte religieuse pendant laquelle on enleva partout, à l'exception des districts occupés par les Goths, les églises et les sièges ecclésiastiques aux ariens, habitués depuis quarante ans à dominer dans l'Eglise, et où l'on s'efforça de rendre impossible tout exercice commun du culte aux chrétiens de cette confession destinée à être complètement supprimée. Aussitôt que la paix générale eut été conclue avec les Goths, ces mesures furent partout mises en œuvre, sous la menace du bannissement et de la confiscation. Il y eut probablement de durs actes de violence : la résistance la plus opiniâtre à l'empereur vint de la population remuante de la capitale, attachée en grande majorité à l'arianisme. Il y eut à plusieurs reprises des désordres, chaque fois que Tempereur, dans ses luttes avec les usurpateurs de l'Occident, tombait dans une situation critique*.
La paix complète, au point de vue ecclésiastique, ne régna que dans les contrées helléniques à l'ouest de Périnthe et au sud de Thessalonique, où il n'y avait pas d'ariens à faire disparaître. Un fait a lieu de nous étonner, c'est que dans le deuxième Concile œcuménique, que Théodose avait convoqué en 381 à Constantinople, nous ne trouvions pas de chefs d'églises de la Grèce parmi les cent cinquante évoques réunis depuis le mois de mai jusqu*au mois de juillet de cette année. Acholius de Thessalonique semble avoir porté la parole pour tous. C'est dans ce concile décisif que le symbole de Nicée fut confirmé et complété. L'anathème fut prononcé contre les ariens et autres hérétiques; enfin, on y prit une série d'autres mesures d'organisation rendues nécessaire par l'aug-
i) Nolamaienten388, lorsque la fausse nouvelle s'était répandue à Constantinople que Théodose avait perdu la victoire et la liberté dans sa guerre avec Maxime. Il y eut un soulèvement, où la populace arienne brûla même le palais du patriarche Nectaire. L'intercession du prince Arcadius obtint ensuite une amnistie pour les coupables. Cf. Sograt., V, 13. Sozomen., VII. 14. Voy. SiEVERs, Studien, p. 315.