‹ Histoire de la Grèce sous la domination des RomainsChapitre 137 sur 227 · PIOUSÉCUTION CONTRE LES JUIFS · texte numérisé non relu

PIOUSÉCUTION CONTRE LES JUIFS

mentation croissante de l'église chrétienne, notamment en ce concerne les diocèses. Ce qui intéresse particulièrement notre sujet, c'est que plusieurs des évêchés de l'empire romain d'Orient, grecs et hellénistiques, furent érigés en patriarchats, c'est-à-dire en postes centraux de l'Église. Depuis cette époque,, notamment les métropolitains d'Asie à Ephèse et ceux de Thrace à Constantinople portèrent le nom de patriarches; ce dernier avait le second rang après celui de Rome^ et le premier parmi les évêques de l'empire d'Orient ^ L'évèque de Thessalonique^ devint le métropolitain supérieur du diocèse de Macédoine; plus tard, il est aussi appelé archevêque. Mais la guerre confessionnelle qui venait d'éclater, surtout dans l'empire de Théodose, ne resta pas longtemps isolée. Une vive poussée d'intolérance se faisait jour ; il s'agissait de réaliser l'unité de croyance qui était le vœu énergique du temps et de contraindre enfin à embrasser le christianisme la masse des habitants qui s'y étaient refusés jusqu'alors. Les juifs n'eurent d'abord à souffrir que des hostilités de multitudes fanatisées. 11 y eut sans doute en plus d'un endroit des scènes terribles. Dans les diocèses de Macédoine et de Dacie, Tempereur Arcadius dut, en 397, interdire très sérieusement à plusieurs reprises d'inquiéter les juifs et leurs synagogues'. Dans ce genre d'excès, ce furent surtout les masses de la capitale qui se distinguèrent par leur sauvagerie. Lorsque l'empereur Théodose P"" séjournait, vers 390, à Milan, les juifs de Constantinople, avec l'autorisation du préfet de la ville, un païen nommé Honoratus, avaient construit une synagogue sur la place qui avait emprunté son nom de « Chalcopratie » à leurs ateliers. Cette synagogue fut brûlée par le peuple. Et lorsque le préfet demanda très justement à l'empereur de punir sévèrement les coupables, celui-ci eut la fâcheuse faiblesse de

•) Sur le détail des actes de ce concile, voy. notamment Hefele, Conciliengeschichte, II, p. 3 à 32; (sur les patriarchats, voy. aussi î, p. 374-) et GiESELER, Lehrhuch der Kirchengeschichte, \*, 2, p. 23. 74. 187. Sozomen., VII, 7 sqq. Theodoret., H. £., V, 8 et 9. Socrat., V, 8.

2) Sous Justinien le»- ; cf. Tafel, De Thessalonic, p. 47, où il est expliqué que le titre de u patriarche » n'a guère pu lui être attribué.

3) GoD. Theodos., XVI, 8, 12 et 21. Pallus Gassel, Juden (Gcschichte) dans VAllg. Encjclopadie de Ersch-Gruber, p. 121. Glinton, F. il., I, p. 540.

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céder aux prières non moins funestes de l'évêque Ambroise et de laisser sans répression cet acte de honteuse violence ^

Mais bien plus grave, naturellement, que ces effervescences momentanées des masses contre les juifs fut la grande campagne intérieure que Théodose, à côté de sa guerre contre les ariens, mena contre rhellénisme; ce fut le commencement de la grande catastrophe de la vie antique en Grèce. Le monde païen de l'empire^ s'était fié en toute sécurité à la proclamation de Yalentinien P"" qui assurait de nouveau la liberté générale des cultes. On croyait de plus en plus que les voix de ces zélateurs chrétiens que scandalisait l'existence des temples, des antiques cultes et des mystères, finiraient par se taire, maintenant que l'Eglise était occupée de la lutte entre ariens et homoousiens. Et, dans le fait, c'eût été pour tous le meilleur parti à prendre, si l'Eglise avait su abandonner les cultes expirants du paganisme à leur mort naturelle et inévitable, et si l'empire et l'épiscopat avaient eu la sagesse de renoncer à vouloir accélérer le succès de la mission et de la persuasion par des mesures de rigueur, de violence ou même de sanglante répression. Malheureusement, avec la déclaration de guerre de Théodose contre l'arianisme commença une période où non les personnes, mais le culte et les sanctuaires du monde païen, notamment de l'hellénisme, allaient devenir l'objet d'interdictions et d'une persécution bien plus sérieuse et plus énergiquement menée que la première du temps de l'empereur Constance IL

Il est vrai que des savants célèbres, comme Themistios et Libanios^ malgré leur situation dans l'hellénisme, jouirent d'une grande faveur auprès de Théodose; que, pendant long-

*) Cedrenus, éil. Bonn. I, p. 571 (P. p. 326). Zonar., Annal., XIII, 18 (éd. Par. vol. II, p. 35j.

*) Sur la sécurité parfaite des païens grecs de ce temps, à qui l'on n'avait interdit, en s omme, que les sacrifices sanglants et la magie, voy. encore Theodoret., h, E., IV, 24. Theophanes, Ch'onogr., p. 92, 1. Hist. Mis- CELL., XII, p. 81 A. Cedrenus, p. 544.

') Citons encore, pour être complet, un Grec Domnus de Larissa, jurisconsulte et administrateur fameux, qui était devenu citoyen de Constantinople et fut en correspondance avec Libanios de 388 à 392. Liban., Epist., 871. 872. Sievers, Liban., p. 261.

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temps encore, les personnes désireuses de haute culture ne purent se passer des savants maîtres païens; que (sans parler même des Germains païens) Thçodose et ses successeurs ne firent pendant longtemps aucune différence entre les hommes qui les servaient dans l'Etat ou à la guerre, quelle que fût leur religion. Mais tout cela n'infirmait pas le fait que Théodose, par son édit de Thessalonique en 380, avait supprimé théoriquement l'égalité entre Ihellénisme et l'Église. Dès le 4 mai 381, un autre édit décida que celui qui désertait le christianisme pour le paganisme perdrait, ipso facto, le droit de disposer de sa fortune par un testament'; à moins que ses enfants ne fussent ou devinssent chrétiens, la fortune était atlii])uée au fisc. La même année vit interdire aux païens les sacrifices, les festins, les processions, tous les rites et fêtes, pompes et réjouissances de leur religion; la proscription frappait tous les sacrifices privés, de jour et de nuit, dans les temples ou hors des temples ; celte mesure frappait aussi les offrandes et les sacrifices d'encens^ faits en vue de connaître l'avenir. Enfin, les temples devaient être fermés partout, dans les villes comme dans la campagne ^

La difficulté qui se présentait toujours quand il s'agissait d'exécuter partout, dans les provinces de l'empire romain, des ordres aussi tranchants, fut d'autant plus grande qu'il s'agissait cette fois du domaine religieux et ecclésiastique. Ce ne fut que bien avant dans le v^ siècle que le paganisme disparut extérieurement du théâtre do la vie publique dans l'empire d'Orient (pour ne parler que de ce dernier), et ce ne fut que beaucoup plus tard que la masse du peuple des villes et des campagnes, dans les plaines et dans les pays montagneux, embrassa enfin réellement le christianisme. Ce fut avec une ténacité toute particulière, quoique sans que leur opposition éclatât extérieurement d'une manière bien vive, que les Hellènes de l'ancienne Grèce (parmi lesquels un fort petit nombre seulement désespéraient de l'avenir de leur reli-

*) Sur ce point et sur les aggravations du 20 mai 383, voy. Cod. T\ieodosiAN., XVI, 7, 1. 2. 3; 10,7.

2) CoD. Theodosian., XVÏ, 10, 7. Voy. Chronigon Paschale, (éd. Bonn. Vol. I) p. 561. RiCHTEa, Westromiîicfies Reich, p. 542.

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gion autant que l'hiérophante d'Eleusis lors de la mort de Julien*) opposèrent une résistance passive à cette énergique tentative de détruire pour toujours ce qui restait de leur antique nationalité. Ils devaient pourtant sentir que c'en était fait définitivement de l'esprit antique et de sa puissance sur les cœurs au delà de l'Olympe et de la vallée de Tempe. Pendant que dans la Grèce elle-même, selon le plus ou moins d'énergie ou de conviction du proconsul de Corinthe et des petits gouverneurs de Crète, de Rhodes, de Thessalie et d'Epire, on fermait ceux des temples qui se trouvaient directement sous les yeux des autorités impériales; pendant que le vieil Himerios, gravement malade depuis des années, enfin devenu aveugle, mourait en 385 ou 390", et que disparaissait ainsi le dernier grand vétéran de la sophistique; pendant que l'éclat de l'université d'Athènes commençait à pâlir pour longtemps ^ — on pouvait observer parfaitement, même à Athènes et à Eleusis, avec une anxiété croissante, comment le paganisme dans les pays de la Méditerranée était frappé au cœur par des coups toujours nouveaux, et avec quelle énergie croissante ïhéodose continuait sa lutte contre le paganisme. Le jeune et ardent empereur Gratien, lui aussi, fut le premier de tous les empereurs chrétiens qui, au grand scandale du monde païen, déposa la dignité de grand pontife en 375, et, en dépit de l'opposition de la majorité païenne, fit éloigner l'antique et célèbre autel de la Victoire delà salle des séances du Sénat à Rome (376 ou 382)*. Mais en Orient, ïhéodose fit systématiquement fermer les temples depuis 384, notamment en Egypte et en Syrie, par le fanatique Espagnol Cynegios, préfet du prétoire d'Orient (384-388). Et tandis que Théodose

*) EuNAP., Vit. Sophist, (éd. Boissonade) p. 52 sqq.

2) EuNAP., Vit. Sophist., p. 95. Suidas, s. v. Cf. Wehnsdorf ad Himer., p. LVi sqq. (p. XLTii, Weriisdorf dit d'une manière générale : « vers l'année 386 »).

') D'après la supposition très vraisemblable de Wachsmuth [Hochschule von Athen, p. 17), l'institution des Éphèbes (dont il a parlé avec détail, p. 6 sqq.) a dû disparaîtra dès le iv^ siècle ap. J-C.

*) Sur ce fait, voy., outre les ouvrages généraux souvent cités sur cette époque, l'intéressante monographie de 0. Gerhard, DerStreitum den Altar der Victoria, p. 4 sqq.

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lui-même sécularisait, à Constautinople, les trois temples de l'antique acropole que Constantin le Grand avait respectés, de façon que le temple d'HélioSrfut transformé en un hôpital annexé à l'église de Sainte-Sophie, celui d'Artémis en une maison de jeu, et celui d'Aphrodite, avec ses dépendances, en une remise et une série de maisons de prostitution^, en Syrie et en Egypte,, les évêques, les moines et la multitude commençaient l'œuvre fanatique de la destruction des temples et des chapelles des païens. Les scènes les plus terribles se passèrent, comme l'on sait, dans cette Alexandrie si tristement célèbre par ses sanglantes émeutes. Ces scènes de terreur atteignirent leur comble (389 ou 390-391 ap. J.-C.) dans le siège et la destruction finale du splendide temple de Sérapis par les moines, le peuple et la garnison impériale, destruction qui fut suivie de celle des autres temples de la ville et de la province. Enfin, on connaît aussi l'horrible assassinat, commis également à Alexandrie en 415 sur la femme philosophe Hypatie par les moines et la populace du port; vengeance tardive et épouvantable des martyrs chrétiens mis à mort autrefois dans cette ville hellénistique.

La Grèce, heureusement, ne vit pas ces horreurs. Mais chacune des nouvelles de ce genre qui y parvenait ébranlait naturellement de plus en plus la confiance des adeptes grecs de l'ancien culte, et leur enlevait toute espérance. Du reste, chaque succès de sa politique étrangère rendait Tempereur Théodose plus énergique et plus assuré dans la voie de sa politique religieuse. Après la chute de Maxime, l'administration de l'Occident subit, elle aussi, la direction de Théodose. C'est ainsi qu\m édit de Milan, daté du 24 février 391, interdit en Occident, sous peine d'amendes considérables, les sacrifices de toute espèce et l'utilisation des temples pour le culte, et excita partout le zèle des fonctionnaires impériaux. Enfin, le 10 novembre 392, on publia à Constantinople ce décret par lequel, dans les termes les plus

*) Malalas, XIII, p. 345 (0. p. 40. V. p. 16 6). Cf. Moïse de Ghorène (éd. Florival), III, 33, et von Lasaulx, Der Untergang des Hellenismus, p. 106 sq.

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