INTERDICTION DES JEUX OLYMPIQUES
absolus, tous les sacrifices, en quelque lieu et sous quelque forme qu'ils se fissent , furent interdits , finspection des entrailles assimilée au crime de lèse-majesté, le culte des images des dieux menacé de confiscation, et les juges négligents effrayés par la perspective de lourdes amendes'.
Il semble qu'en Grèce on se soit contenté jusqu'alors de fermer un nombre plus ou moins grand de temples, d'effacer les restes des oracles célèbres et de mettre de plus en plus des entraves à la célébration des mystères'. Mais lorsque Théodose eut mis heureusement fin à la guerre contre Arbogast et Eugène, la Grèce reçut (probablement) un coup qui fut cruellement ressenti au loin^ et qui était destiné à préparer la destruction d'un vénérable débris de la plus haute antiquité hellénique. En effet, les jeux nationaux d'Olympie n^avaient pas cessé d'être célébrés. Dans l'été de l'année 393, des masses de Grecs et d'étrangers s'étaient encore réunis devant l'antique Zens de Phidias. Le dernier vainqueur d'Olympie que connaisse l'histoire a été l'Arsacide (Archaguni) Yaraz-" tad ou Ardavazt", fort comme un géant, magnifique exemplaire de la chevalerie de ce pays alpestre de l'Asie, vivant comme fugitif ou comme prétendant à la cour de Théodose, qui (étant peut-être étudiant d'Athènes), à l'exemple de Dertad, remporta à Olympic la victoire du pugilat; il régna pendant quelques années en Arménie, comme successeur de Bab II. C'est en ce moment qu'arriva l'ordre impérial de cesser définitivement de célébrer les jeux M C'est probablement
0 CoD. Theodos., XVI, 10, 10. 11. 12.
2) Nous pouvons du moins tirer cette conclusion (I'Eunap., (éd. Boi3sonade) Vit. Sophist., p. 52 sq.
') C'est ainsi que les laits sont présentés dans Moïse de Chorènk (éd. Florival), III, 40. Comme, ainsi que le fait déjà remarquer Vaillant de Florival dans le Dictionnaire attenant à son édition, p. 49 sqq,, la chronologie de Moïse de Chorène pour cette époque diffère absolument de la chronologie occidentale, il n'est pas possible de déterminer exactement celle des olympiades tombant dans le règne de Théodose-le-Grand qui vit la victoire de Varazlad. (Pour être complet, citons encore ici l'allusion aux jeux Olympiques et aux honneurs des vainqueurs dans Auson., Profess., V, 5 sqq., ot l'inscription du vie siècle en l'honneur de l'athlète Cl. Apollonios Rufus, issu d'une famille sénatoriale. Bockh, C. I. Gr., n» 5910. Cf. Kiesslikg, Bull.d. Inst., 1862, p. 157).
*) Suppression des jeux Olympiques; voy. dans Cedhenus (éd. Bonn.),
MASSACRE DE THESSALONIOUE 341
alors aussi quo la statue de Zeus de Phidias fut enlevée d'Olympie et transportée à Constantinople, où on put la voir encore pendant de longues années dans le palais du puissant Patricius Lausus', situé sur l'une des trois grandes voies (celle du milieu) de la partie orientale de la ville, entre la façade orientale du Forum de Constantin et la Préfecture urbaine.
On ne nous dit pas que les Hellènes aient opposé quelque résistance à cette cruelle révolution opérée dans leurs antiques habitudes, laquelle abolissait définitivement la chronologie consacrée par l'histoire, la poésie et la religion au profit d'une chronologie d'un réalisme grossier, celle des indictions. Mais en ce moment l'ami le plus ardent de l'antiquité eût craint de faire opposition à Théodose. En effet, depuis quatre ans les Grecs ne savaient que trop bien de quel poids était la colère du puissant empereur. La capitale grecque du diocèse de Macédoine, Thessalonique, en avait faitterriblement l'épreuve. C'est en effet dans cette ville qu'en 390, le commandant de la garnison (en même temps général de l'Illyrie orientale), le Germain Botheric, s'était trouvé en confiit avec la populace, parce qu'il n'avait pas voulu rendre la liberté à un conducteur de chars, favori de la foule, qu'il avait fait arrêter pour des motifs sérieux. Il y eut une émeute dont la garnison, très faible pour le moment, n'avait pu venir à bout, et Botheric fut massacré par le peuple avec plusieurs de ses officiers. Lorsque Théodose, alors à Milan, en reçut la nouvelle, il entra dans une colère terrible, qui n'était que trop justifiée. Craignant l'irritation des troupes germaniques, il resta sourd aux sages conseils de l'évêque Ambroise, et, excité par son cruel chancelier Rufin, il poussa la répression bien au-delà de ses justes limites. Car, au lieu de rechercher les coupables
p. 573 (P. p. 327 a). La dernière olympiade, celle qui commença avec l'été de 393 ap. J.-C, était la 293«; cf. Krause, Olym^na, p. 50. Clinton, Fast. Roman., J, p. 528 et Finlay, p. 267.
') Cedrenus, p. 564 (P. p. 322 d). Cf. von Lasaulx, Untergang des Hellenismu$, p. 110 sqq. Le Zeus d'Olympie était encore dans son temple en 384. Themist., Orat. XXXtV, p. 455, 17. Voy. von Lasaulx, loc. cit. Fcnlay, loc. cit.
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et de venger son général dans leur sang-, il fit marcher une division de Goths sur Thessalonique. Ceux-ci pénétrèrent (avril 390) dans le cirque, oii le peuple avait été rassemblé par ordre, et massacrèrent coupables et innocents, habitants et étrangers, au nombre d'au moins 7.000 : d'après les calculs les plus élevés, il y en aurait eu 15.000 \
Après cet horrible carnage, Théodose s'était soumis sans doute à la célèbre et rigoureuse pénitence ecclésiastique que le grand évêque de Milan, Ambroise, lui avait imposée comme expiation d'un tel crime. Sans doute il avait rendu ou renouvelé une loi d'après laquelle il devait désoi'mais s'écouler un laps de trente jours entre la proclamation d'un arrêt extraordinairement rigoureux et son exécution. Mais ni tout cela, ni le souvenir de ses hauts faits de guerre, ni le spectacle de sa politique aussi habile qu'heureuse et ferme vis-à-vis des Goths, ni son administration intelligente^, ni toutes ses brillantes qualités ne furent sans doute capables de l'emporter chez les Hellènes sur la crainte qu'il leur inspirait. Peut-être espéraient-ils pourtant qu'il viendrait un temps oii à Constantinople on les laisserait tacitement restaurer les jeux Olympiques. En effet, les Hellènes auraient pu peut-être célébrer encore quelque temps leur antique fête, aussi bien que la ville d'Antioche, qui conserva ses jeux Olympiques jusqu'en plein sixième siècle, sans l'épouvantable catastrophe que la mort de Théodose appela sur la Grèce l'année suivante.
Lorsque se répandit en Orient la nouvelle de la fin de ce grand homme, mort à Milan le 17 janvier 395, les millions d'ariens et de païens si durement traités par lui durent sentir
*) RuFiN., H. E., II, 18. Ambros., E|r/sL,51, 6 {Ad Theodos.) Augustin., De civit. Dei, V, 26. Theodoret., lUi^t, EccL, V, 17. 18. Zonaras, Annal., XIII, 18 (éd. P. Vol. II, p. 34 sq.). Sozomen., VII, 25. Malalas, XIII, p. 347 sq. (0. p. 43. V. p. 17 h). Theophanks, éd. Bonn. p. 113 sq. Gedre- Nus, (éd. Bonn.) p. 556 et 571 (P. p. 317 sqq. et 325). Tiron. Prosper., Chronic. (éd. Roncalli. l, p. 742). Tafel, De Thessalonic, p. XLvrji sqq. et p. 147. G. Schmidt, Die hûrgerliche Gesellschaft in der altrômischen Welt und ihre Umgeataltimg durch das Chris tent hum, trad. A. V. Richard, p. 241 1 Clinton, Fast. Roman., 1, p. 520 sqq.
-) Il faut dire pourtant qu'en fait d'administration, aucune loi ni aucune ordonnance de lui se rapportant spécialement à l'Achaïe ne nous a été conservée. Cf. ci-dessus, p. 278.
PAKTAGE IiE L' EMPIRE 343
un certain soulag-ement. On apprit que TOccident allait être gouverné par Honorius, le plus jeune fils de l'empereur, sous la direction du Vandale romanisé Stilicon, chef supérieur de l'armée depuis 392 ou 393 ; l'Orient, d'autre part, par son fils aîné Arcadius (né vers 377), ou plutôt par Rufin, un Gaulois d'Elusa dans le canton aquitain de Novempopulanie. préfet du prétoire d'Orient depuis 392. Les deux princes étaient connus comme parfaitement insignifiants. Mais Stilicon était complètement libre de fanatisme religieux : Rufin, comme nous Tavons dit, Gaulois romanisé d'Aquitaine, passait sans doute pour un dangereux intrigant parmi les hommes de son rang, pour un cœur dur enclin à la cruauté, mais — en dépit de son catholicisme avéré et de celui de sa famille — pour un homme peu disposé à la persécution ecclésiastique et un politique expérimenté et habile selon l'esprit du temps. On était fondé à attendre de sa part pour le moins plus de ménagements envers les ariens et les païens qu'on n'en avait eu jusqu'ici à leur égard. Étant donné du reste l'avarice connue de Rufin, des présents faits en temps opportun pouvaient être d'un bon efîet dans ce sens. Néanmoins le nouvel ordre de choses amena d'une part, comme on sait, une séparation durable entre l'Occident et l'Orient \ séparation qui n'était ni désirée ni prévue par Théodose ; d'autre part et d'une manière non moins inattendue, cet effroyable anéantissement de la Grèce qui mit fin définitivement dans ce pays au paganisme et détruisit la force vitale de l'esprit antique sur ce vieux sol classique. 'î'i H»;i, irh ?i\iaty\
Ce qui amena cette brusque révolution dans la situation des Grecs, ce fut la condition des Yisigoths dans l'empire. Un grand nombre des Goths(( fédérés «n'étaient nullement contents
*) Pour ce qui regarde le partage au point de vue géographique (après que, très probablement depuis la fin de Gralien et de Maxime, le diocèse de Dacie eut fait retour à l'Orient), l'Illyricum fut définitivement disloqué. Les contrées de riUyrie occidentale, c'est-à-dire la Dalmatie, la Pannonie et le Norique, appartinrent à l'empire d'Occident. Or, il est probable que Thessalonique resta le siège central de la préfecture d'Illyrie dans l'empire d'Orient, ainsi que le siège du préfet et du général commandant, comme elle l'avait été depuis la nomination de Théodose P"" comme empereur d'Orient. Cf. Sozom., VII, 25. Theodoret., V, 17. Tafel, loc. cit., p. 38 sqq. Nitzsche, p. 12.