‹ Histoire de la Grèce sous la domination des RomainsChapitre 142 sur 227 · LA POLITIQUE DE RUFIN · texte numérisé non relu

LA POLITIQUE DE RUFIN

l'ami de Stilicon, avait joué un tour à Rufin ; il avait gag-né une grande influence sur le jeune empereur.

L'armée gothique d'Alaric sous les murs de la capitale; dans la ville, la populace rendue furieuse par le blocus et sans doute aussi par la crise monétaire de cette année ; à la cour, un parti puissant qui désirait sa chute : voilà les circonstances dans lesquelles Rufin eut à déployer des talents diplomatiques. Or il nous semble qu'il prouva que l'art achevé de rinlrigue byzantine, une sévérité allant jusqu'à la cruauté, de grands talents administratifs, ne suffisaient pas pour le rendre capable de réussir dans la politique extérieure. Sur ce terrain, Rufin nous apparaît comme un de ces hommes d'État qui « vivent au jour le jour », à la façon des négociants qui ont recours aux billets de complaisance. En d'autres termes : tandis que Rufin tramait, avec toute l'habileté de la politique de cour byzantine, de vastes plans contre Alaric et Stilicon, — trames que déchira plus tard la lourde main des Goths, — il ne songeait pour le moment qu'à éloigner les Goths de la capitale^ sans prévoir qu'après des succès aussi éclatants, ils deviendraient bientôt encore plus embarrassants pour lui.

On travailla donc dans deux directions différentes. Pour Milan partent des dépêches * qui réclament au nom d'Arcadius le renvoi de l'armée romaine d'Orient à Constantinople. Rufin se rend en personne dans le camp d' Alaric, pour chercher, par des négociations, à décider le roi à se retirer. Des formes amicales à la façon de Théodose, de riches présents, des paroles séduisantes, une habileté rusée obtiennent le succès désiré ; les Goths s'en vont dans la direction de l'ouest ^

Notre opinion est que Rufin, avec l'orgueil du Romain, n'a pas jugé alors à sa valeur le Germain, le jeune Alaric. Nous trouvons très vraisemblable ^ l'hypothèse que Rufin chercha alors à persuader Alaric d'envahir l'Italie. La haine commune pour Stilicon dut être le point de départ de la négociation.

1) Cf. VON Wëitersheim, Geschichte des Vôlkerwanderung , IV, p. 187.532.

2) ZOSIM., V, 5, 6. SOCRAT., VII, 10.

3} Elle est exprimée et développée par H, Richter, Be Stilichone etRufino, p. 48 sqq.

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