‹ Histoire de la Grèce sous la domination des RomainsChapitre 144 sur 227 · ALA HIC EN THESSALIE · texte numérisé non relu

ALA HIC EN THESSALIE

courage des Grecs. Nous ne savons pas qui gouvernait alors en Thessalie. Mais nous apprenons que les milices de cette province furent rassemblées et se placèrent sur ]e chemin des Goths, aux passages de la vallée supérieure du Pénée. Il y eut un combat sanglant, dans lequel Alaric perdit 3 000 hommes ; il força néanmoins l'entrée de la plaine thessalienne, où il se mit à piller, jusqu'au moment où il fut arrêté par la nouvelle que l'armée de Stilicon était arrivée (probablement) près de Thessalonique et marchait sur la Thessalie '.

Alaric prit alors en Thessalie, probablement sur le Pénée, une forle position retranchée \ Si Stilicon s'était jeté sur lui avec toutes ses forces, les Goths étaient certainement perdus. Mais le roi fut sauvé par la politique de Ruiin, quoiqu'il n^y eût pas eu de nouveaux rapports immédiats entre Alaric et le ministre gaulois. Rufin avait fait dans l'intervalle de tels progrès dans la faveur d'Arcadius, qu'il réussit à gagner entièrement le jeune empereur à une politique qui regardait l'empire romain d'Occident comme un État complètement étranger. Arcadius donna donc à Stilicon l'ordre formel d'évacuer immédiatement avec ses troupes occidentales le territoire romain oriental , et d'envoyer Parmée romaine d'Orient à Constantinople. Le Vandéile, qui ne voulait pas prendre l'attitude d'un rebelle vis-à-vis d'Arcadius, le fils de son ami Théodose, obéit, quoiqu'il fut déjà sur le point d'attaquer les Goths en Thessalie. Il reprit la direction du nord ; à Thessalonique, il partagea l'armée. L'armée d'Orient, sous la conduite de son ami, le général goth Gaïnas, marcha vers le Bosphore; Stilicon conduisit lui-même le corps occidental

•) Marche de Stilicon vers l'Orient par les Alpes : Glaijdian., In Ritfm., II, 101 sqq. 124 sqq. 171 sqq. 179 sqq. Marche d' Alaric de Constantinople sur la Thessalie : Socrat., Vll, 10, et Histor. Misgell. (éd. Eyssenhardt) XIII, 26. C'est le passage principal sur lequel s'appuie Richter, que je suis ici. Le passage de Philostorg., XII, 2 init. ne peut être invoqué, avec certitude du moins, en faveur de cette opinion; plutôt Claudian., In Rufin., II, 36-46. (S. Jérôme, Epi^t. [éd. Marian. Victor Reatin.] Vol. I, Epist. Ill ad Helùjdor,, p. 36, ne nomme que par une enumeration générale les pays dévastés par les Goths).

2) Claudian., In Rufin., II, 124 sqq. 171 sqq. Sur le séjour ultérieur d'Alaric en Thessalie, voy. encore De helU Getic.^ 180 sqq.

ALAKIC MARCHE SUR LACHAÏE )iol

vers les frontières les plus voisines. La Grèce était perdue ^

A son point de vue, Rufin avait ^^emporté un beau succès. Nous n'avons aucune raison de croire qu'il ait voulu lui-même la dévastation de l'Achaïe, devenue inévitable après le départ de Stilicon. Nous pouvons peut-être admettre que le rusé politique, dont le cœur naturellement insensible s'était cuirassé par l'habitude contre les souffrances du peuple sous les coups des Barbares, prévoyait parfaitement que l'Achaïe, épargnée depuis l'empereur Claude II, allait recevoir la terrible visite d'Alaric; mais peut-être caressait-il lapensée de prendre « comme dans une souricière » et d'anéantir les Goths en Grèce, à l'aide de l'armée romaine d'Orient que Stilicon avait renvoyée à Constantinople. Des ordres dans ce sens furent-ils envoyés alors aux fonctionnaires civils et militaires de la Grèce? Ou bien les fonctionnaires impériaux de l'Achaïe ont-ils dans la suite cherché à excuser leur propre lâcheté par des ordres de ce genre? Ou l'indignation des contemporains vit-elle dans les chefs de l'Achaïe, incapables de repousser les Goths, des complices de Rutin dans une prétendue trahison de la Grèce ? Nous ne pouvons répondre à ces questions. Mais la mort subite de Rufm, qui amena un complet désarroi à Constantinople, a très probablement contribué à mettre le comble aux malheurs de la Grèce.

Aussitôt que Stilicon eut évacué le territoire de l'empire romain d'Orient, vers la hn de l'automne de l'année 395, xllaric avec ses Goths partit de la ïhessalie pour marcher contre l'Achaïe. La situation militaire de l'empire était telle qu'il n'y avait alors évidemment dans cette province qu'une très faible garnison romaine, commandée par un certain Gerontiiis. Ce général et le proconsul Antiochos, fils du célèbre Musonios*,

^) Claudian., fn Rufin., II, 143 sqq. 161 sqq. 169. 170-187. lt5-200 206-219. 247-251. 218-280. Laud. StUich.,n, 95 sqq. C'est à cette tournure désespérée que prirent les événements que Je traducteur allemand du livre de FiNLAY, p. 146, rapporte un mélancolique poème en onze vers ïambiques tri mètres dans Brunck, Anal, gr., II, p. 421, la 69e des épigrammes de Palladas de Ghalcis (ou Alexandrie).

-) ZosiM., V, 5, 3-5. Cf. SiEVERs, DasLeben desLibanios, p. 220. 264. De l'époque que nous racontons ici, nous ne connaissons que très peu de noms

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se trouvèrent dans une situation extrêmement difficile. Avec une poignée de soldats, et avec le concours des milices grecques locales, ils devaient arrêter un ennemi cent fois supérieur par le nombre, la bravoure, l'impétuosité, et qui était très bien commandé. Et cela dans un pays où il n'y avait pas de places tenables en dehors de ïlièbes (qui avait, probablement après 379, reçu des retranchements nouveaux), en dehors d'Athènes et peut-être de Mégare (voy. ci-dessous) : c'était la conséquence du tremblement de terre qui avait eu lieu vingt ans auparavant, et peut-être de nouveaux tremblements de terre dans l'automne de 394 \ L'exemple récent des Thessaliens n'était guère encourageant; en effet, leur bravoure avait été inutile; de plus maintenant l'armée de Slilicon était loin, et, dans les circonstances lesplus favorables, on ne pouvait attendre de secours de Constantinople avant plusieurs semaines : ajoutons à cela que, vu les habitudes du rusé Rufin, les ordres venus de la capitale devaient être passablement contradictoires.

Nous le répétons : nous ne décidons pas si, avec plus de résolution ou de capacité, Gerontius et Antiochos auraient pu détourner des Grecs une partie des calamités qui les frappèrent. Qu'il nous suffise de dire que l'Achaïe est tombée en général sans combat! Gerontius n'eut pas le courage ou ne fut pas en mesure militairement de défendre sérieusement les Thermopyles; peut-être aussi a-t-il été tourné par l'antique sentier de TAnopœa. La Grèce moyenne était donc ouverte jusqu'aux cols de la Mégaride à l'inondation des Goths, qui marchèrent contre Thèbes et Athènes, sur l'ancienne route militaire qui part des Thermopyles'. La bravoure des Goths

d'autres fonctionnaires et proconsuls d'Achaïe. Ainsi (Wilmanns, Excmpl. inscr. latin., n» 1238) Acilius Glabrio Sibidius, légat enAchaïe sous Théodose I" ; cf. Orelli-Henzen, n" 6910). Pour le temps des deux empereurs Arcadiiis et Honorius, le proconsul Eu^ebios. MommsriN, Corp. Inscr. Lati))., HI, 1, p. Ill, n° 572 sqq. Mais le nom du Vif'ariu!> jwovinciar' Achainc Q.ïuranius Maximus est très douteux (Mommsev, op. oit., p. 105, n" 556).

*) Margellin., Chron. ad. ann. 394, p. 272 (éd. Roncalli, II) mentionne ces tremblements de terre, sans pourtant nommer positivement la Grèce, Sur les milices grecques et leur insuffisance militaire, voy. notamment Procop., De œdi fie. IV, 2, et Hist. Arcan., 26.

*) ZosiM., V, 5, 6-8. D'après Eunap., Vit. Soj^hist (éd. Boissonade),

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