‹ Histoire de la Grèce sous la domination des RomainsChapitre 164 sur 227 · AGRESSION DES VANDALES CONTRE LA GRÈCE · texte numérisé non relu

AGRESSION DES VANDALES CONTRE LA GRÈCE

ses coups contre les Romains et les Germains de l'Occident, et trouver en 453, dans ces luttes terribles, une fin rapide. Quant aux Gépides et aux Ostrogoths, qui établirent leur puissance sur les ruines de l'empire hunnique, aux frontières septentionales de l'empire byzantin, ils n'étaient pas encore un danger pour l'Orient.

Mais lorsque le redoutable Marcicn fut mort, dans les premières semaines de l'année 457, et qu'un chef thrace fut devenu empereur en février 457 sous le nom de Léon I" (honoré du nom de Grand par les Grecs, parce qu'il donna la main à l'élément hellénique avec plus de décision encore que Théodose II, dont il partageait les sentiments, et reçut le sceptre et la couronne des mains du Sénat et du patriarche de la capitale), alors commencèrent les rencontres, finalement si fatales aux Hellènes, de l'empire d'Orient avec les Vandales. Après plusieurs années de rapports diplomatiques tendus, puis d'entente supportable, l'empereur Léon, qui au commencement de 467 avait donné à l'empire d'Occident marchant à la dissolution un nouveau maître dans la personne du patrice Anthémios (gendre de Fempereur Marcien), menaça Genséric d'une guerre sérieuse s'il ne mettait fin à ses attaques contre l'Italie, la Sicile et les autres côtes romaines d'Occident. Genséric fut enchanté de ces paroles menaçantes. Elles lui donnaient l'occasion souhaitée d'entrer en guerre aussi avec les Byzantins, et d'envoyer ses escadres à des expéditions hardies et fructueuses contre les côtes grecques que les Vandales n'avaient pas encore pillées ^ Et en effet, les côtes occidentales et celles du sud-ouest de la péninsule grecque, c'està-dire la province d'Epire, la côte méridionale de la Grèce moyenne et les rives du Péloponnèse jusqu'au Ténare, furent exploitées longtemps par ces Germains d'Afrique avec autant de cruauté que de rapacité ^ Mais lorsque les Vandales voulurent aussi visiter le sud de la Laconie, on vit des scènes qui rappelèrent le temps de Dexippe d'Athènes et ne furent pas

*j Cf. Prisc, fragm. ti» 40 (dans C. Muller, Fr. Hist. Grdoc, IV, p. 109, et DiNDORF, p. 349).

^) Cf. Procop., De bell. Vandal , I, 5 s. fin. et voyez Papengordt, Geschichte der Vandalischen Herrschaft in Afrika, p. 100.

414 GENSÉRIC EN GUÈCE

moins glorieuses pour les descendants des anciens Lacédémoniens que la victoire de Dexippe sur les Goths ne l'avait été pour les Athéniens. Le roi Genséric s'attaqua d'abord à la ville éleuthérolaconienne de Tœnaron ou Ca^nopolis. Mais il trouva chez les Grecs une telle résistance, qu'après un sanglant combat et de grandes pertes, il dut se résoudre à une retraite qui ressemblait à une fuite *. Il ne semble pas qu'il ait pénétré plus avant dans ces contrées, d'autant plus que l'empereur Léon faisait de grands préparatifs pour aller tirer vengeance des Africains. Le roi vandale céda à la tentation de se venger par un brutal acte de cruauté sur des Hellènes sans défense. En effet, lors de son retour à Carthage, Genséric aborda encore une fois sur l'île de Zacynthe. Après le pillage et les massacres, il fil traîner environ cinq cents des habitants les plus notables sur sa flotte. Puis lorsqu'il eut gagné la haute mer, comme ses prisonniers le gênaient d'une façon quelconque, il fit couper les malheureux en morceaux et semer leurs membres dans la mer '.

Les Hellènes ne virent que soixante-six ans plus tard l'expiation de ces forfaits. Car la grande entreprise que tenta contre les Vandales en 468 l'empereur Léon, après d'immenses préparatifs et en épuisant les forces financières de l'empire^ échoua par la maladresse voisine de la trahison de l'amiral Basiliscos, son propre beau-frère. Comme on ne fit pas de traité de paix avec Genséric, les côtes grecques^ restèrent encore longtemps exposées aux brigandages éventuels des Vandales. Nous n'en savons pas dçivantage là-dessus, pas plus que sur des tentatives que commença peut-être Léon pour mieux protéger ces côtes par de nouvelles fortifications \ Une sécurité durable du côté de ces navigateurs africains ne fut assurée aux

») Procop., De hell. Vandal. t I, 22 fin.

-) Procop., ibid.

') La chose est vraisemblable en soi, et, du reste, indiquée, bien qu'en termes vagues, dans Procop., I, 5 et 7 s. fin. et Victor. Vit., De pers. Vaiîd., 1, 17. Voy. Papencordt, op. cit. p. 104 sq.

*) On n'est pas, du moins, parfaitement certain que l'inscription grecque qui, dans Bockh, G. I. Grœc, IV, p. 291, n» 8620, parle d'un fort côtier construit pour défendre le Péloponnèse contre les Barbares, doive être rapportée à Léon I«^ et à son temps.

PAIX KNTKK ZENON ET GENSÉKIC 415

Hellènes que par Tempereur Zenon, gendre de Léon et son successeur (depuis novembre 474). En effet, Zenon, qui avait amplement à faire au milieu de difficultés intérieures et extérieures, voulut au moins être tranquille du côté de la mer. Il envoya donc en 473 en Afrique un des hommes les plus capables de son enlourag-e, le patrice Severus, pour traiter de la paix avec Genséric. Mais le rusé Vandale, pour pouvoir exploiter le plus possible dans son intérêt la situation politique, avait, avant l'arrivée de l'ambassadeur à Carthage, fait occuper par un coup de main la ville épirote de Nicopolis. Néanmoins Severus, qui possédait au plus haut degré la fermeté personnelle et l'habileté diplomatique, sut négocier si heureusement que Genséric accorda aux Romains d'Orient une paix solide et avantageuse ^ Ce traité et la mort de Genséric, en janvier 477, mirent fin de ce côté à la détresse des Grecs.

Les pays grecs au sud des Thermopyles continuèrent d'être épargnés par les nouvelles calamités qu'appelèrent sur les autres parties de la presqu'île du Balkan, d'un côté, les désordres intérieurs qui signalèrent l'avènement de Zenon, d'autre part, une nouvelle guerre gothique. Parmi tous ces mouvements, la fin définitive de l'empire romain d'Occident et la transmission à la cour byzantine des droits sur les provinces occidentales ne semblent avoir causé que peu d'émolion en Grèce. Lorsque l'empereur Léon mourut en janvier 474, son gendre Zenon, alors patrice et général commandant, fut d'abord régent pour son propre fils mineur Léon le Jeune, ensuite son collègue à l'empire ; ce n'est qu'à la mort de ce dernier, en novembre 474, qu'il apparaît comme seul souverain. Or, pour son physique et les défauts de son caractère, mais plus encore pour sa nationalité, Zenon était détesté d'une grande partie de la population. Car il était Isaurien, et les Grecs et les Romains éprouvaient pour les Isauriens un éloignementbien fondé. Ces sauvages montagnards du Taurus moyen (entre la Pisidie et la Cilicie) avaient été jusqu'à ces

*) Malciii fragm. n° 3 (dans Mûller, p. 114 sq. Dindorf, p. 388 sq.). Cf. Phocop., De bell. Vandal., 7. Vict. Vit., loc. cit.

Page 1