‹ Histoire de la Grèce sous la domination des RomainsChapitre 167 sur 227 · LES OSTROGOTHS · texte numérisé non relu

LES OSTROGOTHS

qu'île du Balkan au nord desThermopyles, impliqué dans une série de luttes et de combats avec les Ostrogoths dont l'issue eut des conséquences importantes pour l'histoire ultérieure de l'empire.

Les Ostrogoths pannoniens (c'était, depuis la dissolution de l'empire hunnique et la bataille sur le Netad en 454^, l'ensemble de ce peuple, que l'empereur Marcien avait accueilli en Pannonie) s'étaient engagés déjà en 462 avec l'empereur Léon dans une guerre à l'issue de laquelle le fils de Théodemir, Théoderic, à peine âgé de huit ans (dans la suite le roi le plus illustre du monde germanique), fut conduit comme otage à Constantinople. De cette situation était résultée une grande animosité entre les princes des Goths de Pannonie et un autre chef ostrogoth nommé aussi Théoderic, fils de Triarius, qui, sans être de la famille des Amales, mais proche parent du puissant général Aspar, un Goth byzantin, occupait comme général germain au service de l'empire d'Orient une situation semblable à celle de ces grands généraux germaniques d'Italie qui purent procéder en 476 à la suppression de Fempire romain d'Occident. Or la jalousie des Ostrogoths de Pannonie à l'égard des Goths serviteurs de l'empire fut exploitée par Zenon, averti par l'exemple d'Odoacre (Odavakar), pour sauver l'empire d'Orient en usant les deux partis gothiques Fun par l'autre. En effet, après une nouvelle attaque du vieux Théodemir contre l'empire en 473, à savoir contre Naïssus et la vallée du Strymon, attaque qui fut arrêtée par la mort de ce roi en 474 ou 475, son fils Théoderic, devenu roi des Ostrogoths, se retira vers le Danube de Mœsie, et Zenon fut assez heureux pour voir le jeune roi prendre parti pour le gouvernement légitime de Fempire romain d'Orient, lors du retour offensif de Fempereur isaurien contre Basiliscos. Il résulta de là une longue lutte entre le roi Théoderic et son homonyme le vieux Théoderic, qui tenait toujours la campagne en Thrace contre Zenon.

Cette lutte, dans les détails de laquelle nous n'entrons pas, eut des alternatives bizarres. Comme d'un côté Zenon n'avait d'autre but que d'user l'un contre Fautre les deux partis gothiques, comme de Fautre côté le vieux Théoderic était en

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fin de compte plutôt un insurgé romain qu'un chef gothique, il se déroule, à côté de la guerre ouverte, un jeu de ruses diplomatiques qui finit par amdncr le jeune fils de Théodemir à faire à Zenon une guerre acharnée et de longue durée. D'une manière générale, voici comment les choses se sont passées. Il est probable que le jeune roi, comblé par Zenon en 477 de distinctions de toute nature et de riches dons, était retourné en 478 sur le Bas-Danube. Or lorsqu'après des tentatives réitérées de Théoderic, fils de Triarius^ pour se réconcilier avec Zenon, on n'eut abouti qu'à des dissentiments plus profonds, et que le jeune roi eut été amené à combattre le fils de Triarius, ce dernier sembla devoir prendre le dessus. Aussitôt Zenon pensa à laisser succomber le jeune Amale ; mais lorsque (à la fin de 478 ou au commencement de 479) les négociations avec le fils de Triarius eurent échoué, l'empereur excita son jeune allié goth à une lutte énergique, mais négligea traîtreusement d'envoyer aux passages du Balkan les troupes romaines promises qui devaient le soutenir. Alors, resté seul en face du puissant et rusé fils de Triarius, qui faisait valoir auprès des Goths de son adversaire la fraternité du sang, il ne resta au jeune Théoderic, témoin des dispositions de son peuple, qu'à s'allier avec son adversaire. Ensuite les deux Théoderic entrèrent en négociations avec Zenon ; le rusé empereur chercha à rompre cette alliance dangereuse pour lui, et en effet, tandis que le jeune roi des Goths s'appuyant sur le Rhodope dévaste la Thrace et que ses avant-gardes s'avancent vers la capitale, Théoderic fils de Triarius s'accommode avec Zenon traîtreusement et aussi complètement que possible.

Devenu dès lors l'ennemi déclaré de l'empereur byzantin, mais subitement isolé, le roi des Goths Théoderic dut se retirer de Thrace en Macédoine, devant la marche des troupes romano-grecques.Ildutbientôtreconnaîtreque,sousles assauts de l'invasion, il s'était formé dans cette province parmi les Romains et les Grecs une génération nouvelle et énergique, qui ne permettait pas aux a Barbares » d'espérer des succès rapides ni des conquêtes sûres dans des pays dont la population était encore assez nombreuse. Il put, il est vrai, prendre

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et ruiner la ville de Stobi. Mais ailleurs il voyait fermenter le courage de la résistance. Les habitants de Thessalonique, qui se voyaient menacés et qui se méfiaient de l'empereur Zenon et du préfet d'Illyrie, se soulevèrent, renversèrent les statues de Tempereur et ne furent détournés de mesures violentes contre le préfet que par l'entremise énergique du clergé et de ses chefs. Le préfet fut obligé pourtant de remettre les clefs de la ville à l'évêque, et la bourgeoisie s'organisa pour une résistance énergique ^ Leur bravoure ne fut cependant pas cette fois sérieusement mise à l'épreuve. En effet, le roi Théoderic se jeta sur la ville J'Héraclée (probablement de Lyncestide), qui se prépara aussi, sous l'impulsion d'un évêque énergique, à une défense résolue et obtint par son attitude que son territoire fût épargné parles Goths. Pendant ce temps se nouaient de doubles négociations. Tandis que Zenon cherchait par des offres habiles à obtenir la paix en trompant les Goths, le roi réussit à mettre dans ses intérêts le prince golh Sidimund, officier au service des Romains et chef de la colonie gothique près de Dyrrhachion. Lorsque Sidimund lui manda que tout était prêt pour prendre Dyrrhachion par surprise, le roi détruisit la ville basse d'Héraclée, qui était intenable et dont les habitants s'étaient retirés dans l'acropole, et s'avança ensuite à marches forcées vers la mer Adriatique, où en effet Dyrrhachion fut pris au premier choc (479) ^

Théoderic néanmoins, avec son armée nationale en Epii-e, n'était pas dans une situation commode. L'habileté avec laquelle l'excellent général romain Sabinianus opérait conire les Goths, l'épuisement de ces derniers, la difficulté de l'enlre-

1) Malchi fragment, n» 18 (C. Muller, IV, p. 125 sqq. Dlndorf, p. 408 sqq).

-) Malch., loe. cit. (Muller, p. 126 sqq. Dindorf, p. 411 sqq.) JoANN. Antiochen. (dans JVIulleh, p. 619 sqq.) fragm. n» 2U,4. Pour la chronologie, von Wietersheim (IV, p. 467-471 et 571 sqq.) incline cà placer en 477 les premières négociations entre Zenon et le fils de Triarius, en 478 les luttes jusqu'à l'expédition gothique en Macédoine. De même Clinton, I, p. 690. 692. Je suis ici la disposition de R. Kopke, Bie Anfànge des Kônigthums bei den Gothen, p. 155 à 159. Cf. pour Dyrrhachion Finlay, p. 156. Sur Sabinien, Makcellin., Chron. p. 299, dit : « idem Theodoricum regem apud Grœciam debacchantem ingenio magis quam virtute dcterndtn. Joann. Antiochen., loc. cit.j n° 213.

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lien donnaient au roi de grands soucis. Seules les difficultés avec lesinsurg-és romaïques en Thrace semblent avoir permis au roi Amale de se « donner 'de l'air ». Enfin, lorsqu'en 481 la mort frappa à la fois Sabinianus et le fils de Triarius, le jeune roi sut attirer à lui les soldats gothiques de ce dernier. Très fort désormais, il ouvrit de nouveau, probablement en Dardanie, contre Zenon une guerre qu'il conduisit avec de grands succès en Macédoine et ensuite en Thessalie. Cette dernière notamment fut pillée à fond ; la belle capitale Larissa (en 482) n'échappa pas au sort commun ^

Dans ces conjonctures, Zenon pensa que le meilleur parti à prendre était de faire la paix (483). Théoderic fut nommé maître de la milice romaine ; il obtint le consulat en 484, et, ce qui lui fut le plus précieux, la vallée du Danube entre le Margus et l'Iatrus pour y établir ses Goths. Lié dès lors avec Zenon pendant plusieurs années d'une intime amitié, il aida l'empereur avec succès en 484 à écraser la rébellion des généraux Illos et Leontios, qui avait pour les Grecs un intérêt particulier par la part qu'y prit l'ami d'Illos, l'ancien professeur athénien Pamprepios. Lorsque, à la suite d'un conflit nouveau avec Zenon en 487, le roi des Gotlis prit dans l'automne de 488 la résolution de renoncer à la presqu'île du Danube et de partir pour la conquête de l'Italie, les Ostrogoths cessèrent pendant plusieurs dizaines d'années de faire partie des bourreaux du monde hellénique mourant. Bien plus, ce monde grec, en tant du moins que son jugement n'était pas exclusivement dicté par le fanatisme dogmatique, put respirer de nouveau lorsque, deux jours après la mort de Zenon (9 avril 491), sa veuve Ariadne éleva sur le trône romaïque comme empereur, en lui donnant sa main, Anastase I" de Dyrrhachion, un fonctionnaire blanchi dans le service du palais. Cet homme de grand mérite et profondément honnête, qui prétendait descendre du grand Pompée, s'appliqua surtout avec succès à administrer la justice aussi impartialement que possible, et à soulager les populations par une politique

*) Marcellin., Chron. p. 300. (Sur Jordan., De reb. GeL, 56, voy. Kôpke, op. cit., p. 149 sq.)

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financière intelligente et par la diminution des impôts. Malgré les guerres nombreuses que cet empereur eut à soutenir, notamment en Orient, malgré de grands travaux de construction indispensables, Anastase put abolir en 498 ou 501 ^ l'impôt industriel, universellement détesté, connu sous le nom de chrysargyre, quelque productif qu'il eût été pour le fisc. L'empereur procéda du reste, en général, avec une si intelligente économie qu'il eut toujours les ressources nécessaires pour de grandes dépenses faites au profit de l'Etat, des villes ou des provinces, enfin qu'il laissa à son successeur un trésor de 320 millions de francs. Pour tous ces mérites, on fut en droit d'élever à cet empereur, de son vivant, en 506, une statue colossale sur la colonne qui avait porté jusqu'en 480 la statue de Théodose I". Un trait caractéristique pour les progrès de la barbarie esthétique chez les Byzantins et chez Anastase, c'est qu'il permit de fondre dans ce but un certain nombre des plus belles statues de bronze amenées à Constantinople par Constantin le Grand '.

Le règne de cet empereur fut néanmoins, à plusieurs égards, très funeste à l'empire. Nous verrons plus loin les désordres et les tiraillements dans la presqu'île du Balkan qui se rattachèrent à l'attitude dogmatique d' Anastase. Bien plus fatale encore fut pour les pays situés au sud du Danube l'arrivée d'un nouveau peuple hostile, les Bulgares^ après le départ des Ostrogoths pour l'Italie. Car c'est après les premières expéditions de brigandage de ce peuple touranien non encore

') Cf. EvAGRius, Ilf, 39 sqq. Theophanes, p. 221. Zonar., XIV, 3, p. 54. Theodor. Lect., II, 53, p. 566 D. Cedrenus, p. 626 sq. et p. 636. Malalas, XVI, p. 398. Voy. Fenlay, p. 167. Kuhn, Stàdt. Verf., I, p. 286 sq. Une autre réforme, par laquelle Anastase enleva aux curies municipales la répartition et la perception des impôts de l'État et la confia à des fonctionnaires impériaux (Evagr., III, 42), ne put pas durer après lui ; ce qui subsista, c'est une intelligente restriction apportée au funeste système de la solidarité des curiales au point de vue de l'acquittement des contributions ; cf. Finlay, loc. cit. Pour les mesures intelligentes prises par Anastase (498) en matière de monnaie de cuivre, voy. les passages de Mommsen cités plus haut, p. 193, 1 et Finlay, p. 427.

-) Margellin., Chron,, p. 308. Theophanes, p. 229. Malalas, XVI, p. 400 sq. Zonar., XIV, 4 fin. p. 58. Friedlànder, Rom. Sittengeschichte^ 111*, p. 204.

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