LES BULGARES EN GRÈCE
la forteresse de Mégare, si importante par sa position à l'entrée de l'isthme de Corinthe. Diogène, qui, chose déjà rare dans ce temps^ était pénétré d'une vive sympathie pour l'antique terre des Hellènes, pour la prospérité et la renaissance de ses villes, contribua même de ses propres moyens (100 pièces d'or) pour s'acquiLlcr brillamment de sa mission. Outre les tours de la forteresse, il restaura aussi un bain public, qui dépendait peut-être de l'ancien aqueduc construit par Herculius.
Ce nouveau système de retranchements près de Constantitinople donna, à la vérité, au centre de l'empire une force de résistance nouvelle et fort précieuse ; pourtant, jusqu'au temps de Justinien, époque oii il se forma de nouveau une grande armée nationale romaïque avec un état-major d'officiers vraiment distingués, les Bulgares préparèrent plus d'une honte, en Europe du moins, à l'empire et aux armes romaïques. Ce furent principalement des lansquenets bulgares et hunniques avec l'aide desquels^ de 514 à 515, le rebelle orthodoxe Vitalianus obligea l'empereur hérétique à accepter une série de conditions humiliantes. En 517, les Bulgares entreprirent la première de ces grandes invasions vers le sud de la péninsule du Balkan, pendant laquelle leurs sauvages hordes de cavaliers dévastèrent, en pillant et en assassinant, la Macédoine, la Thessalie et l'Epire. Ils ne purent rien, à la vérité, contre les villes fortes ; mais la campagne ouverte et les petites villes souffrirent cruellement de la barbarie des envahisseurs, qui emmenaient avec eux de nombreux prisonniers. C'est dans ce temps que les Bulgares pénétrèrent jusqu'aux Thermopyles et jusqu'au sud de l'Epire. L'empereur et les généraux étaient si faibles et si dépourvus d'énergie^ si préoccupés de querelles dogmatiques, qu'on se borna à faire racheter à prix d'or une partie des prisonniers par Jean, le préfet d'illyrie. Mais de nombreux prisonniers, pour lesquels il n'était pas offert de rançon, furent massacrés par les Barbares, ajoutant Tironie grossière à la cruauté, sous les murs des villes romaïques '.
*) Marcellin., Chronic, p. 315.
TREMBLEMENTS DE TERRE EN GRl'XE 425
Lorsqu'Anastase mourul au commencement de juillet 518, il eut pour successeur un vieux et brave soldat. C'était le commandant des gardes du parais, Justin P"", un descendant romanisé d'une famille de paysans thraces de Tauresium, dans le district dardanicn de Bederiana. L'attitude énergique de ce soldat, la disparution en 520 de ce Yitalianus encore redoutable qui s'était soulevé autrefois avec le secours des Bulgares, arrêtèrent pour longtemps les invasions des Bulgares sur la frontière septentrionale de l'empire. Mais alors commença la série de ces lléaux naturels qui, secondés plus tard par la lourde main du gouvernement de l'Etat et par de nouvelles et terribles invasions de Barbares, achevèrent d'anéantir, vers le milieu du vi'' siècle, ce qui restait de la vie antique sur le vieux sol hellénique. Nous trouvons en première ligne de nouveau les tremblements de terre. Rhodes, après un long intervalle de repos, avait déjà cruellement souffert sous Anastase, vers 515, d'un violent tremblement de terre* ; un autre terrible tremblement de terre, dont les secousses se firent sentir depuis l'Adriatique jusqu'en Cilicie, fit en 521 ou 522 un monceau de ruines de Dyrrhachion, et jeta par terre Corinthe et d'autres villes des côtes d'Achaïe, où un grand nombre d'Hellènes trouvèrent la mort. Quoique Justin s'efforçât de soulager la misère par de riches dons % il ne put qu'arrêter un peu la dissolution imminente. Le monde antique, sur ce sol, était voué irrémédiablement à la mort.
En effet, à mesure que se déroulaient les événements politiques, le champ de l'antique hellénisme allait se rétrécissant lentement, mais sans arrêt. Il subissait en cela une loi inévitable. Sans doute, la puissance d'expansion du christianisme grec dans sa jeunesse avait été plus d'une fois paralysée dans le cours de la deuxième moitié du v*' siècle. Sans doute, l'intérêt que prenait la cour byzantine à la diffusion du christianisme, notamment en Grèce, s'était affaibli après
1) Tremblement de terre sous Anastase, secours généreux donnés par cet empereur : Evagr., III, 43. Malalas, XVI, p. 406. Nicephor. Callist., XVI, 38 fin. Seibel, Die grosse Pest zur Zeit Justinians, I, p. 8.
^) Cedrenus, p. 638. Malalas, XVII, p. 417 sq. Theophanes. p. 259. EvA- GRius, IV, 8. Procop., Anecdot. 18. Seibel, p. 8 sqq.