CHRISTIANISME ET HELLÉNISME
restes inofTcnsifs du paganisme, étaient, même en faisant abstraction de la ciladelle qu'était Athènes pour les Olympiens, de véritables forces défensives, ta'nt qu'un empereur fanatique ne se faisait pas un devoir spécial de la destruction de l'hellénisme païen en Grèce.
En fait, depuis la mort de Zenon jusqu'à l'avènement de JusLinien 1«% le paganisme n'a pas cessé de se maintenir à Athènes et ailleurs, notamment dans la plaine et dans les hautes vallées et les gorges du Taygète. Des sacrifices et des rites secrets, la célébration persistante, quoique bien diminuée de ce qui restait des anciennes fêtes et réunions*, se retrouvaient encore dans le monde grec, surtout à Athènes et dans le Péloponnèse. Même dans l'orgueilleuse capitale sur le Bosphore, l'antique hellénisme se maintint encore longtemps dans les idées, les croyances et le culte public chez les classes cultivées. Tandis que déjà des laïques grecs notables du v^ siècle, comme le scholastique Socrate et l'avocat Sozomène à Constantinople commençaient, à côté des moines et des ecclésiastiques^ à traiter avec étendue l'histoire de l'Eglise, on vit chez les historiens profanes, à peu d'exceptions près, survivre, jusque bien avant dans le vi^ siècle, tantôt l'hellénisme païen déclaré, tantôt une conception du christianisme aussi tiède que possible, ou du moins la plus froide réserve vis-à-vis du flot agité du dogmatisme contemporain. Sans parler du vieux sophiste fanatique Eunape, le célèbre Zosime de Constantinople, qui, quoique conseiller impérial dans le bureau du préfet du prétoire et avocat du fisc, écrivit sous Théodose II son célèbre ouvrage historique, était au fond un ennemi passionné du chistianisme et des empereurs chrétiens. Priscos de Panion(surlaPropontide), aussi bien que Malchos de Philadelphie (en Palestine), se révèlent assez clairement à nous comme adeptes de l'ancienne religion, tandis que Procopc et Agathias représentent pour les temps suivants les nuances chrétiennes caractérisées plus haut. Les empereurs eux-mêmes furent encore longtemps tout disposés à fermer les yeux sur la question de religion quand il s'agissait d'accep-
*) Cf. Fallmerayer, loc. cit. p. 135 sq. ; von Lasaulx, p. 122 sq.
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ter les services, indispensables dans certaines circonstances, de personnages qui n'appartenaient pas encore extérieurement au christianisme. C'était naturellement ce qui se passait le plus souvent dans l'armée. Dans le service civil, nous trouvons le cas intéressant du médecin Jacob. Du temps de l'empereur Léon P'" vivait à Athènes un médecin, qui avait une grande réputation comme hydropathe : il s'appelait Jacob et était fils du médecin Hesychios. C'était d'après les uns un Achéen, d'après les autres, un Gilicien hellénistique ou un Damascénien, mais établi à Athènes et aussi célèbre par sa grande expérience pratique que par ses connaissances littéraires. En 462, il fut appelé dans la capitale au moment où l'empereur Léon était gravement malade de la fièvre. Il eut le bonheur de le guérir. Nommé en reconnaissance de cette cure premier médecin de l'empereur, conseiller intime et médecin en chef de Constantinople, il devint le favori de toutes les classes de la population par ses succès remarquables en médecine, comme par sa culture supérieure et l'intégrité de son caractère. Le sénat lui éleva une statue dans les Thermes de Zeuxippe. Son tact personnel et la noblesse de ses sentiments lui permirent même d'intervenir avec succès auprès de l'empereur en faveur d'un de ses coreligionnaires, qui courait le plus grand danger (en 467) de succomber misérablement sous la colère de l'empereur et la violence de ses accusateurs \ Néanmoins, même en Grèce, le polythéisme allait se dissolvant d'une
*) Ce Jacob (que Hopf, op. cit. p. 86, serait tenté, uniquement à cause de son nom, de prendre pour un Juif) est appelé par un écrivain bien informé : « natione Achivus, religione paganus». Marcellin., Chron., p. 294. D'après Damascius (dans Photius, Biblioth., éd. Bekker, I, p. 344), la famille était, il est vrai, originaire d'Alexandrie ou de Damas; mais le père de Jacob avait fait de grands voyages professionnels, ce qui permettrait d'admettre que Jacob ait pu naître en Grèce, à moins que Marcellinus ne l'appelle Achivus qu'à cause de son séjour à Athènes. Sur l'amitié de Jacob et de Proclos à Athènes, voy. ci-après. Suidas (s. v. Jacobus) s'éloigne un peu de cette opinion : il raconte que Jacob fit un voyage auprès de son père, qui exerçait à Constantinople, fit dans cette ville ses études médicales, et y pratiqua luimême tout de suite après son art. Pour les autres renseignements spéciaux, voy, ChroiNic. Pasch., p. 595 sq., où Jacob est donné comme Cilicien. Mala- LAS, XIV, p. 370. Clinton, I, p. 663.