LES LUTTES DOGMATIQUES
Il faut dire que des scènes aussi infâmes étaient fort rares. Mais malheureusement pour l'empire comme pour l'Église orientale, le byzantinisme, en grandissant, se jeta avec une passion toujours plus vive dans les luttes furieuses d'un dogmatisme de plus en plus subtil. Il arriva par là que le but moral de l'Église fut placé déplus en plus à l'arrière-plan; que tantôt l'orthodoxie suspecte d'un empereur devint un prétexte pour l'insurrection des masses contre son pouvoir, tantôt que les empereurs eux-mêmes se livrèrent sans ménagement à leur goût pour l'uniformité : tout cela au grand détriment de l'empire et de l'Église. Nous ne trouvons que très isolément des actes comme l'abolition définitive des odieux combats de bêtes dans les fêtes populaires par l'empereur Anastase en 494 '. Par contre, l'histoire de l'Église dans le monde grec, depuis le concile de Ghalcédoine, nous présente le déplorable spectacle de persécutions réciproques sans lin et sans but, et de nombreuses tentatives impuissantes pour mettre fin à la nouvelle guerre confessionnelle. Nous ne faisons qu'esquisser brièvement tout cela. L'autorité de l'imposante assemblée de Chalcédoine n'avait pas été suffisante pour donner partout force de loi à ses résolutions, qui devaient être la somme de la doctrine orthodoxe. Partout dans l'empire, la doctrine des monophysites conservait des adhérents dispersés, souvent très convaincus et très influents ; en Egypte comme en Palestine, ce parti avait une majorité décidée. Cependant, aussi longtemps que régnèrent les empereurs honnêtement orthodoxes
l'autorité de Bernhardy, admise aujourd'hui parmi les fragments de Malchus {fragm. n° 21, dans Dindorf, Hist. Grœc. Min., I, p. 423). Beaucoup de localités portaient dans l'antiquité le nom de Pagae ou Pegœ. Celle qui est mentionnée ici dans Suidas est placée en Mégaride par Benseler, Wôrterbuch der griech. Eigennamen, III, p. 1189, s. v. et par Fallmerayer, Geschichte der Halbinsel Morea, l, p. 137. Ce dernier, pour des raisons qui m'échappent, attribue ce forfait à l'empereur Zenon lui-même : cf. ci-dessus, p. 426, 2. La preuve que Longin n'a pu faire le voyage àPagse qu'après 485 se trouve dans Marcellin., Chronic, p. 301.
*) Theodor. Lect., II, 53. Theophanes, p. 221. von Lasaulx, loc. cit. p. 141. Les jeux de gladiateurs étaient peu à peu tombés en désuétude depuis la fin du iv° siècle et furent remplacés (en faisant abstraction du cirque) par des combats d'athlètes et des spectacles dramatiques; cf. Fried- LÂNDER, Rom. Sittengeschichte, I*, p. 351 sq. et 449.
ZENON ET l'hÉNOTICON 431
Marcien et Léon I"", le parti monophysite ne put pas trop lever la tête. Mais l'usurpateur Basiliscos, après que Zenon eut été chassé de Constantinople en 476, se jeta complètement dans les bras des monophysites et rejeta publiquement les décrets de Ghalcédoine, en sommant tous les évêques de l'empire de condamner aussi ce concile. Pourtant sa tentative échoua misérablement devant la ferme résolution du patriarche orthodoxe de la capitale, Acace, qui exerçait depuis l'été de 471 ' ; et le gouvernement éphémère de Basiliscos tomba en grande partie à cause de ces fautes ecclésiastiques. Le monophysitisme avait pourtant retrouvé surtout dans le S.-E. de l'empire assez de vigueur pour que Tempereur Zenon, poussé par le patriarche Acace, cherchât à rétablir une sorte d'union entre les partis hostiles. Il promulgua en 482 son Henoticon^ c'est-à-dire un édit adressé à la chrétienté des pays où il y avait le plus de monophysites, par lequel, d'une part, il affirmait Ja véritable humanité et la véritable divinité du Christ, anathématisait à la fois Nestorios et Eulychès, d'autre part, il rejetait tout autre symbole que l'ancien symbole de Nicée et de Constantinople, et évitait à dessein les expressions « une » ou « deux natures », s'efTorçant surtout de concilier les différentes opinions et de ramener les points en discussion à des propositions plus générales. Zenon n'atteignit pourtant que très incomplètement son but, la paix de l'Eglise. Si c'était déjà une grande hardiesse que de vouloir passer sous silence tout le développement dogmatique des dernières années, d'un autre côté les monophysites rigoureux répugnaient à la nouvelle formule, parce qu'elle ne désavouait pas formellement le concile de Chalcédoine. Quant à Tortho-
*) Le patriarche Anatolios était mort vers le mois de juin 458; il eut pour successeur le prêtre byzantin Gennadios, homme d'une grande intelligence, orateur eminent, qui se distingua aussi coume écrivain théologique et exégète d'écrits bibliques; il régna jusqu'en août 471, où il eut pour successeur le tuteur des orphelins AcacOj prêtre de Sainte-Sophie. Cf. Theodor. Lect., I, 13, p. 553 d. et 554 a. Marcellin., Chron., p. 296. Victor T[tn., Chron. (éd. Roncaili), p. 345. p. 349 sqq. Theophanes, p. 182. Evagr., II, 11. Nice- PHOR., Chronogr, compend. (éd. Bonn.), p. 774 et 775. Zonaras, XIV, 1 fin., p. 51. Voy. Clinton, Fast. Roman., 1, p. 675, et Le Quien, Oriens Christianus, I, p. 217 sqq.