LES PATRIARCHES DE CONSTANTLNOPLE
doxie, elle fut irritée, en général, de ce que l'empereur voulait lui prescrire sa foi, et en particulier de ce qu'on ne faisait pas mention de Chalcédoine. Et pendant que Zenon travaillait, non sans succès, à donner de l'autorité dans l'empire à sa nouvelle formule, le pape Félix III osait, dans un synode de Rome en 484, prononcer l'excommunication contre le patriarche Acace. Naturellement Zenon prit parti pour son patriarche, et c'est ainsi que naquit entre les Grecs et les Latins un schisme^ qui dura jusque bien après la mort de Zenon.
A la mort de l'empereur Zenon, ces conflits prirent à Constantinople et dans la péninsule grecque un caractère tout à fait aigu. Le patriarche Acace, l'ami de Zenon, était mort aussi (en 489), et, après le court pontificat (un peu plus de trois mois) du patriarche Fravitta, qui avait les mêmes idées qu' Acace, on avait vu monter sur le siège archiépiscopal de la capitale un prêtre orthodoxe, sévère partisan des décrets de Chalcédoine, Euphémiosi, qui provoqua immédiatement des troubles funestes d'un caractère à la fois politique et ecclésiastique. On savait qu'Anastase ne partageait pas seulement les opinions conciliantes de Zenon, mais encore qu'il penchait fortement vers le monophysitisme. Aussi Euphémios refusat-il de couronner Anastase lorsque ce dernier fut devenu empereur, tant qu'il n'aurait pas adhéré par écrit à la formule de Chalcédoine. Lorsque donc Anastase commença d'une part à faire revivre VHenoticon de Zenon, d'autre part à laisser toute liberté aux différents partis hérétiques qui s'étaient formés dans le cours du v° siècle^ il eut des conflits très graves avec le patriarche, conflils qui amenèrent le parti orthodoxe dominant dans la presqu'île du Balkan et en Grèce à prendre une attitude des plus hostiles vis-à-vis de l'empereur. De 493 jusqu'à la mort de l'empereur, la capitale fut plus d'une fois le théâtre d'émeutes graves dans lesquelles la religion avait une grande part, jusqu'au soulèvement de Yilalianus, qui eut un caractère tout ecclésiastique.
*) Victor Tun., Chron., p. 351 (qui donne à Fravilta le nom de Flavianus). NiCEPHOR., Chronogr. compend., p. 775, qui fait de Fravitta un prèlre de Sainte-Thècle dans le faubourg byzantin de Sykse. Theophanes, p. 205. 206. ZoNARAS, XIV, 3, p. 54. Evagr., Ilf, 23 init. Nicephok. Callist., Uist. EccL, XVI, 18 et 19. Clinton, II, p. 559. Le Quien, I, p. 219 sqq.
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Celte situation tendue amen«i enfin Anaslase à déposer i'archeveque Eiiphémios au moyen d'un synode, en 496, à l'envoyer en exil et à nommer jiairiarche à sa place le prêtre Macédonios (II), gardien des vases sacrés et archivisle, neveu de Gennadios \ Macédonios montra longtemps de la condescendance pour les désirs de l'empereur, qui de plus en plus tendait à repousser les décrets do ( .halcédoine. Mais, lorsqu'entin Anastase se rapprocha nettement du pur monophysitisme et exigea la condamnation expresse de la formule de Chalcédoine, le patriarche résista. L'empereur déposa alors le patriarche et l'envoya en exil : le siège patriarcal fut donné fin 511 au prêtre Timothée - , qui, jusqu'à sa mort, en 518, marcha d'accord avec Anastase.
Cette situation provoqua à plusieurs reprises des mouvements dans la péninsule grecque. Dans cette citadelle de l'orthodoxie, le patriarche Acace avait cherché sous l'empereur Zenon à recruter des partisans ^ouvV Henoticon ; ce patriarche et le patriarche Timothée, avec plus d'énergie encore, réussirent peu à peu à attirer à la politique ecclésiastique de l'empereur même les archevêques André et Dorothée de ïhessalonique^ Les conséquences de ce fait furent remarquables. En effet, il y eut pour la première fois une rupture eptre le siège romain et l'archevêché de Thessalonique, qui de tout temps avait été si intimement uni avec lui. Et comme l'archevêque Dorothée, pendant la deuxième moitié du règne d' Anastase, entretint de bonnes relations avec Timothée, le patriarche hérétique de la capitale que Rome détestait par dessus tout^ la désaffection à l'égard de Rome devint plus j)rofonde. D'autre part, l'orthodojfie, dans quelques contrées jnp *M5 . fT'iiiHtfniri/»'^ jsl 'jililiil'^)'! *di b/I:*.*.-'*> i* '\^>} ,')'«n/!
*j Marcellin., Chron., p. 304. Victor. Tun,, CAro?izc., p. 35c5. Nigephor., p. 775. Theodor. Legt,, H, 12 sqq., p. 559. Theophanes, p. 216 sq. Cedre- Nus, p. 627. 628. Cf. Evagr., Ill, 30 et 32. Malalas, XVI, p. 400. Zonar., loc» cit. Voy. Clinton, I, p. 713. Le Quien, ï, p. 220.
«) Victor. ïun., p. 355. Marcellin., Chron., p. 310. Evagr., III, 32.
Theodor. Legt., H, 28 sqq., p. 562 sq. Theophanes, p. 230. 233 sqq.,
p. 242. Cedrenus, p. 631. Malalas, 7oc. cit. Zonar., loc. cit., p. 55. Nice-
PHOR., loc. cit. NiCEPHOR. Gallist., EcgI. Hisi., XVI,35. Clinton, I, p. 729.
, LeQuien, p. 221.
3) Cf. ci-dessous ; voy. notamment Le Qujen, II, p. 15 sqq.