‹ Histoire de la Grèce sous la domination des RomainsChapitre 176 sur 227 · L ORTHODOXIE TRIOMPHE AVEC JUSTIN · texte numérisé non relu

L ORTHODOXIE TRIOMPHE AVEC JUSTIN

depuis Acace, avait cessé d'exister. Mais cette tentative échoua devant les hautes exigences du Siège romain au sujet de la reconnaissance sans réserve de Ja formule de Chalcédoine, et Anastase, après la mort de Timothée, éleva surle siège archiépiscopal, au commencement d'avril 518, Jean de Gappadoce, jusque-là prêtre et syncelle à Constantinople K La conduite de Jean répondit tout à fait aux désirs de l'empereur. Mais lorsqu'Anastase mourut lui-même au commencement de juillet 518 et qu'il fut remplacé par un orthodoxe rigoureux, l'empereur Justin P"", il y eut un revirement énergique. Les masses orthodoxes de la capitale se soulevèrent ouvertement le 15 et le 16 juillet 518 contre le patriarche Jean, qu'elles forcèrent à rentrer dans l'orthodoxie et à reconnaître solennellement la formule de Chalcédoine. On alla plus loin : Justin et son neveu Justinien^ qui jouissait déjà d'une grande influence, entrèrent aussitôt en négociations avec Rome et rétablirent avec elle en 519 la communion si longtemps interrompue, en acceptant toutes les exigences du pape Hormisdas. Conformément à la volonté de ce dernier, les noms du patriarche Acace, de ses successeurs hérétiques anathematises à Rome, ceux des empereurs Zenon et Anastase furent rayés sur les registres de l'église, et le patriarche Jean^ dut promettre avec serment de rester en parfait accord avec TEglise romaine.

') Victor. Tun., Chron., p. 360. Gedrenus, p. 637. Theophanes, p. 253. ZoNAR., XIV, 4, p. 57. NiCEPHOR., p. 775. Le Quien, I, p. 221 .

2) Jean exerça le pontificat jusqu'à sa mort, au commencement de 520; le 25 février, il eut pour successeur au patriarchal Épiphanios, prêtre et syncelle de Byzance. Victor. Tun., Chronic, p. 362. Theophanes, p. 256 sq. ZoNAR., XIV, 5, p. 59. NiCEPHOR., p. 775. Clinton, I, p. 739 et 743. Epiphanios mourut le 5 juin 535 (Mârcellin., Chron., p. 323. 324. Victor. Tun., p. 365. 367. Clinton, I, p. 765 et 767) et eut d'abord pour successeur Anthimos, jusque-là évèque de Trapézonte, qui fut déposé en 536 par un synode à Constantinople, d'accord avec le pape Agapet, comme hérétique monophysite élu contre les canons, et remplacé par Mennas (13 mars 536), prêtre d'Alexandrie, jusqu'alors chef de l'hôpital Sampson dans la capitale. Cf. encore EvAGR., IV, 9 fin. 11. 36. Malalas, XVIII, p. 479. Theophanes, p. 337. 338. Cedrenus, p. 651 et Nicephor., p. 775. Zonaras, XIV, 7 init., p. 64; 8, p. 67. NicEPH. Call., XVII. 8 et 9. Lorsque Mennas mourut ensuite, le 25 août 552 (Cf. Malalas, XVIII, p. 486. Zonar., loc. cit. Theophanes, p. 353. 354. NiCEPHOR., loc. cit. Evagr., IV, 37. 38. Cedrenus, p. 659, et Clinton, I, p. 798 sq.), il fut remplacé par un homme qui s'était fait con-

436 LES TRITUÉITES

C'est ainsi que l'orthodoxie retrouva une domination incontestée dans la presqu'île grecque, où Tarchevêque Dorothée de Thessalonique fit aussi sa soumission, et où seul l'archevêque de Dyrrhachion' chercha encore pendant quelque temps à résister à rinlluence romaine : cette soumission ne subit d'échecs momentanés que dans les dernières années du vi*" siècle, sur quelques points de l'Achaïe, par une hranche issue de l'hérésie monophysite ^ L'influence du patriarche de Constantinople en Grèce avait été naturellement refoulée de nouveau par celle de Rome. Cependant on ne cessait de faire de Constantinople des tentatives pour prendre insensiblement un pied solide en Grèce. Ce ne fut pas toujours par les procédés les plus louables, comme à Larissa, vers 531 , lors de la mort du métropolitain Proclos. On avait élu à sa place, de la ma-

îiaître nomme moine à Amasia et apocrisiaire do son église, Eutychios, que l'empereur JusLinien 1er déposa le 12 avril 565 à cause de dissentiments ecclésiastiques, renvoya à Amasia et remplaça par le « scholaslique » (et apocrisiaire d'Antîoche) Jean de Sarmine (ou Sirimîs) près d'Antioche en Syrie. Cf. Evagr., IV, 38 fin. et 39. Victor. Tun., Chron,, p. 374. 378 et 379. Theophan., p. 372 sq. Zo^ar., XIV, 9 fin, p. 69 sq. Nigeph(>r., loc. cit. Cedrenus, p. 680. Voyez encore pour les patriarches successeurs d'Epiphanios : Jean d'Éphèse, Histoire de VÈglise, I, 42 (Irad. Schônfelder, p. 39) et Clinton, I, p. 819. Lorsque mourut le patriarche Jean, Eutychios (déjà sous l'empereur Justin II) fut de nouveau élevé au patriarchal de la capitale, le 3 octobre 577. Theophanes, p. 382. Cedrenus, p. 685. Evagrius, V, 16. ZoNARAs, XIV, 26. 27. 29. 31. 36, et Jean d'Éphèse, loc. cit. p 39 sq.j. Clinton, ï, p. 841. Pour tous les patriarches depuis Épiphanios, voy. encore Le QuiEN, I, p. -.^21 à 226.

1) Cf. Hefele, op. cit. y p. 675. Sur Thessalonique et Dyrrhachion, voy. encore Le QuiEN, II, p. 36 sqq. 242.

*) Ces faits se rapportent à hi. fin du vi« siècle. A leur occasion reparaît le nom de quelques villes helléniques que Thistoire ne doit plus mentionner que rarement dans la suite. Entre autres sectes issues du monophysitisme, il faut citer la nouvelle hérésie des « Trithéites », qui eut pour auteur à Constantinople, au temps de Justinien h^, le philosophe monophysite Jean Ascusnages; cette doctrine aboutissait presque à trouver dans les trois personnes de la Trinité trois divinités dilférentes. Cette branche se maintint jusqu'au vii^ siècle contre les orthodoxes officiels et contre l'opposition des monophysites. Deux de ses chefs notamment, Gonon et Eugène, vers la fin du règne de Justinien et sous le règne suivant, ont consacré de très nombreux évêques qui travaillaient à répandre la nouvelle doctrine non seulement en Orient et en Italie, mais, même avec un succès momentané, dans les vieilles églises orthodoxes de Corinthe et d'Athènes. Cf. Jean d'Ephèse, Histoire de l'Église, I, 31. V, 2. Hsfele, ConciÀiengeschichtc, II, p. 555 sqq.

ÉLECTION DE l'ÉVÊQUE DE LARISSA 437

nière régulière, dit-on, comme archevêque de Thessalie, StO' phanos, laïque et de plus homme de guerre. Or, quand le synode provincial de Thessalie' se réunit à Larissa pour procéder à son ordination selon l'ancienne tradition, plusieurs ecclésiastiques, notamment les évêques Demetrios de Sciathos et Probianus de Demetrias, qui avaient pourtant signé eux-mêmes l'acte d'ordination, coururent à Constantinople pour se plaindre auprès du nouveau patriarche Epiphanios de ce que l'ordination de Stephanos n'était pas canonique et pour demander qu'on élût un autre évêque. Le patriarche byzantin saisit l'occasion et décida — sans enquête suffisante, dit-on, et sans avoir admis Stephanos à se défendre — que ce dernier, élu contre les lois canoniques, devait abdiquer, et que le clergé de Thessalie devait lui refuser la communion ! Stephanos fut conduit dans la capitale et cité devant un synode local qui, sur la proposition du patriarche, prononça sa déposition. Et comme il s'obstinait à en appeler à la décision du pape (alors Boniface II), Epiphanios le retint même prisonnier à Constantinople. Or, malgré tous les empêchements de la part d'Epiphanios, un des suffragants de Stephanos, l'évêque Théodose d'Echinos, réussit à partir pour Rome avec la plainte écrite de Stephanos et d'autres documents. Le pape Boniface convoqua h Rome^ pour le 7 décembre 531, un synode auquel assista, outre Théodose, un autre évêque, Abundantius, qui se présentait comme le représentant légitime de l'évêché de Demetrias, dont s'était emparé de fait, par violence et fraude, en l'absence d' Abundantius, ce Probianus cité plus haut et dévoué à la chaire de Byzance. Les délibérations de ce synode et les lettres des évêques de Thèbes en Phthiotide, de Diocaesarée et de Lamia, nous montrent clairement quelles profondes racines avait encore en Grèce l'autorité romaine ; nous y voyons aussi quel caractère moyen-âge avait déjà l'atmosphère ecclésiastique qui s'était répandue alors sur la Grèce. Mais nous ne savons pas comment le pape tira enfin d'affaire le pauvre évêque Stephanos % pas plus que nous ne

*) Cf. notamment Hefele, Condliengeschichte, II, p. 722 à 725. Harduin, II, p. 1111 sqq. 1118-1140. Maksi, VIII, p. 741-772. Le Quien, II, p. 18 sqq. 105 sqq. 111 sqq.

438 l'épiscopaï hellénique

connaissons les détails de l'agonie du dernier débris de la vie antique qui doit être le sujet de notre dernier chapitre.

Le christianisme, pendant cette période, s'est toujours étendu matériellement dans les provinces grecques de la préfecture d'Illyrie, et le réseau du système episcopal s'est resserré de plus en plus sur les contrées du diocèse de Macédoine. Les débris de la tradition et les actes des grands et petits synodes qui suivirent le concile de Chalcédoine jusqu'aux assemblées ecclésiastiques présidées, en 536 et 543^ à Constantinople, par le patriarche Mennas, et en 553 par son successeur Eutychios, nous permettent de rétablir, pour la Grèce de ce temps par lequel nous terminons notre récit, une statistique ecclésiastique, à la vérité fort peu complète. Pour compléter nos dernières indications sur ce point, nous ajouterons qu'en Macédoine, où nous n'avons en vue que Thessalonique, l'archevêque Anastase eut pour successeur, après 451, Euxitheos. Comme contemporain du patriarche byzantin Acace nous apparaît ensuite André ; pendant les deux premières décades du vi^ siècle, notamment vers 515, c'est Dorothée qui occupe ce siège ; et enfin, sous Justinien P', Élie est archevêque de Thessalonique K

Pour l'Épire, nous ne nous intéressons qu'aux deux villes grecques de Dyrrhachion et d'Apollonie dans la contrée septentrionale de ce nom [Epirus nova). A Dyrrhachion, nous connaissons encore, après le métropolitain Luc, au temps de Justinien, Marianus ; à Apollonie, outre Félix, les évêques Eusèbe et, sous Tempereur Léon P% Philocharis. Quant à Tancienne Épire, l'édifice hiérarchique était déjà complet du temps du concile de Chalcédoine. Sur les sièges épiscopaux de ce pays nous trouvons encore Eugène, métropolitain de Nicppolis sous l'empereur Léon P"", puis sous l'empereur Anastase Alcyson, qui eut pour successeur après sa mort, en 516, Jean. A Anchiasmos nous connaissons, vers l'année 531, Tévêque Chrislophoros ou Christodoros ; à Phœnice, du temps de l'empereur Léon Y\ l'évêque Yalérianus, et en 516 Philippe. A Dodone, l'évêque Théodore eut pour premier

1) Le QuiEN, Oriem Christianus, II, p. 34 à 40.

l'épiscopat hellénique 439

successeur Philothée, pendant que sous Léon P*" nous trouvons l'évêque Ouranios et en 516 Julianus. On connaît de même sous Léon P"" Téveque, Hypalios à Hadrianopolis, Diadochos à Photice, Eugène à Eurœa, tandis qu'en 516 nous trouvons à Hadrianopolis Tevtique Constantin, et à Photice Hilarios. A Eurœa, sous Justinien P% c'est ïhéodote qui ferme la série^ pendant qu'à Corcyre uqus ne connaissons après Soterichos que les évêques Chrysippos et Stephanos, postérieurs l'un et l'autre à 516. A partir de 451, nous ne trouvons aucun évêché nouveau que celui de Boulhroton, où nous connaissons sous Léon r"" l'évêque Stephanos et, en 516, Matthieu '.

De même en Thessalie, au milieu du v"* siècle, nous voyons essentiellement achevé le système episcopal, tel que le connaît l'histoire ecclésiastique avant les invasions des Slaves et les mouvements du moyen-âge. Comme métropolitains, nous trouvons, après 458 et plus tard jusqu'en 531, des évêques du nom de Proclos ; nous connaissons déjà les questions qui s'agitèrent autour de l'évêque Stephanos depuis 531. A Demetrias, nous connaissons encore (jusqu'en 531) l'évêque Abundantius et son successeur Probianus, dont les titres sont très suspects. Sur les sièges anciens nous ne connaissons que Timothée de Diocsesarée (vers 531), Aristote d'Echinos en 459, Etienne de Lamia en 531, Elpidios dans Thèbes Phthiotique en 531. Comme évêchés nouveaux apparaissent du temps de Justinien (vers 531) Gomphi etSciathos, avec les évêques Eustathe et Demetrios *.

Quant à l'Achaïe, elle était toujours encore occupée à développer activement son episcopal, bien que, pour le temps qui suivit le concile de Chalcédoine jusqu'au cinquième concile universel de 553, nous n'ayons à citer qu'un nombre de noms relativement peu considérable. Ainsi, après Pierre de Corinthe, nous ne trouvons que le métropolitain Photinos sous Justinien ; à Athènes^ sous Léon V\ l'évêque Athanase, et, dans le même temps, Plutarque de Platée. A la même époque (vers

*) Le QuiEN, op. cit., p. 134 à 148, et p. 242 à 248. Mansi, VIII, p. 405. «] Le Quien, op. cit., p. 106 à 124.

440 l'épiscopat helt.éntque

4o8) se rapportent encore Agathodore de Mégare, Architimos de Thèbes et les titulaires de plusieurs diocèses nouveaux dans la Grèce moyenne et en Eubée, comme Cyriacos de Carystos, (iOnstantin de,Chalcis, Zoïlos de Scarphea, Hesychios de Tanagra, Rufm de ïhespies et Alexandre d'Élatée. Dans le Péloponnèse, il y eut à Argos, sous Léon P% Tévêque Thaïes; à Patrse, Alexandre; à Corone, Aphobios : dans le même temps, nous trouvons comme possesseurs d'évêchés nouveaux Hosios de Lacédémone et Timothée de Mégalopolis '.

Enfin, dans l'île de Crète, nous voyons apparaître, depuis le temps de l'empereur Léon P'", les nouveaux évèchés d'Hierapylna et de Cydonia*.

*) Le QfjiEN, op. cit., p. 159 à 213.

*) Le Quien, op. cit., p. 266 et 271. Dans la province insulaire de la mer Égép, nous trouvons pour Naxos, au temps du patriarche Mennas, l'évêqiie Paul, et à Paros, dans le même temps, Théodore; sous Juslinien, l'évèque Zoticos de Carpalhos (Le Quien, I, p. 937. 938. 947). Pour Rhodes, au temps de Léon I", l'évèque Agapet (Le Quien, p. 923 sqq.), et au temps de Juslinien Icr^ l'évèque Esaïas (Theophanes, p. 27i. Cedrenus, p. 645. Malalas, XVIIT, p. 436). Aperçus sur l'épiscopat d'Asie et d'Hellespont ; voy. Le QuiF.N, p. 671 sqq. 748 sqq.

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