LES ATHÉNIENS ET LEUR UNIVERSITÉ
qu'au coup mortel que lui porta Justinien V% l'org-anisation de cette Université est restée à peu près la même. Seulement, par comparaison avec le grandiose tableau du iv® siècle, ce n'est plus qu'une sorte de miniature. A mesure quelabrillante sophistique se transformait en une sèche rhétorique disparut l'intérêt général que le monde antique agonisant portait à cette branche de l'enseignement athénien : la sympathie des grands souverains romains disparut de même; la compétition pour ces chaires devint moins ardente, et la part prise par le curateur à ces questions académiques ne fut plus qu'une formalité. Mais en même temps ne disparaissait nullement l'intérêt que prenait la bourgeoisie athénienne à son Université; il prit seulement une nouvelle direction. Dès qu'il fut constaté que les empereurs de Constantinople accordaient à peu près exclusivement leur sympathie à l'Université de leur capitale (en exceptant peut-être l'école de droit de Béryte), l'antique Université des bords de l'Ilissos devint vraiment l'enfant gâté de l'intelligente bourgeoisie de la ville de Périclès. L'administration municipale et les riches particuliers d'Athènes firent, dans la mesure oii le leur permettait la cour de Constantinople, tous les sacrifices possibles pour maintenir de quelque façon la prospérité de leur Université, qui était encore leur principale source de vie et le dernier débris de leur grandeur. Des réunions de citoyens actifs et du conseil municipal convoquées dans ce but , des dons de citoyens riches comme, dans la deuxième moitié du v® siècle, celui du puissant Théagène', de nouvelles fondations d'Athéniens riches et bienveillants durent remplacer maintenant la faveur impériale absente. Seulement, à côté des professeurs de rhétorique scolastique, hommes capables dans leur genre nouveau, l'enseignement de la médecine^ et de la jurisprudence* se placèrent plus que jamais au premier plan, sans pourtant que
*) Cf. Marin., Vit. FrocL, 15 init., et Photius, Bibl. (éd. J. Bekker), p. 346.
*) Cf. Suidas, 5. v., et voy. ci-dessous, p. 462, 1-2, 463. 1. ■[^) Cf. ce qui a été dit plus haut sur Jacob, et voy. Photius, J3?'6L, p. 344. -iij.>) Cf. ci-despous les notices à l'occasion de l'histoire de quelques sophistes, et, pour l'étude du droit à Athènes en général, Malalas, XVIII, p. 451.
l'école néoplatonicienne 45i
la philologie et la grammaire perdissent leur place * d'une manière durable. Il faut dire pourtant qu'alors, à Athènes comme partout^ si nous exceptons Constantinople et Alexandrie, le niveau commençait à baisser. N'est-ce pas un trait caractéristique que cette ville qui avait toujours aimé à honorer ses savants favoris par l'érection de statues (quelquefois, il est vrai, par des adaptations d'anciennes statues) ait accordé dans le premier tiers du y^ siècle cette faveur à un savant très aimé, le philologue Philtalios, parce que ce dernier, en connaisseur et en maître de la reliure, avait apporté alors un perfectionnement notable à la technique de cet art^ !
Après le premier tiers du v^ siècle, la philosophie devint de plus en plus le véritable centre de gravité de l'Université. Quoique,' depuis l'époque des Constantins, les écoles philosophiques aient surtout un caractère privé et que la philosophie athénienne soit réduite financièrement à ses propres ressources, c'est l'école néoplatonicienne qui, depuis Arcadius et Théodose II, soutient seule encore l'ancienne renommée de cette Université. Ses ressources matérielles n'étaient nullement à dédaigner. Les fondations dont disposait l'école platonicienne lui rapportaient un revenu régulier annuel de plus de mille pièces d'or, en nombre rond 19,000 francs ^ Cela permettait aux chefs de l'école, dans une ville modeste comme Athènes, de vivre convenablement. D'ailleurs le christianisme n'était pas encore devenu dans cette ville assez dominant et, au moins jusqu'à Zenon, assez exclusif pour que la bourgeoisie n'eût pas volontiers aidé ces philosophes à se livrer paisiblement à leurs études. Jusqu'à Justinien 1% les empereurs byzantins montrèrent à l'égard de celte école beaucoup de ménagements et de tolérance. C'était assez naturel, puisque ces philosophes n'étaient pas un danger pour le christianisme, du moins un danger beaucoup moins sérieux que les grands sophistes du iv® siècle. Ces néoplatoniciens athéniens étaient
*) Cf. notamment ce qui sera dit plus bas, p. 462, sur Pamprepios.
2) Cf. Olympiodor. (ap.C.MuLLERjFragm. H^s^ Graec, IV, p. 64, fragm. 32, et DiNDOBF, Hist. Grxc. min., I, p. 463, n« 32).
'^) Cf. Photjls, Biô/., p. 346 a, lig. 36 sqq. et voy. Suidas, s. v. Tlaton (vol. II, p. 297, éd. Bernhardy). Finlay, p. 270. Zumpt, loc. cit., p. 59.