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LES PROFESSEURS DE PHILOSOPHIE

pereur Zenon. On créa pour lui une situation brillante à l'Université de la capitale : le ministre suivit même à plusieurs reprises son avis dans des questions politiques. Lorsqu'enfin Pamprepios fut tombé en disgrâce auprès de Tempereur, comme adepte déclaré des anciens cultes, comme magicien et auteur d'oracles, il prit une part énergique au soulèvement d'IUos contre Zenon en 484. Ce fut sa perte; car, après des échecs répétés, Illos et ses amis perdirent enfin toute confiance en Pamprepios et l'assassinèrent en 488 dans le château isaurien de Papyrium (Papourion) \

Une fin aussi prématurée d'un savant athénien était, il faut le dire, aussi rare à cette époque qu'aux époques précédentes. Ils continuaient d'atteindre une haute vieillesse tous ces professeurs d'Athènes, y compris les philosophes dont notre histoire, qui marche à sa fin, a encore à s'occuper. Nous commencerons naturellement par le vieux Plutarque dont nous avons déjà fait mention : c'est ce fils de Nestorios qui, selon la vieille pratique de l'Académie, exerça le premier le scholarchat de la nouvelle école philosophique qui venait de s'établir à Athènes sur le terrain et sur l'héritage des anciens platoniciens. L'activité de Plutarque s'exerça avec des progrès lents, mais considérables, depuis la catastrophe gothique jusqu'à l'année 431^ où mourut le vieux maître ^ Mais déjà s'était développée une nouvelle génération. A côté du professeur vieillissant, qui fut un écrivain varié et fécond, s'élevait non seulement une vaillante famille philosophique, mais encore une quantité d'auditeurs et de disciples, parmi lesquels plusieurs étaient qualifiés à un haut degré pour prendre, après sa mort, la direction de la nouvelle école et donner une base déplus en plus large à l'institut académique des néoplatoni-

') Malchi Fragm.t loc. cit.^ Joann. Antiochen., dans C. Mûller, IV, p. 619 sqq., n» 211 sqq. Evagrius, III, 27. Suidas, s. v. Photius, Bibl., p. 56. 343. 346. 347. 351. Theophanes, p. 198 et 201. Cf. encore Pauly, R. E. d. Mass. Alt., VI, 2, p. 2841. 2842 sq. Sievers, Studien z. Gesch. d. Rom. Kaiser, p. 501 sqq. 503 à 507, Bernhardy, loc. cit., p. 658. Clinton, I, p. 697. 699 et 703.

2) Tel est le calcul de Clinton, I, p. 615, et II, p. 315* tandis que Zumpt, p. 55 et 95, voudrait placer sa mort seulement en 434. Cf. Marinus, Procl.i 12 et 28. Suidas, s. v. Photius, Bibl , p. 173.

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ciens. Sa famille elle-même n'était pas, à vrai dire, bien en état de le faire. Le fils de Plutarque, nommé Hierios \ était certainement capable d'enseigner la philosophie à côté du grand scholarque Proclos ; mais il ne semble pas avoir possédé, ni comme philosophe ni autrement, un talent tel qu'il eût eu le droit de prendre en main la direction de l'Académie. La fille de Plutarque, Asclépigénie, était manifestement d'une intelligence supérieure à son frère. Car cette dame ne prenait pas seulement une part active à toutes les études philosophiques de sa famille et de l'école de son père, mais Plutarque avait pu aller jusqu'à l'initier complètement « à la connaissance des grandes Orgies (les mystères d'Eleusis) et à toute la doctrine théurgique » des néoplatoniciens. Elle fut de ce fait, jusqu'à sa haute vieillesse, l'objet de la vénération exclusive de tous les philosophes des générations qui suivirent Plutarque, d'autant plus qu'elle était la seule, disait-on, qui gardât le dépôt de cette merveilleuse doctrine secrète ^ Mais, en sa qualité de femme, quoiqu'elle eût instruit elle-même Proclos dans sa science, il était impossible qu'elle dirigeât l'école, et son vaillant époux xlrchiadas était, malgré sa valeur personnelle, trop peu philosophe pour pouvoir disputer la direction à ses amis philosophiques. Dans ces conjonctures, il était inévitable qu'à la mort de Plutarque le scholarchat passât à un des plus capables de ses disciples et collègues ^.

C'était Syrianos, natif d^llexandrie, fils de Philoxeno«; il était venu sans doute de bonne heure à Athènes, et fut de beaucoup le plus capable des plus anciens élèves de Plutar-

*) Photius, Bibl.y p. 342. Zumpt, p. 56.

-) Cf. Marinus, ProcL, c. 28. Comme il est très probable que Nestorios, qui est indiqué ici comme grand-père d'Asclépigénie, est Je célèbre hiérophante d'Eleusis, il me paraît d'autant plus vraisemblable que sous cette désignation de la connaissance des « grandes Orgies » il faut entendre celle des mystères d'Eleusis, gardée par Plutarque et Asclépigénie comme un trésor de famille.

^) Parmi ces disciples, il faut encore nommer un personnage qui eut plus tard une grande importance littéraire, le philosophe Hiéroclès, florissant vers le milieu du v*' siècle, que nous connaissons notamment pour avoir exercé son activité à Alexandrie ; voy. notamment Clinton, I, p. 617, et II, p. 319.

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quo : dans les dernières années de son maître^ il était devenu son ami et son collèg-ue, le suppléant parfois dans sa chaire, el avait pris dans rUniversité une position des plus influentes. Après la mort de Plutarque,il exerça donc le scholarchat parmi les néoplatoniciens, et cela, avec autant d'amabilité que d'énergie et de succès. La vieille et bonne coutume des scholarques platoniciens de recevoir hospitalièrement les disciples dans l'antique maison de Fécole, fut sérieusement reprise et pratiquée assidûment. Syrianos, qui déploya une grande activité comme écrivain (non seulement dans ses commentaires de Platon et d'Aristote, comme aussi d'Homère) et comme poète ; Syrianos, que plus tard on s'est plu à appeler « le Grand », éleva toute une série d'élèves capables, dont plusieurs ont continué son œuvre à Athènes ^ Parmi ces derniers, il y en a trois qui se sont fait remarquer particulièrement. L'un était le noble Alexandrin Hermias, moins doué comme rhéteur que comme philosophe, un homme extrêmement laborieux, d'un caractère vraiment idéal, qui s'allia à la famille du maître. Il épousa en effet J^ldesia, une jeune et belle parente de Syrianos, que les contemporains ont louée unanimement dans les termes les plus chaleureux comme une des femmes les plus distinguées de son temps. Hermias ne resta pourtant pas à Athènes, car il rentra dans sa patrie comme professeur public'. Avec et après Syrianos, comme professeur de l'Université d'Athènes, nous trouvons Domninus de Larissa ou de Laodicée en Syrie, qui rendit de grands services dans les sciences mathématiques, mais, malgré sa culture philosophique et à l'exemple de beaucoup de ces vieux philosophes païens très orthodoxes de la Grèce, sacrifia avec une naïveté vraiment grotesque à la superstition médicale en matière de sommeil thaumaturgique dans le temple d'Asclépios ^ Enfin, tandis que l'un des rares jeunes étudiants

*) Sur Syrianos, voy. notamment Suidas, s. vv. Plutarchus et Syrianus. Photius, BÏhL, p. 337. Marin., ProcL, 11. Cf. Zumpt, p. 56-58, 'et Clinton, II, p. 316 et 317, où se trouve la liste de ses ouvrages.

*) Suidas, s. vv. Hermias et Aedesia. Photius, Bibl., p. 341.

*) Suidas, s. v. et Marin , ProcL, 26. Nous trouvons encore un Ulpiaiius, disciple très cher à Syrianos, qui, moins remarquable comme philosophe

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arméniens qui venaient encore à Athènes, David de Nerken, amené par Syrianos à la philosophie néoplatonicienne, transportait ensuite ses pénates à Conetantinople, et, au commencement du vi*" siècle, s'efforçait encore dans sa patrie de faire comprendre par de nombreux écrits à ses compatriotes les œuvres de Platon et d'Aristote, qu'il cherchait à réconcilier à la lumière du néoplatonisme % Syrianos voyait avec une joie mêlée d'orgueil s'élever ce Proclos qui va nous occuper désormais avant tous les autres.

Proclos, ce savant célèbre qui eut comme philosophe, au v^ siècle, à Athènes, une situation aussi haute^ que dis-je,bien plus haute qu'autrefois le grand Proa^resios parmi les sophistes du iv*^, était Lycien d'origine; ou plutôt, ses parents, le jurisconsulte estimé Patricios et son épouse Marcella, également d'une famille considérée, étaient Lyciens : lui-même était né à Constantinople (peut-être en avril 410)-, Peu de temps après sa naissance, ses parents retournèrent dans leur patrie lycienne et s'établirent dans l'antique et renommée ville de Xanthos, où Proclos jeta les premiers fondements de son éducation philologique. Le jeune étudiant, richement doué du côté de l'intelligence et altéré de savoir, eut pour première idée de devenir jurisconsulte, philologue ou sophiste, et, disposant de ressources suffisantes, il se rendit à Alexandrie, afin de s'y vouer exclusivement aux études. Là, il devint

que comme mathématicien, s'était fait aimer pour sou caractère. Suidas, s. i'. C'est sans doute le même qu'Ulpianus de Gaza qui, d'après Marin., ProcL, 9 fin., a étudié la pliilosophie avec Proclos auprès d'Olympiodore à Alexandrie.

1) Pauly, h. K. d. Mass. AUerth., II, p. 867 sq. V, p. 1352. Hopf, op. rAt., p. 87.

'-) Marinus, Vit. ProcL, 6 et 35. Suidas, s. v. Cf. Fabbicii, Prolegomena dans Marin., VU. ProcL, éd. Boissonade, p. xxxsq. La date de la naissance de Proclos est placée en 410 ap. J.-C, notamment (et, d'après lui, par Hopf, p. 87) par Clinton, Fast. Roman., I, p. 577 et 579. II, p. 320, qui combat résolument le calcul de J. A. Fabricius dans les Prolégomènes à Marini Vita Procliy éd. Boissonade, p. xxiv ; cf. p. 139 (Fabricius place la naissance de Proclos au 8 février 412, à neuf heures du matin). Ce calcul a été accepté par plus d'un auteur moderne, notamment par Zumpt, op. cit., p. 55, et par Steinhart dans son excellent article sur Proclos, dans Pauly, R. E. d. kl AU., VI, p. 62.

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l'élève du philologue Orion, issu d'une famille hiératique, et du sophiste isaurien Léonas. Sous la direction de ces professeurs, Proclos acquit les connaissances théoriques et pratiques qui tirent de lui un orateur et un écrivain supérieur, et apprit également à fond la langue latine. L'ambitieux et brillant élève eut le bonheur, ce qui lui arriva du reste plus d'une fois dans la suite, d'inspirer à son professeur Léonas une telle affection, que ce dernier le fit habiter dans sa maison, l'admit à sa table et l'introduisit dans sa famille. Il l'emmena même avec lui dans un voyage qu'il fit dans la capitale de l'empire *. Néanmoins, la véritable vocation de Proclos finit par se manifester : il sentit de plus en plus vivement qu'il ne devait pas, comme ilTavait voulu d'abord, embrasser comme son père la carrière de jurisconsulte, ni celle de sophiste, mais se vouer définitivement aux études philosophiques. A son retour à Alexandrie, il abandonna donc la rhétorique et se jeta avec passion dans l'étude des mathématiques et de la philosophie. 11 étudia la première de ces sciences sous le'professeur Héron% qui se prit d'affection pour lui presqu'autant que Léonas. Quant à la philosophie proprement dite, il l'étudiachez Olympiodore, très célèbre dans ce temps, le premier de ces philosophes qui reconnurent et admirèrent, dans ce jeune néophyte ardent, au cœur pur comme le cristal, un nouvel astre qui se levait sur le ciel de l'hellénisme mourant. Olympiodore était un ardent aristotélicien; c'est à ses leçons que Proclos dut sa connaissance complète de la philosophie d'Aristote, dont on prétend que, par un effort colossal de mémoire, il apprit par cœur tous les ouvrages sur la logique. Proclos devait naturellement devenir très cher à Olympiodore, car il appartenait au petit nombre des élèves de ce professeur qui savaient triompher complètement des difficultés inhérentes à la matière et accrues encore par la profondeur de pensée et par la rapidité d'exposition d'Olympiodore ^ Proclos, qui, pour nous servir

*) Marin., ProcL, 6 à 9 init. Sur Orion, voy. Suidas, s. v. et Pauly, R. E. d. klass. Alterth., V, p. 982 sqq. Clinton, II, p. 316; sur Léonas, voy. Suidas, s, v.

') M\RiN., 8 et 9. Suidas, s. v.

*) Marin., 9. Suidas, s. v.

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d'une expression moderne, finit par remplir auprès de ce savant les fonctions de répétiteur, lui inspira une si grande affection, qu'OIympiodore lui offrir la main de sa fiUe^ personne d'une grande beauté, qui, comme beaucoup de jeunes filles de familles universitaires de ce temps, s'était occupée elle-même avec assiduité d'études philosophiques; mais Proclos déclina cette proposition \ Quoique dans toute la fleur delà jeunesse, il ne voyait sans doute, comme d'autres esprits de même nature et de tous les temps, d'autre fiancée que la science. Plus tard, lorsqu'en pleine conscience de lui-même il repoussa toutes les propositions semblables, deux autres motifs ont dû agir sur lui. D'autre part, le monachisme chrétien de ce temps n'avait pas été sans influence sur l'ascétisme des néoplatoniciens. D'autre part, Proclos était une de ces natures réfléchies, nombreuses à cette époque, dont l'idéal était dans un passé lointain et qui arrangeaient absolument leur existence sur le modèle des personnages quails admiraient dans ce passé; de sorte que, sur ce point, l'exemple de nombreux philosophes éminents de l'antiquité l'emporta sur les exigences de la passion et de la vie.

Mais, à la longue, le séjour au milieu des savants d'Alexandrie ne suffit plus à Proclos. Les natures comme la sienne étaient attirées toujours encore vers l'antique et sainte Athènes comme par un charme magique; déjà, pendant son voyage à Byzance avec Léonas, la pensée d'aller puiser à Athènes la sagesse secrète des néoplatoniciens l'avait frappé comme un coup de foudre ^ Lorsqu'il eut enfin terminé son cours avec Olympiodore, rien ne l'empêcha plus de se rendre dans la ville de Platon, oh il fit son entrée pour la première fois en 429 ^ Le jeune philosophe, avec ses hautes aspirations, y trouva l'accueil le plus chaleureux. Son compatriote lycien, Nicolaos de Myra, lui fit une réception amicale dès son

*) Marin., 9. Cf. 17. Suidas, s.v. Olympiodorus.

') Marin., 9, p. 18, et 10, p. 21.

2] Clinton, I, p. 607, incline à placer le séjour de Proclos à Alexandrie de 426 à 428 (sur ces études, voy. encore Sievers, Libanios, p. 20). Sur son arrivée à Athènes, voy. Clinton, I, p. 611 et 613. II, p. 320.

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arrivée au Pirée ^ et put aussitôt constater que le nouvel arrivant était accueilli par les meilleurs auspices. En effet, tourmenté par la chaleur et la soif. Proclos fit sa première halte en un endroit qui était consacré à la mémoire de Socrate et puisa son premier rafraîchissement sur le sol de TAttique dans une source voisine de la statue de Socrate ! Mais Nicolaos ne pouvait plus songer à reconquérir son compatriote pour les rhéteurs athéniens. Proclos vécut en bonne amitié avec eux, notamment avec Lacharès; mais tout son cœur l'attira dès le commencement vers les hommes de l'Académie néoplatonicienne Ses premiers hommages furent pour Plutarque, alors arrivé à une extrême vieillesse : il fut introduit auprès de lui par Syrianos, dont le cœur fut conquis par le jeune adepte dès la première rencontre. En effet, Syrianos et son ami Lacharès remarquèrent, lorsque Proclos les quitta le soir, qu'il adora la lune à son lever en pleine rue de la manière la plus solennelle. Cet acte de véritable foi antique, dans un temps oil, même à Athènes, l'exercice public de Tancien culte n'était pas sans danger, attacha étroitement Syrianos au jeune arrivant, qu'il présenta au vieux scholarque comme une colonne future de l'Académie '\

Plutarque et Syrianos trouvèrent en effet dans Proclos un disciple comme ils n'auraient pu le désirer que dans leurs rêves les plus hardis. Chez Plutarque, qu'il entendit encore pendant un peu plus de deux années et qu'il appelait lui-même dans la suite son aïeul intellectuel % il lut la psychologie d'Aristote et le Phédon de Platon et rédigea très exactement les leçons du professeur. Dans la maison de Plutarque, il se lia d'intime amitié avec son excellent gendre Archiadas, et, après la mort du grand maître, il puisa encore dans ses relations avec la fi^lle de Plutarque, Asclépigénie, la connaissance de tout ce qu'il ignorait encore des rites sacrés d'Eleusis et de la tradition théurgique*. Vivant en rapports animés avec toutes les

1) Marin., 10.

-) Marin., 11 et 12 init.

'■') Procl., ad Parmenid. dans Cousin, Procli opp., VI, p. 27 : « èui xovtoïc IlAO'JTap"/pç 6 r,{xÉTepo!; -apoTiâTtop x. t. X. » Marin., 29 fin.

*) Sur Plutarque, voy. encore Marin., 12. Suidas, s. v. Vrodm. Sur l'ami-

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sommités intellectuelles qui florissaient alors à TUniversité, compagnon de néophytes zélés de la philosophie comme Hermias, comme Ulpianus de Gaza (q^i'il connaissait sans doute déjà à Alexandrie), comme Domninus et son ami particulier Périclès de Lydie \ il s'attacha, après la mort de Plutarque, de l'affection la plus profonde à Syrianos, qui avait succédé à son maître en 431 dans le scholarchat et qui devint son véritable père spirituel. Syrianos l'admit comme un fils dans sa maison et Teûl volontiers vu épouser son aimable parente^ ^desia. Lorsque celle-ci se maria avec Hermias, Tami de Proclos, il se fît entre ces trois âmes d'élite un pacte d'amitié qui a porté de nobles fruits encore longtemps après '\ Bien que Proclos n*eûl pas pu se décider à s'allier avec la maison de Syrianos, les relations scientifiques entre lui et le nouveau scholarque devinrent de jour en jour plus intimes. Syrianos, bien différent sur ce point de Plotin, le célèbre fondateur de l'école, s'était adonné avec une égale prédilection à Platon et à Aristote, et cherchait un principe qui put servir de lien entre ces deux grands philosophes et leurs idées. C'est à ce moment qu'il se rencontra avec son grand disciple, qui était venu d'Alexandiie à Athènes tout saturé delà logique d'Aristote. Il fit alors avec Proclos, pendant deux ans environ, les études les plus approfondies sur Aristote, et lut avec lui les œuvres complètes du grand maître. Ce n'est qu'après cela qu'il con-' duisit Proclos au « divin » Platon; tout ce qu'on avait fait jusque-là n'était que «la préparation aux mystères platoniciens, qu'il lui fit contempler avec l'œil pur de l'âme et le regard limpide de l'esprit ». A ces délicieuses éludes, Proclos s^appliqua avec toute l'ardeur de sa soif inextinguible de^ science, et il travailla sans relâche le jour et la nuit. L'un d^s premiers fruits de ces travaux, faits en commun avec Syria-

lié avec Arctiiadas, voy. aussi Marin., i4 et 17. Sur Asclépigénie, voy. Marin., 28.

*) Sur Hermias, voy. aussi Suidas, s. vv. Hermias et Aedesia. Sur Ulpianus, Marin., 9. Sur Domninus, Suid., s. v. Sur Périclès de Lydie, Marin., 29, et Procl., TAeo/.,P/aÉon., I, 1 init.

2) Cf. ci-dessous et voy. Marin., 12 fin. et 26. 29 fin., 36 fin. Sujdàs:, Sv V. Aedesia,

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nos, fut le célèbre commentaire du Timée de Platon que nous possédons encore aujourd'hui; ce travail, écrit par Proclos dans la vingt-huitième année de son âge (437 ap. J.-C), respire l'enthousiasme le plus complet et le plus juvénile pour Syrianos, « son guide et son père* ».

Mais le jour n'était pas loin oii le vieux Syrianos devait quitter la terre des vivants et Proclos prendre le scholarchat de l'Académie d'Athènes, dont il était depuis si longtemps l'ornement : ce fut vers le milieu du v® siècle après Jésus- Christ ^ Sous sa direction, cette Université atteignit encore une fois un brillant degré de prospérité; c'était la dernière fois qu'elle devait jeter cet éclat. Proclos était vraiment et sous tous les rapports l'homme qu'il fallait pour exercer partout une action attrayante et fécondante et renouveler une fois encore l'antique gloire d'Athènes. Physiquement déjà, sa personne était imposante au plus haut point : il se distinguait de tous^ par une taille élevée et annonçant la force, un beau visage, une attitude noble et digne et la magie de son élégance et de sa grâce. Gomme professeur et comme écrivain, il déploya une activité vraiment colossale et devint l'Atlas dont les épaules soutenaient l'hellénisme prêt à tomber. Il ne se contentait pas de faire tous les jours cinq leçons, et quelquefois davantage , sur différentes parties de la science , telles que la géométrie, l'astronomie,, la logique et la philoso-

*) Cf. Marin., 13. Suidas, s. vv. Plutarchus, Proclus, Syrianus. Photius, Bibl., p. 337. 341. Steinhart dans Pauly, V, p. 1719, et VI, p. 63. Zumpt, p. 58. Clinton, ï, p. 621.

^) La chronologie est incertaine sur ce point, comme malheureusement presque partout dans l'histoire de la dernière période de l'Université d'Athènes. Clinton, I, p. 617 et II, p. 316, voudrait, sur l'autorité de Marin., 26, p. 61, ne laisser à Syrianos que peu d'années de scholarchat après la mort de Plutarque; tandis que Zumpt notamment, p. 95, et je crois que c'est avec raison, prolonge la vie de Syrianos jusque vers le milieu du ve siècle. On admet généralement aujourd'hui que le philosophe Domninus n'a pas été scholarque entre Syrianos et Proclos : voy. Zumpt, p. 56. Proclos écrivit dans la suite un livre contre ce Domninus, à cause de ses idées personnelles qui s'écartaient du système de Platon : c'était du reste un homme de manières raides, peu aimable pour les étrangers et qui n'aurait pas été très apte aux fonctions de scholarque. Sur Proclos scholarque, voy. Sum., s. vv. Plutarchus et Proclus. Phot., Bibl., p. 337. 345. Marin., 26.

3j Marin., 3., cf. 26.

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phie pratique, leçons dans lesquelles il prenait comme base les écrits des maîtres anciens Euclide, Ptolémée, Aristote et Platon surtout, mais encore il déployait une telle activité comme écrivain qu'il produisait régulièrement environ sept cents lignes par jour ^ Il put supporter facilement des efforts aussi grandioses jusque dans une haute vieillesse, parce que, dès sa jeunesse, il s'était habitué à une manière de vivre extrêmement sobre et saine, qui lui conserva longtemps ^ sa fraîcheuret sa force. Beaucoup de ses habitudes, comme l'abstinence des viandes, lui étaient dictées par son système d'imitation des idées antiques. Dans le reste de sa manière de vivre ascétique, notamment dans la pureté absolue de ses relations avec les femmes, il subissait l'influence combinée du monachisme, de la discipline morale toujours si sévère de son école et des souvenirs de la discipline pythagoricienne ®. En général, Proclos était très exigeant en fait de moralité, même pour ce qui concernait ses élèves. Il vint un jour chez lui un certain Hilarios, autrefois riche et puissant décurion d'Antioche^ dont un ami avait trahi la confiance en séduisant sa femme : Hilarios trouva piquant de se venger en abandonnant au traître non seulement la femme, mais aussi sa fortune et, avec elle, la charge si onéreuse du dëcurionat. Proclos repoussa énergiquement et durement de son seuil ce nouvel adepte de la philosophie, parce que Hilarios, qui aimait la vie joyeuse, s^était consolé, de sa perte en s'entourant de filles complaisantes*. Sur ce chapitre^, Proclos était inexorable : la philosophie ne devait être maniée que par des mains pures.

Proclos, comme autrefois Proaeresios, le sophiste dominant du iv^ siècle,était pour toutle reste une personnalité aussi aimable qu'universellement aimée. Sans doute, il était capable,

*) Marin., 22 fin. Cf. 24 fin. Voy. aussi Zumpt, p. 59 sq. Sur ses nombreux écrits, voy. Clinton, II, p. 320 sqq. Steinhart dans Pauly, VI, p. 64 sqq. '

2) Marin., 3 et 4. 19. Voyez cependant aussi ce qu'il dit au ch. xxvj sur l'épuisement de son corps dans la vieillesse, à la suite de trop de fatigues et d'une diète trop rigoureuse.

>) Marin., 17. 19. 20 fin. Photius, BihL, p. 344.

*) Suidas, s. v. Hilarius, Photius, Bi5/., p. 351.

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comme beaucoup d'hommes aimables, de subites et vives colè* res, et cela, pas seulement contre la nég'ligence de ses disciples, qu'il savait, du reste, tenir en éveil par tous les moyens; mais sa colère était prompte à s'apaiser, et il était incapable de nourrir des sentiments haineux \ Il va sans dire que, pendant sa carrière académique, les polémiques liltéraires n'ont pas fait défaut et que les liaisons personnelles contractées par lui n'ont pas toutes été durables^; mais il n'en est pas moins vrai que Proclos a eu avec ses collègues philosophes ces rapports de touchante confraternité qui étaient inconnus autrefois, du temps de la splendeur des sophistes ^ Proclos a été jusqu'en 48S le vrai centre de lUniversité athénienne, le centre autour duquel se serraient avec un véritable enthousiasme les grands rhéteurs que nous avons menlionnés^ les philologues, comme ce Pamprepios qui ne pouvait se subordonner qu'au seul Proclos, surtout ses collègues philosophes qui apprenaient souvent encore à son école, les citoyens de la ville qui avaient reçu une éducation philosophique, des méde^ cins, comme le grand hydropathe Jacob jusqu'au moment dé son départ pour la capitale en 462 \ et enfin de nombreux disciples de tout âge.

A l'exception de Damascios, qui vient beaucoup plus tard; et de son entourage, tous les philosophes qui se firent un nom après Proclos à Athènes, et d'autres qui jouèrent dans la suite un grand rôle à Alexandrie, étaient des disciples de ce grand philosophe. Ammonios et Asclépiodote, Zénodote, Isidore ont été formés sous .lui. A côlé de tels hommes, il faut mentionner Severianus de Damas, un noble décuriori, qui, malgré les menaces de Zenon, resta attaché au polythéisme avec une grande ténacité et une véritable bigoterie, à la fois poète, rhéteur et célèbre jurisconsulte. Son père s'obstinait à le faire entrer dans la carrière pratique du droit :

*) Marinus, 16. 17. 20.

■^) Cf. ]a brouille qui eut lieu, selon SùiDÀS, s. v. Zenon, entre Proclos et le rhéteur Salustios par la faute d'un certain Zenon (on ne sait si c'est, le juif alexandrin ou Zenon de Pergame). ^

») Marinus, 22 fin. ^7 ^^

*) Photius, BibL, p. 344. - ' " •^'^'^ '

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mais Severianus, après la mort de son père, s'empressa d'aller s'asseoir aux pieds du professeur athénien admiré dans tout l'Orient, et, avant de s'engager définitivement dans la carrière administrative, il emporta le riche trésor de la sagesse hellénique *. Bien différents furent doux ou plutôt trois disciples qui vinrent d'Alexandrie pour lui. Nous avons vu qu'Hermias, l'ami de Proclos, avait quitté l'école de Syrianos avec ^desia pour retourner dans sa patrie sur le Nil, et avait professé avec beaucoup de succès au « Musée » ou plutôt dans ce qui restait encore de cet établissement. Malheureusement, il était mort de bonne heure, et, fait inouï dans les annales de cette école, son épouse ^Edesia, dont Tantique piété, la bienfaisance sans apparat, les vertus féminines étaient partout admirées, obtint, comme distinction exceptionnelle et en l'honneur du défunt, de jouir pour longtemps avec ses fils mineurs Ammonios et Héliodore de Tentrelien aux frais publics et du traitement de son époux. Mais lorsque ses fils avancèrent en àge,^desia se rendit avec eux à Athènes: ils devaient étudier la philosophie auprès de l'ami de sa jeunesse, dont la gloire remplissait maintenant le monde. Proclos reçut avec une grande distinction celle qui lui avait été autrefois destinée pour épouse et qui était restée une belle matrone. Alors les Athéniens eurent la satisfaction de voir cette dame remplir auprès de ses fils les devoirs du pédagogue et paraître avec eux dans l'auditoire de Proclos pour prendre part, elle aussi, à l'enseignement de l'illustre grand-maître de l'Académie*.

Sa situation comme chef de l'Université donnait à Proclos, en dépit de sa modestie personnelle, une certaine conscience de son importance. Ainsi, il n'hésitait pas, le cas échéant, à insister énergiquement auprès des autorités athéniennes pour qu'elles dotassent les chaires de philosophie, comme Tétaient de tout temps les chaires de rhétorique et de philologie '. Il est

douteux qu'il y ait toujours réussi. Sans doute. Proclos i ,0'iao !U up iToiîor/fio

*) Suidas, s. v. Severianus. Phot., BibL, p. 346 et 352. Von Lasaui-x, Der Untergang des Hellenismus, p. 141.

*) Suidas, s. vv. Hermias et Aedesia, Phot., Bibl.y p. 341. 3) Marin., 16 init. et fin.

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jouissait aussi, dans la vie publique à Athènes et en Grèce, d'une grande considération. Indépendamment de l'influence que son caractère imposant avait naturellement sur l'attitude des magistrats municipaux supérieurs et des citoyens considérables d'Athènes, comme Archiadas, Rufin \ Théagène et autres, il prenait probablement aussi une part assidue et intelligente aux assemblées des citoyens actifs (après avoir, sans doute, acquis le droit de cité); il arrivait souvent, du reste, que le conseil municipal d'Athènes, ou d'autres autorités municipales grecques, entre autres celles d^Argos, lui demandaient conseilpar écrit dans des circonstances dilficiles^. Malgré tout cela, il est douteux que les autorités d'Athènes, obligées de ménager la cour, aient toujours pu satisfaire ses désirs dans toute leur étendue ; en effet, le caractère dominant de la personne de Proclos était notoirement d'être le champion le plus résolu de l'ancien polythéisme.

Il n'entre pas dans notre plan d'expliquer d'une manière complète la position de Proclos au milieu des néoplatoniciens. Nous nous bornerons à un petit nombre d'observations. Bien que sa doctrine, pour la simplicité, la pureté et la force morale, restât beaucoup en arrière de celle du vieux Plotin, il n'en était pas moins l'esprit le plus considérable qui fût sorti de cette école dans le dernier siècle de son existence. Mais ce qui caractérise Proclos, ce qui faisait à ses propres yeux son originalité personnelle, c'est qu'il prétendait représenter scientifiquement tout le paganisme connu de lui et qu'il se posait en hiérophante du monde entier^. Cela éclate clairement dans les stades supérieurs de son école. Car les études mathématiques, celles qui avaient pour but l'interprétation d'Aristote et de Platon (dont Proclos était « à la fois l'exégète et l'hiérophante »), étaient suivies, pour les élèves les mieux doués, de l'exposition de la « théologie platonicienne », dans laquelle Proclos avait dépensé sa plus subtile spéculation et qui se fondait sur la conviction qu'Orphée, Pythagore

*) Marin., 23 fin.

2) Marin., 14. 15 init. et fin.

') Marin., 19, p. 47.

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et Platon étaient d'accord. Telle était la science qu'il pouvait exposer publiquement. Seuls, les plus intimes parmi les étudiants païens, ceux qui étaient, à jjon point de vue, moralement les plus purs, recevaient l'enseignement secret de la théurgie, qui ne pouvait pas être exercée publiquement. Or, la doctrine secrète de Proclos avait pris un caractère tout particulier. Dans la profondeur de sa foi païenne, Proclos avait recueilli toutes les traditions sacrées, notamment celles de l'Orient, sans excepter les oracles des Ghaldéens. Tandis que, d'une part, il expliquait supérieurement Aristote et que, dans l'exégèse de Platon et dans le développement de sa doctrine, il retournait au point de vue hellénique et didactique délaissé autrefois par .Jamblique; d'autre part, poussé par sa prédilection pour le mythe, les mystères et leur explication, il ne sut pas aller jusqu'à débarrasser la philosophie des théologies et démonologies orientales qui s'étaient imposées à elle. Profondément pénétré d'un religieux enthousiasme pour le paganisme aux mille formes de l'antiquité, pur de toute hypocrisie, mais égaré par son goût pour le raffinement, il finit par se construire un véritable panthéon de dogmes et de philosophèmes païens. Et comme il espérait, par cette voie et à l'aide de la spéculation, ranimer le paganisme mort, il s'efforçait en même temps d'exercer une action sur le peuple par une orthodoxie anxieuse, une observance bigote et scrupuleuse de pratiques anciennes et en partie tombées en désuétude. C'est ainsi qu'il célébrait strictement non seulement les jours fériés de son école, les anniversaires des anciens philosophes comme Socrate et Platon, mais encore les fêtes athéniennes , égyptiennes et chaldéennes , lors même qu'elles étaient depuis longtemps tombées dans l'oubli \

Quelque étrange que tout cela paraisse, il n'en est pas moins certain que Proclos a été pour longtemps un adversaire vraiment dangereux du christianisme. Dans un temps où les ^roubles monophysites avaient commencé à ébranler profon-

*) Marinus, 18. 19. 36. Voy. aussi 22. 26. 28. 23, où sont mentionnées à la p. 56 les anciennes fêtes de l'école; voy. encore Boissonade, p. 114, et cf. Steinhart dans Pauly, V, p. 1719, et VI, p. 63 sq.

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dément l'Eglise orientale, où les personnalités dun Basiliscos, d'un Zenon, d'un Longin ne pouvaient être que peu sympathiques, l'apparition d'un homme aussi énergiquement croyant et animé d'un enthousiasme religieux aussi ardent que Proclos devait être entraînante sous plus d'un rapport. Ce qui produisit le plus d'effet sur ses contemporains, ce n'est pas tant son système mystique, sa polémique parfois directe contre le christianisme (contre laquelle au vi" et vn^ siècle le monophysite alexandrin Jean Philoponos, élevé à l'école d'Aristote, et, vers 1150 après J.-C, Févêque Nicolaos de Mothone dans le Péloponnèse engagèrent un tournoi littéraire), que l'énergie morale de son caractère, sa bienfaisance infatigable*, et, avant tout, sa foi sincère dans sa cause. A Athènes même, il heurta une fois le fanatisme chrétien et fut obligé de quitter la ville pour une année entière, qu'il employa à fortifier les païens encore nombreux de la Lydie dans leur attachement à la vieille foi^ Quant à ses adeptes personnels, la biographie écrite par son disciple et successeur Marinos en est témoin, ils étaient fermement convaincus qu'il était entré par sa vertu en communion intime et immédiate avec les dieux et qu'il en avait reçu le don des miracles. Chez les Byzantins postérieurs, dont quelques-uns le placent par erreur dans les générations suivantes, il nous apparaît comme une sorte de magicien et de sorcier^. Le plus gracieux de ses miracles aux yeux de ses biographes est la guérison de la (jeune) Asclépigénie, — tille, non mariée alors, de son ami Archiadas, plus tard épouse de Théagène, — qu'il sauva de la mort dans une maladie grave et désespérée ; ce miracle avait été obtenu par les prières de Proclos et de son ami, Périclès le Lydien, dans le temple d'Asclépios, qui était encore intact à cette époque ^ Bien plus : les dieux avaient un commerce personnel avec Proclos I II habitait dans la

*) Mawn., 14.

*) MakÎnus, 15. Voy. Zumpt, p. 60.

*) Cf. Marinus, 22."^ 26. 28. 31 et 32. 33. Photius, BibL, p. SSt. Voy. encore Malalas, XVI, p. 403 à 406. 409. Zonar., XIV, 3, p. 55, et Fabricius, Prolegomen. ad Marin., Procl. (éd. Boissonade), p. xx et xxv sqq. *) Marin., 29.

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partie méridionale de la ville la maison qu'avaient possédée avant lui Plutarque et Syrianos. A sa grande joie, elle était située tout près du temple d'Asclépios et du grand temple de Dionysos dans le voisinage du théâtre, de sorte que Proclos avait constamment la vue de Facropole. Or, lorsque les Byzantins éloignèrent enfin pour toujours d'Athènes la statue d'Athèna Promachos ou Parthénos (ou peut-être les deux), la déesse apparut au philosophe dans un songe et lui annonça qu'elle habiterait désormais sa maison à lui \

C'est justement dans cette attitude de Proclos et de son école que nous trouvons le germe de mort pour cette Université. L'académie des néoplatoniciens d'Athènes, par ce culte pour le paganisme, accentuait d'année en année son incompatibilité avec les forces vives de l'époque; elle devint de plus en plus un splendide anachronisme. Que pouvait-on attendre pour la vie pratique, d'une école dont l'idéal était tout entier dans le passé, dont les regards étaient tournés en arrière et qui caressait le rêve romantique de rendre la vie à une toi morte pour toujours I 11 lui était absolument impossible de s'accommoder avec n'importe laquelle des puissances qui dominaient alors. Il n'y avait aucun parti dans FEglise orientale avec lequel cette philosophie aurait pu s'entendre. Les contrastes étaient poussés à l'extrême justement par cette attitude de profonde conviction qui était celle de Proclos. Le christianisme, sous toutes ses formes, n'était pour ces hommes qu'une erreur, une absurdité, une impiété sacrilège. De cette situation résulta un double malheur pour les néoplatoniciens et, par suite, pour l'Université d'Athènes.

D'une part, cette attitude eut une fâcheuse influence sur leur doctrine et sa structure. Sans doute, on pouvait compter encore pour quelque temps sur un reste de cette tolérance grâce à laquelle on fermait les yeux à Constantinople sur ces écoles d'Athènes dirigées par des païens notoires. De même qu'on n'hésitait pas à détruire pas à pas des usages et des sanctuaires qui avaient le plus grand prix aux yeux des philosophes athéniens, de même on ne se serait pas gêné au

') Marin., 29 fin. et 30.

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V® siècle pour fermer l'Université d'Athènes et persécuter personnellement les scholarques, si on avait réellement connu à la cour le fond de la pensée de ces hommes. Mais, et c'est ce que nous avons encore à montrer, on jouait à Athènes un véritable jeu de cache-cache philosophique; on divisait la science en deux parties, l'une publique, l'autre secrète, et, ce qui était le pire, on s'enveloppait dans un nuage de mysticisme qui devait dissimuler aux yeux du gouvernement le caractère païen qui était au fond de la philosophie dominante à Athènes. C'est à ce but que tendaient les efforts de Proclos lorsque, parlant du système de Plotin, il continuait les fantastiques spéculations arithmétiques de Syrianos, établissait une révélation divine insaisissable pour la raison, et s'efforçait enfin à justifier scientifiquement toutes les superstitions absurdes de toutes les branches du paganisme : c'est dans ce but qu'il avait imaginé cette doctrine triadaire qui dominait tout son système. Cette théorie^ ingénieuse du reste, ce système de triades dans lesquelles il croyait avoir montré symboliquement le développement autonome et éternel de Dieu d'abord en lui-même, ensuite dans son rapport avecle monde sorti de lui, n'aboutit en définitive qu'à un édifice théosophique bâti sur le sable avec des formules, qui ne semble être imaginé que pour donner asile à la démonologie et aux combinaisons mythico-cosmogoniques des nombres, tirées du pythagorisme par JambMque et rappelant la kabbale et le gnosticisme, et pour assurer encore quelque soutien au paganisme mourant. L'obligation de cacher le fond de sa pensée amena cette philosophie à se cacher derrière des énigmes, des rêves, une véritable fantasmagorie \

On ne pouvait pas se dissimuler, d'autre part, que l'importance de l'Université d'Athènes ne tenait plus qu'à l'existence de Proclos. Avec lui, le paganisme, même au point de vue scientifique , s'était réveillé encore une fois comme une flamme qui jette un vif éclat avant de s'éteindre. Les vices

*) Cf. notamment Steinhart dans Pauly, V, p. 1719 sq. et VI, p. 69 sqq., et J'esquisse poussée à la charge de Berxhardy, Griech. Litt., I, p. 655 sq. 661. 662. Cf. encore Weber, De Athen. academ. litterar., p. 39 sqq.

MORT DE PKOCLOS 481

intimes de son système, le vide de sa théologie, les folies ihaumaturg-iques de son école disparaissaient, de son vivant, derrière sa haute moralité^, la chaleur sympathique par laquelle il enthousiasmait ses disciples et les endammaitpour la vertu. Et pour ne parler que du côté pratique des études, son érudition si variée et si colossale était merveilleuse, pas seulement pour son temps, et donnait à l'Université un prestige extraordinaire.

Le jour vint pourtant où le pieux Proclos, l'objet de l'admiration universelle, après avoir supporté avec une religieuse résignation les souffrances d'une grave maladie \ quitta la terre des vivants : c'était le 17 avril 485 % sous l'archontat de Nicagoras. A partir de ce moment, l'Université d'Athènes marche décidément à safm. Il n'élait pas possible de trouver une personnalité comme Proclos, qui put avoir autant d'autorité morale et scientifique, tenir les professeurs intimement unis, ou du moins entretenir le feu ardent du fanatisme pour l'hellénisme polythéiste. Il était déjà assez difficile de trouver, parmi les disciples notables de Proclos restés à Athènes, un homme à qui on pût confier avec quelque confiance le scholarchat. Le philosophe Marinos, de Flavia Neapolis (Sichem) en Palestine, était le personnage qui tenait personnellement de plus près au vieux grand-maître, dont on sait qu'il a écrit la vie. Samaritain d'origine^ partisan ensuite du judaïsme, il avait enfin passé à l'hellénisme et à la philosophie ^. Il fut très aimé de Proclos pour son admiration convaincue, mais c'était un homme de peu de santé*. Aussi Proclos, complètement d'accord avec Marinos, aurait-il préféré laisser le scholarchat à

') Marin., 20, p. 49. Cf. 26. 30 fin. Présages célestes de sa mort, voy. Marin., 37.

2) Marin., 26. 28. 29, et surtout 36 : voy. Clinton, J, p. 577. 699. 701. II, p. 320. Proclos, sur le désir exprimé autrefois par Syrianos, iut enseveli dans le tombeau de son maître (dans le faubourg oriental d'Athènes, près du Lycabette) : Marinus, 36. Son tombeau était encore du temps d'Isidore l'ubjet du culte de l'école. Photius, Bibl., p. 347 a, lig. 35. Fabricius dans Marin., éd. Boissonade, p. xxxiii.

=*) Sur Marinos, voy. en général Clinton, II, p. 323. Pauly, fi. E. d. kl. AU., IV, p. 1571. Photius, Bibl., p. 345 6, lig» 19 sqq. Suidas, s. v. Marinus.

*) Phot., Bibl., p. 345 6, lig. 31, et p. 346.

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Isidore d'Alexandrie. Celui-ci était un des plus distingués disciples de Proclos, comme aussi de Marinos; il appartenait à uue g-énéralion plus jeune et était tout à fait dans les idées de ses maîtres, auxquels il avait apporté un esprit sérieusement préparé par des études faites à Alexandrie, sa patrie. Mais Isidore ne se laissa pas décider alors à accepter cette position \ C'est ainsi que le scholarchat échut à Marinos -. Ce choix ne fut pas à Tavantage de TUniversité. Malgré sa bonne volonté et sa capacité de travail, Marinos n'était pas du tout, même pour des juges bienveillants, l'homme capable de répondre après Proclos aux difficultés de la situation. Son livre, dans lequel il divinise Proclos, nous montre clairement qu'il n'était pas d'une haute valeur intellectuelle. Même pour l'érudition, il ne rappelait son maître que de loin : comme philosophe, cet homme, dont la modestie et la condescendance au jugement des autres allaient jusqu'à la faiblesse, ne pouvait plaire complètement aux plus intelligents de ses contemporains néoplatoniciens, comme Isidore et ensuite Damascios^ Bien qu'Isidore* pendant les dernières années de Proclos et, après la mort de ce dernier, le jeune Zénodote, son favori % brillassent encore dans une certaine mesure comme professeurs de philosophie, on ne pouvait s'empêcher de reconnaître qu'Alexandrie recommençait à prendre une supériorité sur Athènes. Il est indéniable qu'en fait de sciences positives, on y produisait alors beaucoup plus qu'à Athènes. Des professeurs distingués de l'école de Proclos^ tels que l'excellent aristotélicien Ammonios, le fils aine d'JEdesia % ensuite le savant

1) Phot., BibL, p. 338. 341. 346. 350. 351. 352 Suidas, s. v. Marinus. ZUMPT, p. 62.

^) Suidas, s. vv. Plutarchus, Produs, Marinus. Photius, BibL, p. 127. 338. 345 6, lig. 18 sqq.

3) Photius, BibL, p. 338. 345 5, lig. 33 sqq., et p. 351 a. Suidas, s. v. Marinus. Pour les écrits de Marinos, voy. encore Fabricius ad Marin, (éd. Boissonade), p. xxi sqq.

*) Photius, BibL, p. 349. Il faut dire que Ber;<hardy, p. 661, accuse Isidore d'avoir été, avec son goût prononcé pour i'extase philosophique, une « tète bornée ».

") Photius, BibL, p. 127 et 346.

6) Photius, BibL, p. 127. 145 et 341. Clinton, II, p. 323. 329. 330. Pauly, fi. E. d. M. Alt., I, 1, p. 870.

MAIUNOS 483

plalonicien et naturaliste Asclépiodote ', disciple et ami de Proclos et du médecin Jacob, attiraient de nombreux étudiants au détriment d'Atbènes,

Il y a plus. Avec la mort de Proclos cessa la pression morale exercée par le puissant prestige de cet bomme sur beaucoup d'Atbéniens qui auraient voulu faire leur paix religieuse avec le gouvernement, pour trouver une issue à la position stérile à laquelle les condamnait leur lidélilé au paganisme et faire leur cbemin dans la carrière politique, qui était à peu près fermée aux païens. Marinos eut le chagrin de voir que Théagène lui-même, le grand protecteur de leur école, non seulement pensait sérieusement à embrasser le cbristianisme, mais qu'il finit par mettre ce plan à exécution ^ Et bien que son beau-frère Hégias, fils du vieil Arcbiadas, l'autre bienfaiteur de l'école, sur lequel Proclos avait autrefois fondé tant d'espérances et qu'il avait même initié à la connaissance des oracles de la Cbaldée, restât fidèle à Ibellénisme (sinon à toutes ses observances archaïques et théurgiques), il aimait trop ses aises, comme vieillard et grand et riche personnage,, pour prendre en main le scholarchat, comme Marinos et, plus tard, Isidore le désiraient vivement \ Mais, à la tin^ la pression exercée sur l'école par le christianisme devint plus sensible. Marinos lui-même avait dû un jour échapper par la fuite à une émeute populaire et mettre sa personne en sûreté à Épidaure^; et comme ni lui ni les philosophes ses amis n'avaient l'énergie de résistance de Proclos % il était facile de prévoir que les jeunes rejetons poussés sur l'arbre de la philosophie païenne se dessécheraient de plus en plus. Il y avait bien encore déjeunes adeptes zélés de l'école, même dans la jeunesse athénienne. Agapios, disciple de Marinos % estimé

*) Photfus, Bibl., p. 343 à 345. 346. 351. Clinton, II, p. 324. Pauly, R. E. d. Mass. AU., l, 2, p. 1847 et 18 i4.

*) Suidas, s. v. Theagenes. Yoy. Zumpt, 57.

») Suidas, s. v. Hegias. Photius, Bibl., p. 349. Marin[js, 26 fin. Voy. Zumpt, p. 57 sq. Sur la prétendue descendance de sa fanaille de Solon, voy. BoissoNADE ad Marin., Iog. cit., p. 121.

*) Photius, Bibl , p. 351 a, lig. 37 sqq. Voy. Zumpt, p. 63.

^) Cf. Zumpt, p. 64.

^) Suidas, s. v. Agapius. Photius, Bibl., p. 352. Agapios ouvrit dans la

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