ISIDORE
comme professeur de philosophie platonicienne et aristotélicienne, jeune homme d'une pénétration d'esprit fort admirée, EupeiLhios et Archiadas, les fils d'Hég-ias*, restaient bien encore fidèles à l'école; mais on ne pouvait espérer qu'ils continueraient la u chaîne d'or' » des philosophes; les fils d'IIégias, notamment, éiaienl trop fils de famille riche pour s'engag-er dans la voie désormais épineuse des philosophes athéniens d'observance néoplatonicienne. Lorsque donc Isidore l'Alexandrin, qui avait quitté Alhènes avant la mort de Proclos et vécu alors quelque temps à Alexandrie, revint à Athènes, Marinos, après une série d'années pénibles et riches en soucis, n'eut pas d'autre ressource que d'user de toute son éloquence pour décider cet ami à accepter le scholarchat de son vivant^ : il y réussit. Mais Isidore ne fut pas plus capable que lui de relever l'Université. Lui aussi se lassa de la tâche^ et, après avoir prolong^é quelque temps son séjour à la prière de ses disciples et amis, il désespéra d'Athènes et retourna à Alexandrie*, probablement dans la première décade du vi'' siècle. Peut-être Hégias a-t-il pris pour le moment le scholarchat : s'il le fit, ce fut en tous cas avec peu de succès ^
suite (vers 511) une école philosophique à Constantinople, cf. Bernhardy loc. cit., p. 664. Clinton, 1, p. 729. II, p. 324 sq.
*) Suidas, s. v. Eupithius et Archiadas. Photius, Bibl., p. 349. Voy. Behnhardy, p. 662,
-) Sur la « aeipà ip[m(Y.ri » et <c 7tsp\ tv^ IIXoctwvo; XP'-"^^ ''^V ô'^ti ff^tpa, v.. T. X. » voy. Makin., 26 fin. 28 fin. (et Boissonade, p. 120 sq.). Photius, Bibl., p. 346 a, lig. 17 sqq. et Bernhardy, loc. cit., p. 649, Ellissen, Zur Gesch. Athens, p. 132 sq.
^) Suidas, s. v. Marinas, ei Photius, p. 347 a, lig. 34, p. 349.
*) Photius, Bibl , p. 349 En général, sur Isidore, voy. Suidas, s. v, et particulièrement son biographe Damascios dans Photius, loc. cit., p. 125 sqq. 335 sqq. 339. 346. 347-352, et Clinton, 1, p. 855 sqq. Cf. Bernhardy, p. 661 . 662. Isidore était un fils de cette Théodote, dont la famille avait été intimement liée avec l'excellent Hermias, et il avait épousé Domna, qui mourut aussitôt après la naissance de son (ils Proclos. Suidas, s. v. Hermias. Photius, p. 352. ZuMPT, p. 62 et 63. A la page 95, ce savant place l'hégémonie de Marinos environ de 485 à 500 après J.-C. (Pauly, II, p. 847, seulement jusqu'en 490); mais le départ d'Isidore pour Alexandrie ne peut être daté exactement.
^) C'est ce que je suis tenté de conclure d'après Photius, BibL, p. 349 a, lig. 22 sqq.
DAMASCIOS 48o
C'est h ce moment qu'il se trouva encore une fois un homme, adepte intransigeant de Fanlique paganisme, pour monler sur la brèche. Ce dernier scholarque d'Athènes fut le Syrien Damascios, né à Damas. Ce savant avait, à la façon de Proclos, une culture très variée. Il avait étudié la rhétorique avec beaucoup d'ardeur sous Théon à Alexandrie ; il avait dirigé lui-même pendant neuf années des écoles de rhétorique. Lorsqu'il s'était tourné vers les sciences philosophiques, il avait étudié la philosophie platonicienne^ sans doute d'abord à Alexandrie, chez l'excellent Ammonios. Il se fixa ensuite à Athènes, où il étudia les mathématiques sous Marinos; dans la théorie philosophique, il reconnaissait pour son maître Zénodote, dans la logique Isidore \
L'hellénisme le plus résolu et le plus intransigeant, l'exaltation, la thaumaturgie, F « exiase théosophique » de l'école néoplatonicienne éclatent pour la dernière fois avec une énergie extraordinaire dans Damascios et dans la biographie d'Isidore rédigée par lui, biographie qui est une véritable histoire de la philosophie, surtout de celle de ces derniers temps ^. Nous laissons à décider si ce n'est pas justement celte énergie tranchante avec laquelle il semble que Damascios ^ ait mis en scène encore une fois l'hellénisme à Athènes qui a attiré la foudre sur l'Université. Il semble pourtant que, si l'Université d'Athènes avait pu se résoudre à se débarrasser de sa queue théurgique pour devenir une simple école savante de philosophie, elle aurait pu se maintenir au moins jusqu'aux grandes invasions des Slaves, aussi bien que les
^) Damascios, dernier chef de l'école : Zumpt, p. 63 sq. Sa personne : Suidas, s. v. et Photius, p. 125 sqq. 348. D'après Pauly, R. E. d. kl. Alt., II, p. 847, il était né vers l'année 480 après J.-C. Ses études : voy. Photius, BibL, p. 125 à 127 et 348. Ses écrits : Paui.y, II, p. 848. Clinton, II, p. 327,
^) Cf. Bernhardy, loc. cit., p. 652 sq. et Clinton, qui dans le tome I, p. 743, nous apprend que la mort d'Isidore et l'achèvement de la biographie tombent avant septembre 526. Stelxhart, dans Pauly, R. E. d. kl. Alt.. V, p. 1720, fait remarquer que Damascios s'est efforcé d'exposer la doctrine triadique de Proclos avec plus de pureté et d'abstraction, et que cependant il n'a pas pu dissimuler ses hésitations et ses doutes à propos de ce sectionnement de l'idée du divin.
') Zumpt, p. 64.
486 DAMASr.TOS ET THEODORA
écoles alexandrines jusqu'à la conquête arabe. Mais les derniers porte-bannière du néoplatonisme sur le Géphise n'ont pas su s'y résig-ner. ]^]t de fait, Damascios réussit à attirer à Athènes un grand nombre de professeurs animés de son esprit, et à en former lui-même. Parmi ces disciples, le plus considérable de beaucoup fut le célèbre Simplicios de Cilicie, le savant et ingénieux interprète d'Aristote etd'Épictète^ qui a été ég^alement un disciple de l'Alexandrin Ammonios et qui, parla solidité de sa science et Tétendue de son éi'udition, s'est élevé bien au-dessus de la commune mesure de son temps*. A côté de lui apparaissent encore Eulamios (ou Eulalios) de Phiygie ^, Priscianus de Lydie, les deux Phéniciens Hermias et Diogène, et Isidore de Gaza^ tous philosophes. Pour ce qui est de la fréquentation de l'Université d'Athènes au temps de l'empereur Justin P'", nous ne savons absolument rien. Nous entendons seulement parler* encore une fois d'une dame savante. C'était Theodora, fille de Cyrina et de Diogène, qui était issue de la même famille que le célèbre néoplatonicien Jamblique, et qui, avec ses jeunes sœurs, suivit sous Isidore et Damascios des cours notamment de mathématiques, et aussi de philosophie, de philologie et d'esthétique ; elle se lia dans la suite d'amitié avec Damascios, qui la consulta pour ses travaux biographiques. A partir de ce moment, nous n'avons plus que de maigres renseignements sur la catastrophe finale de l'Académie, qui eut lieu aussitôt après le fatal changement de règne dans la capitale de l'empire.
Justinien, neveu de l'empereur Justin (né le H mai 482), avait exercé depuis plusieurs années, sous l'autorité de son oncle, une influence considérable sur les affaires de l'Etat. Le 1" avril 527, l'empereur, se sentant vieillir, le nomma, en
') Agathias, II, 30. SuiDAS, s. V. Damascius. Simplioius, De cœlo, p. 113 a, lig. 22. Sur Simplicios, voy. encore Bernhardy, op. cit., p. 655, et notamment Clinton, I, p. 767. II, p. 327 à 330, où sont énumérés les écrits d© Simplicios. Zumpt, p. 64.
2) Agathias, II, 30. Suidas, s. v. Damascius,
3) Agathias, II, 30.
*) Photius, Bibl., p. 125 sq.
LK CODE JIISTINIEN 487
toutes formes, Auguste et coUègue dans l'empire. A la mort de Justin, qui arriva le 1" août de la môme année, Justinien devint seul souverain de l'empire romain d'Orient. Notre récit, qui approche de sa fin, n'a pas à montrer quelle fut l'importance historique de Justinien pour l'empire d'Orient, comment le système politique connu sous le nom de byzantin acheva de prendre sous son règne sa forme spécifique; nous n'avons pas h raconter la conquête nouvelle de Tltalie et de l'Afrique par les armées romaïques, ni la codification grandiose du droit romain qui fut faite sous son inspiration. Il ne nous reste qu'à montrer comment, sous ce règne, furent anéantis les derniers vestiges de la vie antique en Grèce, en partie par le fanatisme religieux de cet empereur et son goût déclaré pour la centralisation et l'uniformité, en partie à la suite d'événements dont quelques-uns furent complètement indépendants et d'autres ne dépendirent que médiatement de Faction de Justinien.
Le premier grand coup frappa l'Université d'Athènes. Voici à quelle occasion. Le grand travail de la codification de l'ensemble du droit romain, entrepris par Justinien dès le commencement de l'année 328, avait eu déjà au printemps 529 des résultats considérables. La commission de dix jurisconsultes présidée par le savant Tribonien — questeur et référendaire intime ou ministre du cabinet de l'empereur — qui avait pour mission de classer par ordre de matières , à l'exemple du Gode Théodosien, une collection nouvelle des constitutions impériales dont le besoin se faisait sentir alors, avait terminé son travail dans l'espace de quatorze mois. En avril 329, cette œuvre en douze livres [Codex vêtus), la première édition du Gode Justinien, put être sanctionnée par l'empereur et promulguée avec prohibition des collections antérieures. Tandis que l'empereur s'apprêtait à commencer la rédaction des Pandectes ou Digeste, on envoya des exemplaires du Gode aux autorités des principales villes de l'empire : parmi celles-ci figurait aussi Athènes *. Mais on s'aperçut bientôt que cet envoi devait être tout autre chose qu'une
1) Malalas, XVIII, p. 448, Clinton, I, p. 749. 751. ;
488 LA LUTTE CONTRE l'hELLÉNISME
simple distinction honorifique et une mesure administrative. Peu de temps après parut le premier de ces décrets qui devaient trancher le nerf vital de l'Université d'Athènes : c'était la défense d'enseigner désormais la jurisprudence à Athènes \ Cette mesure, qui était tout à fait en harmonie avec l'esprit centralisateur de l'empereur, fut suivie de la publication des Pandectes (16 décembre 533) et de la seconde édition augmentée du Code (novembre 534). Désormais, les villes de Constantinople, de Rome et de Béryte conservaient seules des écoles de droito Cette décision, parfaitement conforme au projet de nivellement de toutes les particularités juridiques qui pouvaient encore subsister notamment dans les pays grecs en faveur du droit romain élevé à la domination exclusive, n'aurait fait par elle-même que peu de mal à l'Université d'Athènes. Mais cette école reçut un coup mortel lorsque l'empereur rendit un autre décret, beaucoup plus général, contre les derniers professeurs de cette ville.
Il n'y avait pas longtemps que Justinien était sur le trône, et déjà éclatait au jour son funeste dessein de faire entrer ses sujets, de gré ou de force, dans la forme grandiose et monotone de l'orthodoxie chrétienne à laquelle, en théologien passionné, il s'était personnellement attaché. Les luttes qu'il déchaîna par là au sein de l'Eglise chrétienne n'appartiennent pas au sujet que nous traitons, et elles ont, du reste, à peine effleuré la Grèce. Mais l'empereur, fidèle à son dessein, ne put supporter même le faible reste de tolérance pour les païens qui régnait encore dans l'empire d'Orient. L'exercice du culte païen était interdit depuis longtemps, mais on n'était pas forcé encore d'appartenir à la seule Église chrétienne. Aussi des milliers d'hommes de toute condition, dans la capitale et dans les provinces^, avaient pu continuer d'appartenir au paganisme : Athènes, avec ses vieux souvenirs helléniques, avait, en particulier, pu rester le foyer d'une opposition intellectuelle, le théâtre de ces études philosophiques qui servaient, bien plus énergiquement qu'on ne le savait à la cour, de base
') Malalas, XVIII, p. 451.
INTERDICTION DE l'hELLÉNISME 489
scientifique aux tendances et aux principes anti-chrétiens qui régnaient encore chez un assez grand nombre de contemporains. Justinien voulut que lout'cela prît fin. L'empereur, aussi bien que son épouse Theodora, qui espérait peut-être effacer ainsi la honte de son terrible passé, étaient décidés à achever l'œuvre du premier Théodose. Les despotes ne voulaient plus attendre patiemment la mort naturelle et inévitable de l'opposition antique, particulièrement de celle des néoplatoniciens d'Athènes.
Il arriva donc qu'en 528^ un certain évêque Jean (le même qui sera envoyé en 532 comme missionnaire episcopal en Asie Mineure et qui, s'appuyant sur d'énergiques décrets, décidera en quelques mois 70,000 individus à recevoir le baptême) * fit la découverte, dans le cours d'une enquête ordonnée par l'empereur, qu'à Constantinople il y avait encore, dans les classes les plus influentes de la population, de nombreux adeptes de Thellénisme religieux. On fit des recherches nouvelles et rigoureuses : des confiscations furent opérées sur une grande échelle; de nombreux actes de violence furent commis, et Ton força un grand nombre de personnes à se faire baptiser2. On partit de là pour rendre des edits d'une terrible rigueur contre le paganisme. Les ordonnances pénales rendues par les empereurs précédents pour l'extermination de « l'erreur hellénique y, furent confirmées et rappelées à la sévérité des autorités, sous prétexte qu'on venait de découvrir que des sacrifices et des fêtes helléniques continuaient d'être pratiqués. Tous les magistrats impériaux de la capitale et des provinces devaient, conformément à la loi, rechercher et punir toutes les impiétés de la religion hellénique. Aucun don, aucun legs fait en faveur d'une personne ou d'un lieu dans le but de maintenir de quelque manière que ce soit « l'impiété hellénique », ou qui serait seulement soupçonné d'y viser, ne devait être toléré : des libéralités de ce genre devaient être l'objet d'une confiscation pure et simple au profit
•) Cf. GiESELER, Lehrb. der Kirchengeschichte, V, 2, p. 344 sqq., et von Las AULX, Der Untergang des Hellenismus, p. 147. 2) Cf. VON Lasaulx, loc. cit.
490 SUPPRESSION DE l'untvebsîté d'atpènes
des communes respectives. Les sacrifices aux idoles devaient être punis de mort; était également puni de mort celui qui, après avoir reçu le baptême, persisterait encore dans « Terreur hellénique ». Ceux qui n'avaient pas encore reçu le baptême étaient invités, sous le coup de menaces à peine moins rigoureuses, à embrasser le christianisme ; tous les hérétiques, païens, juifs, samaritains, étaient exclus de toutes les fonctions civiles et militaires; et enfin il était interdit « à ceux qui étaient infectés de l'erreur des Hellènes » d'enseigner quelque science que ce fût. Ils devaient de même être privés des allocations alimentaires, même quand ils invoqueraient un rescrit impérial ou un droit coutumier. On donnait un délai de trois mois aux païens (et aux hérétiques) pour se décider à embrasser le christianisme orthodoxe \
Ces ordonnances prononçaient déjà en principe la déchéance et la destruction de l'Université athénienne. Les événements vont suivre un cours plus rapide qu'ils ne l'ont fait au moins depuis la mort de Théodose 1°% et le coup de foudre ne va pas tarder à frapper l'Académie. Dès Tannée 829 (Tannée du consulat de Décius), en même temps ou tout de suite après que les cours de droit furent interdits % probablement entre le l^' septembre et le 31 décembre 529, arriva à Athènes le décret qui chassa pour longtemps les lettres de la patrie de Platon et de Démosthène, qui plongea dans la nuit le dernier rayonnement d'Athènes, qui fit enfin de la cité des morts illustres une ville de province et une forteresse byzantine. En effet, ce décret du brutal autocrate interdisait purement et simplement que qui que ce fût enseignât désormais la philosophie à Athènes^ Et pour que cette exécution eût un effet certain, on confisqua au profit du fisc toute la fortune patrimoniale de l'école platonicienne *. L'Université, par là, était détruite de
*) CoD. J'jSTiNiAN., I, 5, 12 et 11, 9-10 (restitué des Basiliques, I, 1, 1^ et 20), et Voy. Malâlas, XVIII, p. 449. Theophanes, p. 276, Procop., Anecdot.^ 11. Cf. encore Cedrenus, p. 642 et 645, et vox Lasaulx, p. 148.
2) Malalas, XVIII, p. 451. Voy. Clinton, I, p. 750.
^) Malalas, /oc. cit.
*) D'après Procop., Anecdot., 26, avec opinion conforme de BërNhardv, p. 663. ZuMPï, p. 37 et 64. Von Lasaulx, p. 149. Voy. encore FinlaY, p. 260.
SUPPRESSION DE L^INIVERSITÉ d'aTHÈNES 491
fait ; car contre de telles mesures du gouvernement il n'y avait décidément plus rien à faire. La légende seule conserva long^temps encore le souvenir de la gloire immortelle acquise à l'antique séjour des Muses et de la Sagesse ^ Pour tout le reste aussi, Athènes fut christianisée extérieurement de toute façon". Dans toute l'Achaïe, le paganisme hellénique ne put se maintenir que dans les montagnes de la Laconic, dans le Taygète méridional. C'est là en eiïet que se conserva encore, jusqu'au delà du milieu du ix'' siècle, un petit nombre de païens antiques qui n'embrassèrent le christianisme que sous l'empereur Basile I" (867-886) ^
Il est digne de remarque que la destruction de TUniversité d'Athènes coïncide chronologiquement avec la fermeture en 529 du dernier temple en Italie ; c'était le temple d'Apollon (près de San Germano) sur le Mont-Cassin, que saint Benoît transforma en chapelle de saint Martin et rattacha au couvent du Mont-Cassin fondé par lui et devenu dans la suite célèbre dans le monde entier*. Le coup que porta Justinien à la philosophie fut bien plus destructif pour les derniers restes de l'esprit antique dans l'empire romain que la suppression par lui, douze ans plus tard (341), du consulat, dignité que revêtait en cette année Basilios, le dernier consul romain. Ce coup fut surtout douloureux pour les sept derniers professeurs d'Athènes. A la douleur morale se joignit sans doute la misère matérielle, lorsque les étudiants se dispersèrent et que la fortune de l'école fut confisquée. Gomme derniers champions convaincus de l'hellénisme païen, ils ne pouvaient pas songer à se créer une sorte d'existence littéraire assurée en acceptant le baptême, que Justinien exigeait énergique-
270. LoTHHOLZ, luT Gesch. cl. Bedeut. Athens, p. 29 sq. Weber, p. 35, et C. Wachs.muth, Die Hochschule von Athen,\). 17.
*) Wachsmuth, Die Stadt Athen, p. 721 sqq.
') BuRsiAN, Geogr. GriechenL, I, p. 298, mentionne encore la transformalion de la grotte de Niobé, citée dans Pausan., I, 21, 3, dans le rocher de l'acropole juste au-dessus du milieu de l'hémicycle du théâtre, en une chapelle de la Panagia Speiiotissa.
^) Constantin. Porphyrogen., De administ. imp., éd. Bonn., 50, vol. III , p. 224. FiNLAY, p. 335. 405. Curtius, Peloponnesos, 11^ p. 311.
*) GiESELER, Lehrbuehd. Kirchengesch., 1*, 2, p. 346,
ment*. Il leur vint enfin la pensée d'émigrer en Perse, où régnait depuis septembre 531 le roi Chosroès P'' Noushirvan. Cet homme, le plus capable des Sassanides, distingué par les qualités qui font le souverain et qui prenait plaisir à s'entourer des représentants d'une culture supérieure, passait avec beaucoup d'exagération dans les pays romaïques pour un prince réalisant sur le trône Tidéal platonicien du souverain. Cette renommée et l'idée optimiste qu'ils se faisaient de la valeur de son peuple décidèrent' les professeurs athéniens à émigrer (vers le commencement de 532 sans doute) à Madaïn (Ctésiphon), la capitale de la Perse.
Damascios et ses amis reconnurent bientôt qu'ils avaient fait un pas de clerc. Ils trouvèrent sans doute auprès de Chosroès un accueil sympathique. Mais bien qu'il eût quelque connaissance de Platon et d'Aristote et un certain goût pour la philosophie, le souverain était loin d'être pénétré de la haute culture et n'était pas à l'abri de tenaces préjugés nationaux. Quant à son peuple, les choses n'étaient pas plus consolantes. Des pénalités cruelles et barbares, une grossière immoralité dans la masse, chez les fonctionnaires et les notables l'orgueil du fort en face du faible : tel était l'état des choses en Perse, état de choses malgré tout bien inférieur à celui des pays romaïques. Aussi, contre le désir du roi, les savants athéniens soupiraient-ils après leur patrie, ne fût-ce que pour y trouver leur tombeau. Heureusement qu'ils ne furent pas trompés sur ce point dans la bonne opinion qu'ils avaient eue du caractère de Chosroès. En eifet^ lorsque en 532 ce roi et Justinien discutèrent les conditions de la paix qui devait mettre fin à une guerre qui traînait depuis 502, le roi des Perses insista pour que ses protégés athéniens fussent admis à profiter du traité de paix, qui fut enfin conclu au commencement de 533.
*) Le délai de trois mois (ci-dessus, p. 490, 1), ne fut naturellement pas maintenu rigoureusement, L'émigration des professeurs fut volontaire; car ce n'étaient pas les païens, mais les hérétiques obstinés qui devaient quitter l'empire sous la menace mentionnée dans Malalas, XVIII, p. 449.
2) Sur Chosroès, voy. Agathias, II, 28. Pauly, R. E. d. klass. Alt., VI, p. 806. Pour la question chronologique, voy. Clinton, I, p. 752-755. Zumpt, p. 39.