RETOUR DES PROFESSEURS EN GRÈCE
En effet, Chosroës obtint que les professeurs seraient admis à retourner dans leur patrie « où ils devaient vivre jusqu'à leur fin sans être inquiétés, sans être obligés à faire ce qui était contraire à leurs convictions, ni à changer la foi de leurs pères ». Ils retournèrent donc en 533 dans leur patrie \ où il semble qu'ils aient vécu jusqu'à leur fin sans avoir à souffrir.' Nous savons que le savant Simplicios écrivit avec un zèle infatigable, pendant de longues années encore, une série de grands ouvrages scientifiques'. Mais le sort de ses collègues nous est absolument inconnu.
Quoique Justinien eût mis fin d'un coup impitoyable, comme nous venons de le dire, à la dernière gloire de la ville d'Athènes, il n'était nullement un ennemi des Grecs et des produits de leur pays. Cette Athènes qu'il venait de frapper si durement lui était précieuse à d'autres égards. Car c'est d'Athènes (comme aussi d'Éphèse, de la Troade et de Cyzique, des Cyclades) et des carrières de marbre vert près d'Atrax en Thessalie que l'empereur tira des quantités de colonnes et de matériaux précieux lorsqu'il fit démolir et reconstruire, dans des conditions grandioses, Téglise de Sainte-Sophie qui avait gravement souffert lors du grand soulèvement populaire de 532 ^ Mais en définitive, le pays des Hellènes avait, pour cette nouvelle dynastie byzantine, perdu pour toujours son ancien charme. Comme position stratégique^ comme modeste article du budget, comme pays du beau marbre, et aussi comme terre orthodoxe sans mélange, il avait toujours quelque valeur encore pour la maison impériale de Bederiana : mais dans la capitale on ne voulait plus rien avoir de commun
^) Agathias, II, 30 et 31. Gibbon, p. 1383 sqq. Zumpt, p. 38, pense (probablement à tort) que Chosroès fit rendre aussi aux professeurs la jouissance de la fortune de l'école. Clinton, I, p. 755 à 757.
*) Clinton (I, p. 765 et 767), II, p. 328 et 329, nous apprend que (tandis que Damascios vécut peut-être jusqu'au-delà du milieu du vi*' siècle), Simplicios ne mit la dernière main à son livre De cœlo qu'en 555 au plus tôt, et que ses auties écrits l'occupèrent jusqu'en 560 après J.-G. Isidore de Gaza, d'après Steinhart dyns Pauly, V, p. 1720, serait allé se fixer à Alexandrie.
3) CoDiNus (éd. Bonn.), De S. Sophia, p. 132, et Paul. Silentiar., Descr. S. Sophias, 2, 224 s. Cf. Bursian, Geogr. von GriechenL, 1, p. 66.
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avec Fanliquité. Même le nom vénérable d' « Hellènes » cessa d'être un nom de peuple : il ne fut plus employé que pour désigner les débris du paganisme qui osaient encore (comme on le vit en 561) continuer d'exister sporadiquement, même dans la capitale^ au risque des peines les pkis dures. Les gens de l'Achaïe furent désignés par le nom de « Helladiques ». Quant aux monuments de tout genre de la Grèce, ils n'étaient bons tout au plus qu'à réparer les portes colossales en œuvres d'art faites pendant le terrible incendie qui eut lieu à Constantinople, lors du soulèvement connu sous le nom de Nika, en janvier 532.
A cette insurrection, qui décima à Constantinople les trésors artistiques du monde antique, se joignirent de terribles fléaux naturels de tout genre, qui aidèrent l'empereur Justinien à faire disparaître de la physionomie de la Grèce les dernières lueurs de la vie antique.
Nous trouvons en première ligne de formidables tremblements de terre. Au vi« siècle, c'est la période de 513 à 570 qui a été surtout marquée par ces catastrophes, qu'on a distinguées en trois groupes de violents ébranlements, dont l'ancienne splendeur de la Grèce eut cruellement à souffrir*. Dans le premier groupe rentrent les tremblements de terre qui nous sont déjà connus. La série commence en 513 par une terrible éruption du Vésuve, qui désola la Campanie, et finit par l'horrible dévastation d'Antioche, à partir du 29 mai 526, à laquelle rien ne peut être comparé dans l'histoire ancienne. Parmi les catastrophes du deuxième groupe (de 533 à 547), nous n'avons à considérer que les tremblements de terre qui, en 542 et en 545^ éprouvèrent la capitale de l'empire et, le 6 septembre 543, la ville grecque de Cyzique. Quant à l'Achaïe, elle eut notamment à souffrir d'un violent tremblement de terre du troisième groupe. Déjà, par une horrible commotion qui ébranla l'Orient le 9 juillet 551, plusieurs îles de la mer Egée, Cos notamment, avaient été cruellement éprouvées';
*) Cf. Seibel, Die grosse Pest zur Zeit Jiistinians I, etc., p. 6 et 7, et Hàsbr, Geschichte der Epidemischen Krankheiten,2'' éd., p. 41 sqq. *) Seibel, p. 15 et 16.
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à la fin de l'automne de la même année eut lieu le terrible tremblement de terre dont les coups sévirent notamment dans les cantons situés sur le golfje de Crissa, la Béolie et les côtes du golfe Maliaque. Par cette violente secousse furent dévastées de nombreuses petites localités et huit villes, parmi lesquelles les contemporains nomment expressément Ghéronée, Coronée, Patra^. et Naupacte. A plusieurs endroits s'ouvrirent des crevasses dont quelques-unes seulement se fermèrent dans la suite, tandis que d'autres restèrent béantes et forcèrent le commerce à faire de grands détours. Ces désastres furent accompagnés de dévastations u neptuniennes ». Sur le golfe Maliaque , dans les environs des villes d'Echinos et de Scarpheia, situées des deux côtés de son entrée, la mer envahit violemment le continent jusqu'aux montagnes de la côte, inonda et détruisit les villages, et resta longtemps couvrant la terre, tandis qu'elle se retirait du golfe lui-même, de sorte qu'on pouvait aborder à pied sec les îles qui s'y trouvent. Une énorme quantité de personnes y périrent. C'est par milliers qu'on compta les victimes dans les villes que nous avons nommées; et sur l'un des points, où se forma une crevasse énorme, la fureur des éléments anéantit une multitude de gens qui y étaient réunis pour la célébration d'une fête '. Quant à Constantinople, elle eut à supporter, dans l'été de oS3 ou de 554, pendant quatorze jours, et dans les années 555 et 557, de nouveaux et très violents tremblements de terre ^ En connexion avec ces ravages, simultanément en tout cas, sous Justinien I", une peste épouvantable, une peste de bubons (pustules) comme il semble', et plusieurs autres épidémies sévirent aussi dans les parties grecques de l'empire. Les prodromes de cette peste se montrèrent à Constantinople dès 531. Mais la grande peste proprement dite du vf siècle
') Procop., Bell. Gothic, IV, 25 s. fin. Evagr., IV, 23. Voy. Seibel, p. 16 sqq., qui place à l'époque de Justin I^f, et non de Justinien, la destruction de Corinthe (p. 425), dont il est fait mention dans Procop., Anecdot., 18 fin., et De xdif., IV, 2 (tome III, p. 272).
*) Seibel, p. 17 et 18 sq.
') (;^f. Hàser, Geschichte der E'pidemischen Krankheiten, 2® édit., p. 41 à 56. Pauly, R. E. d. klass. Alterth., V, p. 161 sqq.