LA. PESTE
(comme au m'' siècle ap. J.-C.) éclata en Egypte en 541. De là l'horrible maladie se répandit dans tout le monde connu dans ce temps. Le mal diminuait momentanément, puis se réveillait avec une fureur nouvelle ; pendant soixante ans il fut, sans jamais s'éteindre entièrement, le fléau du monde. L'empire romain d'Orient fut notamment désolé d'une manière épouvantable, de o42 à 558. Au printemps de 542, Constantinople fut éprouvée pendant plusieurs mois avec une violence inouïe. C'est probablement dans la même année que la peste décima aussi la Grèce \ pour frapper de nouveau la capitale en 558 avec un redoublement de fureur et de violence -. Cette peste était d'autant plus pernicieuse qu'elle frappait de préférence la jeunesse, et surtout le sexe masculin, et que ceux qui guérissaient étaient longtemps é|fuisés par des maladies qui en étaient la suite.
A ces calamités naturelles vint se joindre une série d'autres fléaux et d'autres révolutions, qui étaient en étroite connexion avec la politique extérieure de Justinien P' et se continuèrent au delà de son temps pour aboutir enfin à imprimer au peuple hellénique un caractère nouveau. Les Hellènes durent se réjouir, comme les autres habitants de l'empire, lorsque, dans la deuxième moitié de l'année 533, Bélisaire^ le grand général de Justinien, renversa par une campagne rapide l'empire des Vandales, vengea les Grecs des forfaits de Genséric et reconquit l'Afrique pour l'empire. Cette campagne n'avait touché la Grèce en particulier que parce qu'elle donna aux ports de Patrse, de Tœnaron (Ca^népolis) et de Mothone une impulsion et une importance considérables '\ Mais l'épouvantable guerre
») Procop., De bell. Persic, II, 22. 23. Malalas, XVIII, p. 482. Evagr., IV, 29. Voy. Seibel, p. 26 à 29. 37 sqq. Clinton, I, p. 778.
*) Agathias, V, 9 sqq., p. 297. Seibel, p. 39. Clinton, toc. cit., p. 808. La descrlpLion médicale de la pesle dans Seibel, p. 30 à 35 et 40, et dans Hàser, p. 52 sqq., desciipLion qui s'appuie seulement sur les indications données par des hommes étrangers à la médecine, s'occupe notamment de la manière dont la contagion se répandait et nous apprend que, dans cette peste, caractérisée par la fièvre, des bubons, pustules, la somnolence, le délire et une diarrhée mortelle, la mort survenait irrégulièrement, tantôt tout de suite, tantôt après plusieurs jours de souffrances.
=) Cf. Procop., Bell. Vandal., I, J2 et 13. Voy. Papencordt, Gesch. der Vandal. Uerrschaft, p. 139 sqq.
INVASION DES SLAVES 'l97
(536 à 555) par laquelle Justinicn arracha onlin aux Oslrogolhs es ruines de l'Italie eut pour la Grèce de funestes conséquences. La brillante diversion» par laquelle l'audacieux roi goth Totilas essaya en 551 avec sa Hotte de transporter la guerre dans l'empire romaïque ne fit, du reste, un mal passager qu'à l'île de Corcyre et au territoire épirote entre Nicopolis et Dodone, en particulier à la ville de Nicopolis ellemême \ Mais une autre cause fut infiniment plus fatale à la Grèce. L'ardente passion de conquêtes qui animait l'empereur était servie par plusieurs généraux distingués et par une excellente armée. Mais l'armée romaïque si merveilleusement active, le trésor d'Anastase et le budget régulier de l'empire, étaient loin de suffire à l'immense tâche militaire de ce temps. Aussi arriva-t-il que, pendant que les forces actives de l'empire se consumaient en partie sur FEuphrate, en partie sur les terribles champs de bataille de Tltalie, la frontière du Danube ne fut couverte que d'une manière très imparfaite ^ C'est ainsi que les tribus guerrières du groupe des peuples slaves, répandues, après le départ des Ostrogoths pour l'Italie, à la suite des Bulgares et avec la connivence des Gépides, sur le pays valaque du Danube en remontant jusqu'à l'Esclavonie, après des luttes d'abord sans résultat sur le Danube (529 à 533), commencèrent à partir de 534 à trouver le chemin de l'intérieur de la presqu'île du Balkan, et bientôt même celui de la Grèce. En 539 ou 540, une puissante armée slave pénétra jusqu'en Grèce. Tandis qu'une partie des masses slaves, après avoir détruit Casandria, arrivait jusque dans la Chersonese de Thrace, même jusqu'au delà de l'Hellespont^ d'autres masses apparaissaient devant les Thermopyles. Cette fois encore, la fatale Anopgea fut découverte par les Barbares ou leur fut montrée par trahison, et la bravoure des milices provinciales qui se battaient avec intrépidité dans le passage principal fut inutile. Toute la Grèce moyenne orientale fut horriblement dévastée.
1) Procop., Bell. Gothic, IV, 22 fin.
') Cf. RoESLER, Ueber den Zeitpunkt der slaicischen Ansiedlung an der unteren Donau (dans les Sitzimgsber. d. k.k. Wiener Akadem, der Wiss., LXXIII, 1 [1873], p. 85 sqq. 91 sqq.).
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