CARACALLA ET ALEXANDRE LE GRAND
celui de son héros favori'. C'était une manie inoffensive et tout à fait conforme au culte des reliques usité dans l'ancien monde, si Fempereur se servait d'armes et de coupes qu'il croyait avoir appartenu autrefois à son héros-. Et ce fut un acte tout à fait dans l'esprit de l'antiquité lorsque Garacalla, comme on le prétend, fonda en l'honneur d'Alexandre le Grand, à côté des jeux Capitolins à Rome, un nouvel agon gymnique, celui qui est connu sous le nom de jeux d'Héraclès ^ Mais l'empereur ne se borna pas à cela. Son culte pour Alexandre intervenait dans ses affections et dans ses haines d'une manière vraiment enfantine, qui rappelle les caprices d'une femme à la mode blasée bien plus que la dignité convenable à un empereur conscient de sa mission dans un temps qui n'était vraiment pas facile. N'était-ce pas véritablement puéril que l'empereur ne pût pas supporter que des criminels, nullement intéressants du reste, dont l'affaire était portée devant son tribunal et qui avaient le bonheur de s'appeler Alexandre, fussent attaqués sérieusement devant lui? Et ne croirait-on pas qu'il s'agit d'une femme capricieuse quand on apprend que Garacalla, transportant son enthousiasme pour Alexandre sur tout ce qui était macédonien, éleva en un jour à la dignité prétorienne et admit ensuite dans le Sénat un colonel qui lui avait plu par son adresse de cavalier, parce que cet officier, interrogé par l'empereur sur sa naissance^ avait eu la chance de pouvoir répondre qu'il était originaire de Macédoine*, qu'il s'appelait Antigone et son père Philippe. Il est vrai que ce fait ne doit pas trop nous surprendre de la part d'un homme qui n'avait pas hésité à faire de son ancien maître de danse, l'affranchi grec Théocritos, un officier et, en dépit des doutes que l'on pouvait avoir au sujet de sa capacité militaire, l'avait, entre autres distinctions, nommé enfin au commandement personnel d'une armée en Arménie ^ D'un autre côté, l'empereur poussa si loin la résurrection théâtrale de l'alexan-
1) Herodian., Historiar., IV, 8, 1 et 2. Dio Cass., LXXVII, 7 init.
*) Dio Cass., ibid.
') Friedlànder, Darstell. aus der Sittenyesch. Roms, II, p. 439.
*) Dio Cass., LXXVII, 8.
^) Dio Cass., LXXVII, 21.