‹ Histoire de la Grèce sous la domination des RomainsChapitre 22 sur 227 · I0N CASSIUS · texte numérisé non relu

I0N CASSIUS

Caracalla, Ja nouvelle de cet attentat fut accueillie partout avec joie. C'est naturellement en Italie que le sentiment d'horreur qu'on éprouvait pour le tyran assassiné s'exprima avec le plus de passion, surtout dans les classes élevées de la capitale. Mais les Hellènes, eux aussi, apprirent sa mort avec un véritable soulagement. Ce furent notamment des écrivains de langue grecque, quoiqu'ils n'appartinssent pas à l'ancien pays des Hellènes entendu dans le sens étroit du mot, qui prirent la peine de transmettre à la postérité les crimes de cet insigne « Antonin ». C'est ce que fit notamment un célèbre contemporain de cet empereur, l'historien bien connu de l'empire romain, Cassius Dion Cocceianus. Celui-ci, fils du sénateur romain Cassius Apronianus et petit-fils, du côté maternel, de Dion Chrysostome, rhéteur très célèbre dans son temps, était né vers l'an 155 ap. J.-C. à Nicée de Bithynie; mais arrivé à l'âge viril, il était entré dans la carrière de la haute administration romaine. H avait débuté au barreau de Rome sous l'empereur Commode, et était devenu successivement édile, questeur et préteur en l'année 194 ap. J.-C. Dion avait eu aussi dans l'intervalle des relations avec Septime-Sévère. Il était auteur d'un livre concernant les songes et les présages sur lesquels s'était appuyé Septime-Sévère pour attendre son élévation au trône. Ce petit écrit avait été accueilli si favorablement par l'empereur que Dion se sentit le courage d'écrire l'histoire de son temps. L'histoire de Commode, publiée d'abord en l'an 195 ap. J.-C. et qui forma plus tard le livre LXXII de l'ouvrage entier, obtint aussi l'approbation de la nouvelle dynastie. C'est à partir de ce moment qu'il commença à réunir les documents et à faire les études nécessaires pour une grande Histoire romaine ^ Froid et prudent,

') Cf. notamment Dio Cass., LXXII, 23. LXXVIII, 8, etc., en outre le vieux Reimar., De vit. et script. Dion. ^ 3 sqq. Clinton, jPas^. Roman., I, pp. 179. 187. 191. 193. 201. 207. 209. 223, et voy. aussi J. Zûrcher dans les Untersiichungen zui\Rumischen Kaisergeschichte publiées par Bupinger, I, p. 223. Cf. également Hofner, Untersiichungen zur Geiichichte des Kaisers Septimius Severus, I, i, pp. 14-23, qui (voy. aussi Rhein. Museum, N, F. XXVII [1872], p. 151. 156 sqq.) cherche du reste à prouver que le premier ouvrage historique de Dion avait traité non de l'histoire de Commode, mais des événements après la mort de Commode jusqu'à la mort de Pescennius Niger.

l'empereur 3IACRL\ 33

comme il l'était, le sénateur conserva des relations amicales constantes avec la nouvelle cour. Comme historien, ilafidèlement accompli la promesse qu'il avait faite autrefois à Septime-Sévère, dans un de ses remarquables songes, d'écrire aussi l'histoire de son fils ainé^ Dion le fit, il est vrai, d'une tout autre manière que lui-même ne l'aura espéré alors. Il n'y a peut-être pas un témoin de ce temps qui nous ait conservé de Garacalla, dont il a conçu et dessiné du reste le caractère et les capacités avec beaucoup d'esprit et ce que nous appellerions aujourd'hui une netteté photographique, une aussi sombre et sanglante image que Dion. Il en a fait une sorte de vision sinistre, avec des couleurs chargées par la passion et la haine ; en le lisant, nous éprouvons pour ainsi dire le sentiment vivant de cette époque épouvantable que Dion et tout le monde civilisé eut à traverser sous le règne de cet Antonin.

Les premiers actes de l'empereur élevé sur le pavois dans le camp des troupes de l'armée d'Asie en Mésopotamie , le commandant mauritanien de la garde, M. Opellius Macrinus, eurent pour les Hellènes une grande importance, quelquesuns même un intérêt piquant. j^Comme tout le monde, ils étaient en droit de se réjouir que le nouveau maître de l'empire s'empressât de mettre fin aux plus dures exactions de Caracalla*. En effet, Macrin, outre d'autres actes gracieux qui, après un règne aussi dur et si cruellement arbitraire, s'imposaient à un souverain, pourvu qu'il fut capable d'intelligence et de bienveillance, réduisit au chiffre primitif la taxe sur les successions et le droit à payer à l'occasion de l'affranchissement des esclaves, que Garacalla avait doublés, et rendit ainsi le nouveau droit de cité de tous les habitants libres de l'empire indépendant de toute charge nouvelle ^ Du reste,

0 Dio Cass., LXXVIIï, 10.

-) On ne connaît pourtant spécialement que l'inscription honorifique dédiée par le Conseil et le peuple de Chéronée au oacwTatoc xai Osiorato? empereur iMacrin (Bockh, C. I. Grœc, I, n» 1620. Cf. aussi Keil, Syll. inscr. Boeot., p. 112 sqq.).

3) Dio Cass., LXXVIII, 12. Il n'est question ici, naturellement, que de l'abolition des suppléments d'impôts décrétés par Garacalla ; il va sans dire que Macrin, étant donnée la situation financière de l'empire, n'a [pas dû

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