LES NÉO-PERSES
Cimon ou un Xénophon , quoique leur empire s'étendît à peine de FEuphrate et du Tigre aux vallées de la Bactriane et delaMargiane, se montrèrent beaucoup plus dangereux et en même temps beaucoup plus tenaces que les anciens Achéménides. C'est jusque bien avant dans Tépoque byzantine, bien plus loin que la date à laquelle nous arrêtons notre histoire, que se prolongèrent les nouvelles luttes entre les nouveaux Perses et les Gréco-Romains. Mais ce qui se révéla dès le premier jour, c'est que les Romains avaient trouvé dans ces Perses nouveaux des ennemis bien plus acharnés, en tout cas bien plus remuants que les Parthes dégénérés ne l'avaient été au moins pendant l'âge des Antonins. Cette élévation des Sassanides, qui força désormais les Romains à ne plus cesser de surveiller FEuphrate avec non moins de soin que jusqu'ici le Rhin et le Danube, contribua surtout à rendre la situation de l'empire si horrible pendant les cinquante à soixante ans qui suivent, parce qu'elle força impérieusement les Romains à jeter sur le lointain Orient une grande partie des forces qui auraient été nécessaires pour arrêter la tempête venant de Germanie. C'est elle surtout qui a amené les choses au point que l'empire romain prit bientôt pour plusieurs dizaines d'années la physionomie d'une colossale forteresse bloquée. C'est elle aussi qui, plus d'une fois pendant ces mêmes années, malgré l'extension générale du droit de cité, amena les couches orientales pures du peuple des provinces syriennes à penser très sérieusement à faire défection à l'empire.
Les Sassanides n'attendirent pas longtemps pour entrer ouvertement en rapports hostiles avec les Romains. La nouvelle dynastie perse, avec son fanatisme national et religieux à l'ancienne mode iranienne , avec ses mages fanatiques , sa romanesque noblesse de chevaliers^ne dissimulait nullement que les nouveaux Perses prétendaient annexer à leur empire toute l'Asie jusqu'à la Propontide*, à l'exemple des anciens Grands-Rois achéménides, qui avaient dominé jusqu'à la mer Hellénique, poussé leurs avant-postes pendant des années au pied même de l'Olympe et porté leurs étendards jusqu'à
') Herodian., VI, 2, 1 et 2; 4, 5. Dio Cass., LXXX, 4 init. et Zonar., Annal., XII., 15.
42 LA PHALANGE d'aLEXANDRE
Mégare. Ils affirmèrent d'abord leur hostilité opiniâtre envers l'empire romain en envoyant leurs cavaliers bardés de fer envahir les districts romains de la Mésopotamie et la province de Syrie. Les dés étaient jetés , et les annales de l'armée romaine et des provinces orientales durent ouvrir de nouvelles pages à l'histoire d'une nouvelle série de guerres orientales. Les populations de l'empire ne tardèrent pas à s'apercevoir que ces poussées contre les frontières d'Orient rendaient stériles les efforts si humains que faisait Alexandre pour diminuer tous les ans la charge des impôts établis dans toutes les parties de l'empire parles derniers gouvernements, notamment par celui d'Élagabal \ Mais lorsqu'on en vint effectivement à la guerre contre les Perses, les Hellènes ne virent pas sans surprise que cet empereur, le plus noble prince de la maison africano- syrienne, si peu qu'il ressemblât du reste à son père prétendu Caracalla, ne pouvait pas néanmoins résister à l'envie de faire revivre dans le monde moderne les pratiques du romantisme à la façon d'Alexandre. C'était un nouvel Alexandre qui partait contre de nouveaux Perses ! La phalange ne pouvait rester absente ! En effet, le jeune empereur réunit six légions choisies en un corps unique de 30,000 hommes et l'appela sa phalange. Ces soldats furent-ils tous armés sur l'ancicD modèle macédonien? leur donna-t-on seulement la sarisse à côté du pi him? nous Tignorons. Mais nous savons que cet Alexandre raisonnable ne crut pas que ce fût une folie de donner, comme au temps de l'empire macédonien et des Diadoques, à une division d'élite des boucliers d'argent ou plaqués d'argent, et même, pour surpasser les anciens, des boucliers d'or ou peut-être simplement dorés ^ Pourtant la
'} Sur la diaiinution des impôts par Alexandre, voy. notamment Lamprid., AlexancL Sever., 39, 6 sqq. et 32, 5; cf. aussi von Wietersmeim, Geschichte der Vôlkerwanderung, II, p. 220, note 166. Mais le rapport qu'il y eut entre ces mesures et l'introduction de la nouvelle taxe des patentes et autres charges (Lamprid., 24, 5; 64, 3) reste dans une regrettable obscurité chez Lampride, ce déplorable compilateur; voy. aussi Marquardt, op. cit., II, p. 237. On est tenté de placer plusieurs des nouvelles taxes qu'Alexandre fut obligé d'édicter dans les dernières années de son règne, époque où la nouvelle guerre contre les Perses exigea des ressources financières consider rabies.
^) Lamprid., 50, 4-5; 64, 3. Maîiquardt, op. cit., II, p. 597.