‹ Histoire de la Grèce sous la domination des RomainsChapitre 28 sur 227 · DION CASSIUS · texte numérisé non relu

DION CASSIUS

hommes qui, depuis février 238 après J.-C, commencèrent la lutte contre ce Maximin, à qui l'on donnait maintenant les titres honorifiques de Cyclope, Busiris, Sciron^ Phalaris, etc^ Sous les gouvernements précédents, autant que nos maigres renseignements historiques permettent de l'affirmer , on n'avait vu que rarement des hommes appartenant de près au monde hellénique se mettre en évidence au point de vue politique. Thrasybule, l'ami astrologique d'Alexandre Sévère ; avant lui, les favoris presque tous abjects d'Élagabal, les Eutychianos Gomazon, les Gannys, les Hiéroclès de Carie, les Aurelius Eubulos, étaient selon toute apparence pour la plupart des demi-Grecs orientaux ; citons encore Tathlète Aurelius Zoticos de Smyrne, chambellan d'Elagabal, dont les Hellènes n'eurent aucunement des motifs de se vanter ^ Le plus honorable des hommes d'origine gracque qui eut dans ce temps des rapports intimes avec la cour palatine, Dion Cassius, partagea à la iin les destinées du vertueux Alexandre Sévère. Dion Cassius (cf. plus haut, p. 32 et suivantes) avait occupé après l'avènement de l'empereur Macrin une haute position administrative à Smyrne et à Pergame : c'était peut-être une procurature^ De ce coin de l'Asie, dans la Bithynie sa patrie, il'observait de loin les folies dont le scélérat syrien, Elagabal, faisait de Rome le théâtre, et de près toutes ces étranges fioritures de l'histoire du temps que nous avons déjà citées, comme, par exemple, toutes ces impuissantes tentatives locales pour se saisir de la pourpre et cette bizarre procession du faux Alexandre de Mœsie jusqu'à Chalcédoine. Alexandre Sévère sut ensuite utiliser de nouveau d'une manière plus digne de lui les talents de cet honneur de valeur. Dion Cassius^ qui revint à Rome en 221 ou au commencement de 222, reçut, comme il semble, moins les honneurs que le fardeau du consulat ; cette dignité n'était alors, comme on le sait, qu'une

*) Capitolin., Maximin., 8. 5.

2) Dio Gass., LXXIX, 16.

3) Cf. Dio Cass., LXXIX, 7 fin. et 18 fin.; voy. aussi Clinton, Fast. Roman., I. p. 227. 229. 231. 235. La manière dont Dion parle ici de sa position à Smyrne et à Pergame ne permet pas, selon nous, de lui attribuer (comme le fait J.-J. MiJLLER dans Budinger, Untermchuiigen zur Mm. Kaisergeschichte, III, p. 113) les fonctions de gouverneur d'Asie.

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dislinction pompeuse, mais très onéreuse, qui ne cessait pourtant pas d'être désirée, lors même qu'on ne l'obtenait que comme consul sufTect, ce qui semlje avoir été alors le cas de Dion \ Après cela, Dion fut successivemenl, dans les années 222 à 228, gouverneur des provinces d'Afrique, de Dalmatie, de Pannonie Supérieure. En Afrique, il avait la qualité de proconsul sénatorial (car, sous le règne d'Alexandre Sévère, les tendances libérales de cet empereur avaient fait revivre encore une fois la distinction constitutionnelle et presque archaïque entre les différents gouvernements) : dans les autres provinces, il avait été légat impérial. En Pannonie, il avait rétabli avec une grande énergie l'antique discipline romaine dans les légions tombées dans une affreuse anarchie. En cela, il avait agi tout à fait dans l'esprit du jeune et intelligent empereur ; mais, comme toutes les régions de l'empire étaient unies par la solidarité du crime, de l'indiscipline et de l'infamie qui prenait de jour en jour de plus grandes proportions, aussi bien dans les légions de plus en plus ingouvernables de la frontière que dans la garde impériale, les prétoriens avaient été tellement irrités de la conduite de Dion que, lors de son rappel de Pannonie à Rome, ils demandèrent à l'empereur de le leur livrer, pour le traiter comme ils avaient traité peu de temps auparavant leur célèbre commandant Ulpien. Alexandre l'éleva au contraire à la dignité de consul pour l'année 229. C'était la seconde fois que Dion revêtaitcette dignité : l'honneur en était d'autant plus grand que cette fois l'empereur fut luimême son collègue; il supporta à sa place toutes les dépenses nécessaires. Mais, pour le soustraire à la rage des prétoriens, Alexandre lui ordonna de passer hors de Rome le temps de son consulat ! Dion se rendit donc dans sa villa campanienne à Gapoue. Bientôt après, l'éminent vieillard quitta pour toujours le service de l'État, afin de passer le reste de ses jours dans sa contrée natale '.

Peu de temps, du reste, avant que Dion ne quittât les

') Cf. Reimar., De vit. et script. Dion., § 13.

■'] Dio Cass., LXXX, 1 et 4-5; voy. aussi XLIX, 36. LXXVI, 2 init. et Phot., Cod. 71. Cf. Orelli-Henzen, ïmcript. latin , n° 5602. Clinton, loc. dt. p. 235 et 242 à 245.

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affaires, les Grecs eux-mêmes avaient eu l'occasion de constater à quelles difficultés un empereur du caractère et de l'esprit d'Alexandre se heurtait quand il tentait de châtier les crimes sanglants de soldats mutinés. Lorsque l'éminent Ulpien fut assassiné en 228, on connaissait fort hien l'instig-ateur de l'attentat ; c'était Epagathos, vraisemblablement d'origine grecque, qui avait commencé par être un affranchi très puissant de Caracalla, qui jouit ensuite d'une haute considération auprès de Macrin et qui semblait, au moment du crime, être un officier des plus influents de la garde. L'empereur ne pouvait aller jusqu^à faire arrêter ce scélérat à Rome et lui demander compte de sa criminelle action. On laissa donc toute sécurité au coupable, puis, sous prétexte de lui donner le gouvernement de l'Egypte^ il fut envoyé à Alexandrie où il fut arrêté et conduit dans l'île de Crète pour y subir enfin la peine méritée \

Mais quoique les Grecs^ autant que nous le savons pour cette époque, ne parussent que rarement prendre une part immédiate à la vie politique du temps, ils n'en suivaient pas moins ces incessantes révolutions de camps et de palais avec le plus vif intérêt. Nous le devinons clairement à travers le peu de renseignements que nous possédons, et quoique nous n'entendions parler qu'en passant des gloses piquantes de certains poètes grecs sur la politique de ce temps, gloses qui circulaient à Rome même, sur le forum^ dans le palais, dans les casernes et dans les camps ^, ou des satires mordantes lancées (prudemment, il est vrai, après sa mort) contre Élagabal par des Grecs et par des sophistes élevés à l'école des Grecs \

Les Grecs suivaient avec un grand intérêt la lutte engagée enfin par les provinces intérieures du monde romain contre Maximin, le farouche Géto-Alain, l'empereur des paysans et des soldats, dont le fils, un bel adolescent, était pourtant élevé

1) SurÉpagathos, voy. Dio Cass.jLXXVII, 21. LXXVIII, 39 et particulièrement LXXX, 2.

*) Cf. Capitolin., Macrin., U et 14, 2 sqq. Lamprid., l)iadumen.,l, 3 et 4. Alexand. Sev., 38, 3 sqq.

3) Philostrat., Vit, Sophist., II, 31, 2, p. 624 fin. et 625.

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