‹ Histoire de la Grèce sous la domination des RomainsChapitre 29 sur 227 · LES GORDIENS · texte numérisé non relu

LES GORDIENS

dans la tradition classique par le célèbre rhélour grec Kugamios * ; cet intérêt devait être d'autant plus vif, que les chefs mêmes de cette campagne avaient avec eux, et de diverses manières, des liens personnels plus étroits. Le premier de ces hommes, l'octogénaire M. Antonius Gordianus, n'était-il pas en partie de sang hellénique? Ce vénérable vieillard, qui d'après les uns remontait par son origine et celle de ses parents d'une part à Trajan, d'autre part aux Gracques, d'après les autres à Marc-Antoine, était aussi parent du sophiste athénien Ilérode AtLicos, qu'on n'avait pas encore oublié en Achaïe et avec lequel il pouvait très bien être comparé pour sa richesse, sa libéralité et sa haute culture. Le docte Philostrate, autrefois le favori de Julia Domna, le touchait de près et lui avait dédié son ouvrage sur l'histoire des modernes sophistes ^ pendant les dernières annés d'Alexandre Sévère (entre 230 et 23o). Il est presumable que TAchaïe et la Macédoine faisaient aussi partie alors de la majorité des provinces dont les gouverneurs n'obéirent qu^aux injonctions du Sénat et abandonnèrent le parti de Maximin \ Mais après la rapide et lamentable issue, dès le mois de mars, du soulèvement tenté en Afrique par Gordien en février 238, le Sénat opposa à Maximin (mars 238) deux nouveaux anti-empereurs, qui tous deux avaient une aussi grande importance que Gordien aux yeux des Grecs. Car l'un d'eux, M. Clodius Pupienus Maximus, cet énergique et courageux plébéien, fils d'un charron, qui par son seul mérite s'était élevé aux plus hautes dignités civiles et militaires et

♦) Capitolin., Maximin. jun.y 1 (27) et 4 (30), 4.

'^) Philostrate lui-même atteste que le vieux Gordien descendait d'Hérode Atticos, et il y insiste dans la dédicace de son livre; {Proœm. ad Vit. Sophitit., p. 479 et 480); voy. aussi Kayser dans le Troœm. de son édition, p. I, et Christian dans sa traduction, I,p. H46et 1149. Comme Gordien est né sand doute vers 157 ap. J.-C, ce devait être un petit-fils d'Hérode ; mais ceci est absolument inconciliable avec ce que nous savons des enfants d'Hérode et avec l'affirmation précise de Capitolin {Gordian.^ 2), qui cite les noms des parents de Gordien : Maecius Marullus et Ulpia Gordiana. Philostrate n'a employé que des expressions indécises ; il a sans doute voulu faire valoir une certaine parenté entre Annia Régillaet l'épouse de Gordien, Fabia Orestilla, fille d'Annius Severus et arrière-petite-fille de Marc-Aurèle, ou ,'une affinité quelconque entre Gordien et la famille d'Hérode. Cf. Dittenjjerger, Die Famille des Herodes Attikos, p. 82.

3) Cf. Herodian., Vn, 7, 6.

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avait poussé jusqu'à la préfecture de la Ville, avait été aussi (peut-être sous Caracalla) proconsul d'Acliaïe : les Grecs avaient eu assez d'occasions d'apprendre à connaître ce vaillant « homme du peuple », qui, en dépit de son abord sévère et sombre, était l'un des hommes les plus respectables de ce temps par son calme imposant^, sa possession de lui-même, son caractère conciliant et sûr\ Quant à son collègue Decimus Caelius Balbinus, homme de haute noblesse bien connu des Grecs d'Asie et de Thrace, il sortait même de la famille d'un Hellène romanisé. Il était, en effet, un descendant de l'historien Balbus Cornelius Theophanes de Mytilène ^, très admiré en Grèce, à qui le grand Pompée avait procuré autrefois le droit de citoyen romain. Il est vraisemblable pourtant que le nouvel empereur ne sortait pas immédiatement du sang de Théophane^ mais des descendants de L. Cornelius Balbus de Gadès adopté par Théophane.

On sait que, grâce à la vaillante attitude de la ville d'Aquilée, ce fut aux deux hommes nommés en dernier lieu que revint l'honneur de la victoire sur Maximin, que ses propres soldats tuèrent dans le camp en mai 238. Mais Romains et Hellènes durent reconnaître bientôt que le temps était venu oii l'empire romain marchait d'une allure constante, et sans espoir apparent de retour, à une ruine désastreuse et à une désorganisation complète. Le meurtre des deux empereurs sénatoriaux parles prétoriens soulevés (dès juin 238) fit place, comme on le sait, à la domination du troisième Gordien^ le jeune petitfils du vieux Gordien dont il a été parlé plus haut. C'était peut-être un Grec, l'homme qui, à partir de 241, donna à l'empire quelques années heureuses de bonne administration, à savoir le beau-père du jeune empereur, le préfet de la garde,

*) Capitolin. , Maxim. etBalbin., 5 et 6. Un fils de cet empereur, T. CIodius Pupienus Pulcher Maximus, apparaît à quelque temps de là comme proconsul de Macédoine (Wilmanns, Exempl. inscr. latin., n° 1219 a.)

2) Capitolin., loc. cit., 7. Cf. aussi Gibbon, Gesch. d. Untergangs d. Rom. Reiches, trad. Sporschil, p. 143.

3) Les manifesiaLions de sympathies helléniques en faveur de ce jeune empereur ne font pas défaut. Dans Bôckh {Corpus Inscr. Grœc, vol. I), il y a plusieurs inscriptions de ce genre intéressantes. Pour Sparte (n'^ 1382), décret de la commune en l'honneur de M. Aurelius Démocrates, qui avait eu une missicm auprès du « paatXeùc Oeostôéa-raToç z^jatëri^ sùtu'/iqç » Gordien. Les

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Gaius Furiiis Sabinius AquilaTimesilheus ^ Mais pendant que le désastreux combat de Gordien avec les bordes pillardes des Alains près des jardins de roses'de Philippes (ou plus vraiseniblablcmenl à Pbilippopolis^) annonçait déjà aux Hellènes '242) la tenipôte procbaine de l'invasion des redoutables hordes germaniques du Pont, l'éloile de Timésithée ne s'éteignit que trop tôt. comme celle de Gordien, dans la guerre qui s'était élevée alors et qui avait été longtemps heureuse contre les Perses sous Sapor 1"" (Shabpour), fils du premier Sassanide Artaxerxès. Mais l'assassin de l'empereur, le nouveau préfet de la garde, M. Julius Pbilippus, le nouvel empereur oriental (depuis le printemps de 244), ne put sans doute faire oublier aux Grecs pas plus qu'aux Romains sa descendance de la race des Syro-Arabes pillards de Bostra en Trachonitide. Néanmoins ce règne, le dernier avant les grandes invasions des Goths, malgré le peu de souci du souverain comme de ses prédécesseurs pour les intérêts particuliers des Grecs d'Europe en général, ne fut pas signalé par des calamités et destructions ; bien plus, il ne manqua pas même d'un certain éclat solennel, comme les Grecs, en artistes et amateurs ^de spectacles qu'ils étaient, l'avaient toujours aimé passionnément. Si le troisième Gordien avait rétabli dans son temps (240 ou 241) les anciermes « Néronies », ou s'il les avait remplacées par une nouvelle fête de même nature (nous voulons dire ce qu'on appela « Tagon de Minerve ^ »), Philippe de son côté charma

éphores de la ville éleuthéro-laconienne (cf. Bockh, loc. cit., p. 608) de Ténare ou CsBnépolis (n» 1322), à leur tête M. Aurelins Thaliarchos, érigèrent une statue en Thonneur de Gordien ; ceux d'OElylos, à leur tête M. Aurelins Nicephoros. firent de même (n° 1323). Dans les ruines, d'ailleurs peu considérables, de la ville locro-phocidienne de Daphnonte,on trouve un piédestal avec le reste d'une inscription en l'honneur de Gordien (Voy. Intelligenzblatt zur A. L. Zig. 1844, n° 80, et L. Ross, Griech. Kunigsreiaen, II, p. 135). — Inscription en l'honneur de Gordien k Astypaiée, dans BôcKH, II, no 2496.

') Sur Timésithée, voy. actuellement H. Schiller, Gesch. der rôm. Kaiserzeit, I, 2, p. 797. Mommsen, Rôm. Gesch., V, p. 421. Duruy, Histoire des Romains (2^ édit.), VI, p. 336 sqq.

-) Capitolin., Gordian. très, 34, 4. Cf. 26, 4, et von Wietersheim, Gesc/i. der Vôlkerwanderung , II, p. 241 sqq.

•"^j Cf. là-dessus notamment Friedlànder, Darstell. ans der Sittengesch. 'Roms, II, p. 437 et 439. Preller, Rôm. Mythol., p. 264 sq. Becker-Mar^ m H. 4

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