‹ Histoire de la Grèce sous la domination des RomainsChapitre 38 sur 227 · VOYAGES EN GRÈCE · texte numérisé non relu

VOYAGES EN GRÈCE

Pourtant les voyageurs ne manquaient pas. Dès que la situation politique et sociale de l'empire accordait à l'humanité un moment de relâche si court qu'il fût, de nouveaux essaims de voyageurs de toute catégorie ne cessaient de parcourir la chère Grèce, les uns pour une raison, les autres pofir une autre. Parmi les luxueuses stations halnéaires, JEdepse était une de celles que les Romains visitèrent jusque dans les derniers temps '. La beauté et la splendeur des jeux nationaux delà Grèce ne cessaient d^attirer des foules de curieux, grecs ou non. Nous ne savons si le nombre de Romains qui prenaient part aux luttes poétiques^ ou gymnastiques des Grecs fut particulièrement considérable. Mais le culte et l'admiration des arts athlétiques, la considération pour les athlètes eux-mêmes, qui dès lors faisait des progrès de plus en plus marqués même dans les pays romans \ l'admiration enthousiaste pour les vainqueurs et les mesquines intrigues qui se rattachèrent de tout temps à ces jeux, toutes ces pratiques bonnes et mauvaises se perpétuaient chez les Hellènes et les peuples hellénisés avec une vivacité que rien ne pouvait affaiblir. Cet Aurelius ^Elix ou tEHus Helix dont nous avons parlé plus haut (p. 54) était déjà un athlète célèbre longtemps avant de s'être essayé à Rome. Dès lors il voulut aussi remporter la palme à Olympic. La gloire des vainqueurs à Olympic était encore tellement appréciée qu'il consulta un oracle avant de la chercher. l\ réussit en effet, dans une des premières olympiades du m"* siècle*, à remporter le prix du pancrace. Mais son cœur avait une plus haute ambition, et il voulut alors déjà rem-

^) Cf. BuRsiAN. Geogr. Griech., II, 3, p. 409.

2) C'est ainsi qu'au ler siècle de noire ère, le père du poète Stace, le Napolitain P. Papinius Statius, avait remporté la victoire dans le concours poétique, aussi bien dans la ville grecque de Naples qu'en Grèce même. Cf. Stat., Silv., V, 3, 133-145, 195-208 et 233-238. Friedlànder, Dar^tellungeriy III, p. 341.

3) Cl. Friedlànder, II, p. 435 sqq. Voy. aussi de simples remarques faites en passant, comme dans Herodian., VII, 1, 12, qui ont tout à fait la couleur du temps.

*) On peut songer à 01. 247 = 209 ap. J.-C, ou 01. 246 = 205; comme, selon l'opinion admise aujourd'hui, VHeroîkos de Philostrate (cf. p. 55, 4), a été écrit dans les années 211-217 ap. J.-G. , le fait raconté dans le texte et que rapporte Philostrat., Heroic, II, 6, p. 679, pourra être placé avant l'année 211.

AURELIUS -ELIX 59

porter le même jour la victoire dans la lutte. D'après la tradition locale, depuis Héraclès, sept concurrents seulement y avaient réussi; le dernier avait' été ce Nicostratos (01. 204 1= 36 ap. J.-C.) que l'on citait encore alors avec admiration. Mais il faut croire qu'iElix s'était brouillé do quelque manière avec les Éléens, car, pour le frustrer de l'honneur d'être le huitième double vainqueur depuis Héraclès, ils effacèrent sans cérémonie de l'ordre du jour la lutte déjà inscrite au programme \ Cette aflaire produisit une énorme sensation dans le monde hellénique : non seulement des sophistes comme Philostrate, mais aussi de graves historiens comme Dion Cassius ont parlé dans leurs ouvrages de cet incident avec les plus grands détails. On peut dire qu'en général les idées des Grecs sur ce point étaient restées les mêmes : de même on continuait de célébrer plus ou moins pompeusement, selon les moyens dont on disposait, les nombreux jeux locaux, parmi lesquels (au temps de Philostrate) les « Eleutheries* » de Platée, ainsi que les Sébaslées et les Gésarées fondées en l'honneur d'Auguste et d'autres empereurs; les artistes les plus célèbres étaient toujours entourés d'une haute considération. Nous ne connaissons pourtant du temps d'Alexandre Sévère que le seul Aurelius Metrodoros de Cyzique, auquel ses concitoyens élevèrent une statue dans leur ville ^ en récompense des nombreuses couronnes qu'il avait méritées aussi bien dans sa patrie que dans des fêtes moins célèbres à Pergame, à Nicomédie, à Périnthe et à Ghalcédoine, de même que dans les Sébaslées à Byzance et à Olympic. D'un autre côté^ il ne faut sans doute accuser que l'obscurcissement général de la vie hellénique autrefois si lumineuse si, après les jeux Olympiques de la 249^ olympiade, l'an 217 ap. J.-C., où Praxidamos d'Alexandrie fut le vain-

*) Dio Gass., LXXIX, 10. Cf. le récit un peu différent chez Philostrat., II, 1, 1. Friedlândeb, Barstellungen, II, p. 451. Sur Nicostrate, voy. encore Tacit., Dial, de Orator., 10. Quintilian., II. 8, 14. Pausan., V, 21, 5 et African, dans Euseb., '^FA'k. oX. p. 44 Schone.

*) Cf. Rhein. Mus. s XVIF (1862), p. 146 sqq. sur Philostrat., Gymnast., p. 36, 24.

3) BocKH, Corp. Inscr. Grœc, II, p. 937, n" 3676.

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