‹ Histoire de la Grèce sous la domination des RomainsChapitre 39 sur 227 · DERTAD ET LES JEUX OLYMPIQUES · texte numérisé non relu

DERTAD ET LES JEUX OLYMPIQUES

queiir le plus céléhroS nous n'entendons parler ensuite que d'un autre vainqueur olympique, un prince, il est vrai, qui certainement n'était pas de sang- grec. C'était le jeune prince arménien Dertad, appelé Tiridate parles Grecs. On sait, par l'histoire générale des temps postérieurs, que le deuxième roi des Néo-Perses, le terrible Sapor (ShahpourP, 2i0-270), jetait des yeux avides sur l'Arménie, où sous le protectorat romain régnait toujours encore une branche collatérale de la famille éteinte des Arsacides parthiques. Lorsqu'à la fin un de ses agents (vraisemblablement vers l'année 233 ap. J.-C.) eut assassiné le roi arménien Chosroès avec toute sa famille, le fidèle satrape Artavasdes , de la maison de Mandakouni, avait réussi à sauver le jeune fils du roi, Dertad, encore dans l'adolescence. Dertad fut amené à Rome. Élevé dans la capitale de l'empire, il joua plus tard comme homme un rôle extrêmement important ; mais dans sa jeunesse déjà il s'était distingué par son courage et sa résolution, par une force colossale et par ses succès dans les jeux Olympiques (vraisemblablement dans les temps qui ont précédé les règnes de Claude et Aurélien, au moins avant celui de Probus). Il n'y a pas seulement brillé comme habile conducteur de chars. Sa force de géant lui donna aussi la victoire sur les lutteurs et les pancratistes grecs les plus célèbres de ce temps, notamment Cleostratos de Rhodes et Keras d'Argos^

Parmi les nombreux voyageurs de toute espèce qui venaient en Grèce poussés par l'intérêt qu'ils prenaient à l'hellénisme en général^ au pays et à ses habitants, il y en a un qui, pour l'époque qui a précédé les invasions dévastatrices des Goths en Attique et dans le Péloponnèse au temps de Gallien, mérite encore notre attention toute particulière. C'est un personnage

*) Bexipp.. Fragment, ( Ciumeb , An^'ccL Paris., II, p. 153, 20) dans C. MuLLER, Fr. Hist. Grœc, Ilf. p. 674, n° 16^. Hist. Grœc. Minor, (éd. Ludw. Dindorf), I, p. 178. (Cf. Clinton, Fast. Roman., 1, p. 233).

*) Sur ce dernier, voy. Moïsk de Chorène, Hist. d'Arménie, d'après l'édition el traduction française de Le Vaillant de Florival, II, 79, et Gibbon, p. 291. Dernhardt, Geschichte Roms seit Valerian, p. 35 sq. I^reuss, Diocletian, p. 41. — Sur l'importance que l'imitation (cf. tome II, p. 478) des jeux Olympiques avec leurs alytarques avait prise à Antioche, voy. notamment, pour ditîérentes dates du m* siècle, Malalas (éd. Bonn.), p. 307 et 310. (0., p. 407. 411-413. V., p. 131 d-e et 133 b-e).

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littéraire qui est, avec l'œuvre qu'il a laissée, aux yeux de plusieurs un problème littéraire : son nom est /l^thieos Ister. S'il est vrai, comme il semble à propos de cet homme et des restes de l'œuvre cosmog-raphique qui lui est attribuée, que nous ne soyons pas en présence d'un faux littéraire ou d'un « roman » du temps des Mérovingiens \ nous pouvons avec une certaine vraisemblance placer le voyage et le séjour de cet infatig-able voyageur chrétien, de ce cosmog-raphe si familier avec la civilisation de son temps, né d'une famille considérable de la région thraco-mœsique voisine de l'embouchure du Danube, remontant par son origine à la Scythio (on n'est pas d'accord s'il était de race slave ou sarmate, dace ou illyrienne)^, nous pouvons placer, dirions-nous, son voyage et son séjour avant l'époque où la splendeur et la prospérité des pays grecs de l'Europe en partie renaissantes, déjà menacées par de nouveaux et graves dangers, n'avaient pas encore reçu le choc brutal de l'invasion des énergiques hordes venues des plaines pontiques. Ce voyageur remarquable, selon le jugement de celui qui a remanié son ouvrage, a vécu de longues années en Grèce. Est-il resté cinq ans à Athènes et cinq autres années dans le reste de Fllellade ? A-t-il passé seulement cinq années dans la Grèce en général, prenant Athènes pour son quartier général et faisant de cette ville le point de départ de différentes excursions^? le déplorable état dans lequel le simple

^) Cf. notamment, l'ouvrage capital sur la matière : Helnrich Wlittke, Die Kosmographie des Istriers Aithikos, im lateinischenAusziige des Hieronymus. 2*^ édit. (Leipzig, 1854); notamment p. cxxxiv sqq. Cf. particulièrement encore Bernhardy, Grundriss der Rom. LUteratur (p. 653 sqq. de la 3° édit., ou p. "74. 778 sqq. de la 5° édit.) , qui ne reconnaît pas dans l'abréviateur Hieronymus, avec son latin complètement barbare, le célèbre et savant prêtre Jérôme. Cf. aussi Pauly, R. E. d. kl. AU., P, i, p. 478. Quant au temps dans lequel on peut placer peut-être approximativement le véritable ^Ethicos, Wuttke {op. cit., p. xc sqq. et clxxv) cherche à le déterminer dans une certaine mesure.

*) Bernhardt, op. cit., p. 778, et Wuttke, p. lxxii sqq. et cxciv sqq.

^) Suivant l'indication donnée par JEimc. 1st., Cosmograph. ah Hieronymo ex graeco in latinum hremarium redacta, éd. Wuttke, VI, 72 init. , où il est dit : annos quinque ambiens omnem Graeciam ; et 79 med., où on dit d'Athènes : et per annos'quinque inibi stationem fecisse. Wuttke [Bie Kos~ mographie, p. lxxxi) n'examine pas cette question de plus près. Pour nous, c'est la seconde indication du texte qui nous paraît la plus vraisemblable.

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extrait de son livre, écrit peut-être à l'origine en langue grecque, nous est parvenu ne nous permet plus de l'affirmer.

Mais, en général, il faut renoncer à vouloir trouver dans ces restes quelque chose qui soit ne fût-ce qu'une ombre de ce Pausanias à qui nous devons, pour le n° siècle, des renseignements si riches. Sans parler même de l'horrible latinité de l'abréviateur, qui rend complètement inintelligibles pour nous des phrases entières, nous trouvons pêle-mêle dans cet extrait, à côté de nombreuses observations de l'abréviateur, une admiration enthousiaste pour les antiques Hellènes, des remarques justes et de grossières bévues géographiques. Un petit nombre d'observations semblent pouvoir être utilisées immédiatement, et encore avec la plus grande prudence, pour la mosaïque qui doit nous donner le tableau de la situation de la Grèce à cette époque : car trop souvent une science, une érudition d'antiquaire se reflète dans des indications et des couleurs qui ont la prétention de se rapporter au temps où vivait le narrateur.

Nous y trouvons pourtant que le cosmographe avait^ en général, une idée exacte de l'extension du monde grec proprement dit ^ et que, d'autre part, il savait que la Thessalie avait été, à plusieurs reprises, reliée administrativement à la Macédoine '^ Nous y trouvons une nouvelle confirmation de ce fait que l'antique monde grec et la gloire du grand Alexandre de Macédoine^ n'avaient pas perdu leur magique auréole ; que même des hommes qui n'étaient ni Grecs ni Romains d'origine, comme l'était, selon toute apparence, cet .'Ethicos *, n'étaient pas moins touchés par le charme de cette majestueuse antiquité que par l'amour pour cette Athènes contemporaine, dont les monuments et l'Université ne cessaient pas, plus ou moins, selon les temps, d'être le but et la

^) Cf. vEthic, VI, 72 init. 74.

2) Cf. ^THic, VI, 77. cf. 78 init. 81 init. 86 init.

3) Cf. ^THic, lib. cit., 72. 75. 79. 82. 84. 85. Le nom d'Alexandre le Grand continue de vivre çà et là chez les Grecs modernes; ainsi, à Céphajonie, la reine des Néraïdes passe encore aujourd'hui pour « la sœur du roi Alexandre ». Cf. Bernhard Schmidt, Bas Volksleben der Neugriechen und das hellenische Alterthum, I, p. 107.

*) Cf. ci-dessus, p. 61 , 2.

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passion de nombreux hommes cultivés de toutes les parties de l'empire ^

Pourtant^ nous devons nous résigner ^ à n'ajouter foi à diverses affirmations spéciales du voyag-eur sur différentes parties de la Grèce, que lorsqu'elles seront d'accord avec d'autres témoignages. Quand /Ethicos vante la richesse des îles de Cypre, de Crète, de Chios, en divers dons de la nature et de l'art " ; quand il célèbre les beaux paysages de l'Attique, de la Béotie et de Tx'lrcadie % quand il cite les précieuses carrières de la Laconic \ cela concorde parfaitement avec ce que nous savons, d'ailleurs, sur ces pays. La réunion de nombreuses îles de la mer Egée, sous le nom de Insularum provincia, avec Rhodes pour capitale, a été mentionnée par nous plus haut sous l'autorité d'un autre témoignage ^ Les nombreux renseignements sur des productions des différentes parties de la Grèce, ainsi que sur des édifices antiques^, sont d'accord aussi avec ce que nous savons d'autre part. S'il vante les médecins distingués de la Thessalie * et les physiciens renommés d'Athènes ^ nous sommes disposés à l'admettre encore : nous savons que beaucoup de philosophes de ce temps, comme l'avait fait Plutarque autrefois, se livraient avec prédilection à des études de physique. Par contre, nous oserons à peine admettre saris plus ample information et sur sa seule autorité, le nom de Fabius ^^ « historien et philosophe

') ^THic, VI, 72. 79.

-} Je suis tout à t'ait d'accord avec Bernhardt, Gesch. Roms seit Valerian, p. 26, sur le peu de profit que nous pouvons tirer d'^Elhicos pour notre présente tàciie.

3).Ethig., VI, 90. 91. 93. 97.

*) tEthic, lib. cit., 78. 80.

^) tEthio., lib. cit., 83.

6) Cf. tome II, p. 134 sqq. L'hypothèse la plus juste est sans doute que cette province n'exista définitivement qu'après Dioclétien (voy. ci-après) : à moins que l'ouvrage d'^Ethicos n'ait été écrit ou achevé qu'au commencement du iv° siècle, il nous est toujours possible d'admettre que l'abréviateur s'est servi, comme il l'a fait souvent, d'expressions courantes de son temps. Cf. .Ethic., lib. cit., 94

■') Les excellents chevaux de la Thessalie ^77.81). La pêche de la pourpre dans les eaux grecques (94).

8) vEthic, VI, 181.

9).Ethic., VI, 72init. 79.

"») Mime, ibid. Wuttke aussi (p. xci sqq.) n'ose pas risquer une suppo-

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très célèbre alors à Athènes », et la gloire de l'art thessalien à cette époque ^ Les renseignements sur la brillante prospérité de Thèbes dans ce temps et sur la ville de l'île de Délos, et beaucoup d'autres notices dont la forme nous parait déjà étrange, nous semblent sujettes à caution. Ne parlons même pas des quatre-vingt-treize villes antiques de Crète*, que les anciens avaient déjà réduites à un chiffre extrêmement modeste.

Mais ce qui concorde avec les résultats de nos propres recherches, c'est lorsque ^:Cthicos, malgré tout son enthousiasme pour l'antiquité hellénique, trouve pourtant dans le caractère des Hellènes toute une série de traits fâcheux. Il est probable que les grands centres du pays, Athènes, Patrae, Larisse et, en particulier, Corinthe, auront offert assez d'occasions pour lui apparaître, à lui aussi, comme « pleins de crimes, de hontes de toutes sortes, d'immoralité et de débauche ^ » Il est possible pourtant que J^thicos, en sa qualité de chrétien austère*, ait représenté la situation morale des Grecs païens sous des couleurs sombres. Mais, en général, il avait certainement raison. Par contre, il ne méconnaît pas non plus les bons côtés de cette situation, aussi bien dans des événements du temps qui précède Septime, que de celui des expéditions gothiques. La solidité du peuple des campagnes en Arcadie, plus encore en Macédoine % l'antique supériorité des Cretois comme archers ^, le caractère laborieux et la civilisation remarquable de la partie intelligente du peuple, sont représentés d'une manière très reconnaissable, même dans ce tableau barbare. Malheureusement, les détails caractéristiques font partout défaut.

Il faut dire aussi que justement pour le temps qui précède

sition précise, mais il pense à Fabius Marceliinus (Lamprid. , Sever. Alex., 48, 6. Vopisc, Vroh., 2, 7), auteur d'une biograptiiede Trajan et d'Alexandre Sévère, ou à Fabius Ceryilianus, écrivain nommé dans Vopisc/, Caru», 4, 3. ^)^TH1C., VI, 80.

2) ^THic, VI, 81.91. 95.

3) ^THic, VI, 72 s. fin.

*)^THic., VI, 72 fin.

°) .Ethic, VI, 78 et 82.

6) .Ethic. VI, 91.

CARACTÈRE DES GRECS 6o

l'apparition de Julianas et de Proaeresios à Athènes, nous sommes, en comparaison de celui des anciens Antonins, très pauvres en renseignements détaillés sur la vie intérieure et le développement moral des Hellènes. Mais nous pouvons admettre, sans trop de risque de nous tromper, qu'à ce point de vue, jusqu'à la terrible catastrophe du temps de Dexippos, plus encore jusqu'à l'action plus énergique de l'influence chrétienne depuis Constantin le Grand', il n'y ait eu relativement que de faibles changements. La cherté croissante (v. ci-après) et l'appauvrissement progressif du pays, qui furent la suite de la crise monétaire et de l'horrible détresse de l'empire sous Gallien et pendant les attaques des Goths, doivent avoir conduit d'abord le peuple à des pensées plus sérieuses, assombri un peu le brillant éclat de la vie et des fêtes grecques et diminué la passion furieuse pour les vaines distinctions et les titres pompeux. Quant à ces dernières tendances, elles n'avaient rien perdu de leur force du temps de Caracalla ; les villes helléniques des cotes occidentales de l'Asie-Mineure du moins se disputaient* pour obtenir de l'empereur Garacalla, en payant sans nul doute, la dignité et le titre d'honneur de métropole. Et, cependant, il semble que ce titre ne leur donnait que le droit d'être le siège, à tour de rôle, de la Diète provinciale (le Koinoii) et des réunions de fêtes de l'Asie : ces privilèges, ainsi que le néocorat et le culte des empereurs, qui florissait encore dans ce pays, étaient entourés certainement toujours d'un grand prestige. Et la vieille passion de se faire, par des largesses au profit de la

') Ephèse, en sa qualité de capitale de la province d'Asie, en question ici, était seule métropole. Mais le titre purement honorifique de métropole fut porté, au plus tard depuis Caracalla, par des villes comme Smyrne (celle-ci peut-être dès Commode), Sardes, Pergame (qui perdit ce titre sous l'empereur Macrin), Synnada, Lampsaque et Cyzique, peut-être aussi Halicarnasse et Magnésie. CF. Marqlardt, Rom. "staatsverwaltung , I, p. 343 sqq., où à côté, des citations indispensables à l'appui, on trouve des détails sur les vicissitudes de ces titres, sur la fête célébrée constamment lors de la réunion de la diète provinciale d'Asie et les réminiscences persistantes du culte des empereurs dans cette province, comme aussi sur l'ordre de préséance des villes d'Asie dans le cortège solennel par lequel s'ouvraient les jeux célébrés à l'occasion de la réunion de cette assemblée, Mommsen, Rom. Gesch., V, p. 303 sqq. 318 sqq.

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