NOUVELLES CONSTRUCTIONS A ATHÈNES
Goths de l'année 267. En effet, un inconnu avait fait construire un fort au pied de la pente occidentale de la colline de l'Acropole, le long de laquelle montait une sorte d'escalier et qui jusque-là n'avait pas été comprise dans Tenceinte de la défense ^ Plus loin, un certain Flavius Septimius Marcellinus avait construit une porte fortifiée entre ce fort et le bastion de Niké (TCupyoç), qui dominait la montée à la citadelle et formait la terminaison du rempart méridional appelé mur de Cimon ^ Si ces ouvrages n'ont pas été exécutés sous l'empire de la terreur des Hellènes devant les invasions gothiques après le règne de l'empereur Philippe, ils furent certainement d'un grand prix pour les Athéniens lorsque, sous Yalérien et Gallien, on se mit de nouveau en mesure de défendre le pays hellénique contre les redoutables guerriers du Nord germanique.
Tandis que le développement architectonique ^ de la ville était réellement arrivé à son terme, l'Université d'Athènes continuait d'être en pleine prospérité; sauf, sans aucun doute, que, comme toutes les institutions de cet ordre chez toutes les nations et dans tous les temps, elle avait été tour à tour plus ou
*) Cf. apropos de ce çpouoiov notamment Bursian, dans les Berichte ûher die Verhandlungen der K. Sàchsischen Gesellschaft der Wissenschaften ; Philolog.-histor. Klasse, IX (1860), p. 214 sqq., puis dans Pauly, il. E.,P, 2, p. 198-4 et Géographie von Griechenland, I, p. 306, ainsi que Lebas, J?zsc. gr. et lat., I, n" 19. Curtius, op. cit., p. 37. Wachsmuth, Die Stadt Athen, p. 703 sqq. (Pour compléter ce que nous avons dit [tome II, p, 414, 2] des bons rapports des Athéniens avec Commode, cf. Bursian dans les Ber. d- S. G. d. W. p. 215 sqq.)
*) Cf. Bursian, loc. cit. et voyez Bockh, G.I. Gr., I, n° 521. Wachsmuth, op. cit., p. 704.
3) D'autres constructions nouvelles en Grèce sont encore plus difficiles à placer à leur date ; la restauration du port de Léchaeon près de Corinthe par le proconsul Flavius Hermogenes (Bursian, Geogr. Griechenl., II, 1, p. 19), si on ne veut pas la rapporter au temps de Constance II, appartiendrait plutôt peut-être au ii^ siècle et se rattacherait à l'œuvre de restauration des grandes constructions d'utilité publique en Grèce, œuvre à laquelle Hadrien et Hérode Atticos avaient donné le branle. C'est par conjecture seulement qu'on pourrait placer dans le m® siècle la réparation soit de l'ensemble des portes, soit simplement (ce qui est plus vraisemblable d'après Bursian, op. cit., I, p. 166) d'un morceau de sculpture dans une niche pratiquée dans la porte septentrionale de Messène (sur la route conduisant à Megalopolis), réparation que l'inscription (dans Bôckh, C. I. Gr.y I, n° 1460) attribue au Grec romanisé Q. Plotius Euphemion. Curtius, Peloponnesos, II, p. 141.
l'université d' ATHÈNES 75
moins fréquentée. Dans le m" siècle, où Philostrale, cet écrivain si précieux malgré toutes ses faiblesses, ne nous abandonne que trop tôt, nous ne voyons pas d'abord parmi les professeurs et les étudiants de figures aussi frappantes que celles que nous avons trouvées jusque-là. Il semble malgré cela que les philosophes et les sophistes^ en enseignant à Athènes depuis l'avènement et la chute des empereurs africains, continuèrent à marcher pour le bien et le mal dans les voies de leurs prédécesseurs et ne cessèrent pas, grâce à l'inépuisable force d'attraction de la ville d'Athènes, d'attirer, autant que la situation générale et sociale de l'empire le permettait, des auditeurs nombreux et de marque de toutes les parties du monde romain, sans même parler de cet étrange et problématique iEthicos Ister. Si dans le même temps nous ne trouvons dans les autres parties de la Grèce qu'un successeur isolé de Plutarque, le philosophe Théopompe que l'on nous montre enseignant à Chéronée au temps de Plotin et de l'empereur Philippe \ il n'en est pas moins vrai que Ton peut encore compter à Athènes, depuis la fin du n^ siècle jusqu'au temps des Goths, une imposante série de professeurs notables de rhétorique, sophistique, et de savants philosophes , dont la sereine activité nous produit, il faut le dire, une impression pénible en face des noirs et sinistres orages qui montent à l'horizon du côté du nord sans que le joyeux petit peuple des Cécropides s'en aperçoive.
Le développement de l'histoire politique nous a montré que jusqu'à Alexandre Sévère les empereurs romains eurent toujours assez de loisir, de bonne volonté et de moyens pécuniaires pour protéger aussi l'Université d'Athènes avec la générosité qu'avaient montrée les premiers Antonins. La science moderne croit du moins devoir admettre que, jusqu'à la mort d'Alexandre Sévère, les traitements impériaux furent payés aux professeurs de l'Université, peut-être quelquefois
*) Syncell., Chronogr., I, p. 682. (P. p. 362 6.) — Notons encore la bibliothèque de Patree mentionnée dans Gell., IV. A., XVIII, 9, 5, et rappelons que Friedlànder {Barstellungen, HT, p. 470 sqq.) place le voyage d'Aulu-Gelle en Grèce et à Athènes et son séjour dans cette ville entre les années 160 et 165 Le même auteur (p. 473) met la mort de Peregrines Proteus en 165.
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avec des diminutions nécessitées par les circonstances ^ Mais après le meurtre de cet Alexandre, comme nous l'avons montré, la situation de l'empire devint si désolante : le règne sanglant du brutal Maximin, la guerre civile qui précipita cet empereur, la tournure que prirent les événements après la mort de Gordien 111, la détresse monétaire et financière que nous aurons à décrire plus bas, les horreurs de la peste, des guerres contre les Goths et les Perses, dont nous donnerons le récit, celles des empereurs provinciaux, exercèrent une influence si effrayante; le manque d'argent dons les caisses publiques devint si terrible, que nous avons de la peine à admettre que le fisc impérial, dans cette époque de grossiers chefs militaires ou de généraux couronnés condamnés à la plus rigoureuse économie, fût disposé, même s'il l'avait pu, à envoyer régulièrement à Athènes les sommes nécessaires. Il est possible que les paiements n'aient été arrêtés que de fait et que de temps à autre on soit revenu à la bonne et vieille pratique; mais, sans parler de l'effrayante dépréciation delà misérable monnaie fiduciaire de cette époque et du caractère trompeur de ces paiements, il est probable que ce ne fut que le rétablissement de Tordre et de la paix dans l'empire depuis Dioclétien et Constantin qui permit au fisc de recommencer à payer d'une manière fixe les professeurs d'Athènes comme les autres ^ Il est évident que dans ces conditions déplorables, qui ne firent que s'aggraver pendant les quarante années qui suivirent la mort d'Alexandre Sévère, la prospérité de l'Université d'Athènes fut gravement atteinte. Il est vrai que,
')Les détails dans C. G. Zumpt, Ueber den Bestand der philosophischen Schulen in Athen, p. 31. Ellissen, p. 101. Bernhardy, Gesch. d. griech. Litteratur, P, p. 592. Le traitement impérial d'un professeur à Athènes, fixé par Marc-Aurèle, montait annuellement à 10,000 draciimes ou deniers (ou francs), tandis que la chaire de sophistique rétribuée par la ville d'Athènes jouissait d'une dotation de un talent ou 6.000 drachmes (deniers ou francs); voy. Philostrat., Vit. Sophist., II, 2, p. 566 ; H, 1 fin. p. 591 ; 20, 1 init. p. 601. Cf. ZuMPT, p. 16 et 24 sqq. Ellissen, loc. cit. et p. 102. Bernhardy, p. 591 sqq.
*) C'est ainsi, croyons-nous, qu'on peut concilier sans forcer les choses les opinions contradictoires de Zumpt, op. cit. p. 31 sq. et de C. Fr. Weber, Commentation, de academ, litterar. Athen., p. 19. (Voy., du reste, ciaprès).
L UMVKRSITE D ATHENKS i /
maigre la suppression temporaire des subventions fiscales, les anciennes ressources subsistaient dans cette haute école qui avait sans doute continué de fonctionner, en principe, avec l'organisation extérieure établie pa'r Marc-Aurèle et Hérode Atticos; les philosophes bénéficiaient toujours des anciennes fondations universitaires, et la ville d'Athènes continuait ellemême de veiller à la conservation au moins d'une des chaires officielles de sophistique (peut-être de toutes les deux). En effet, les Athéniens, par respect pour leur gloire littéraire remontant jusqu'à Périclès, par égard aussi pour les avantages matériels qu'en tiraient de nombreux citoyens, ne pouvaient pas laisser dépérir leur Université. Il faut ajouter à tout cela naturellement les honoraires payés par les étudiants \ Seulement il était inévitable que la difficulté croissante de la vie, la diminution des chances d'avancement à Athènes et la décroissance du nombre des étudiants, inévitable dans la mauvaise situation de la plupart des provinces de l'empire, rendissent pour longtemps le recrutement académique de plus en plus faible.
Pourtant, comme nous l'avons dit, le fonctionnement extérieur de l'institution devait être resté le même que dans le temps des premiers Antonins (cf. tome II, p. 409 et 413 sqq.); les empereurs semblent s'être réservé longtemps la nomination à la chaire impériale de sophis tique^ objet de tant d'ambitions ardentes; Fhistoire de l'empereur Caracalla nous a
') Cf. aussi ZuMPT, op. cit. p. 30 et 32. Bernhardy, Grundriss der Griech. Litteraturgesch. P, p. 592. (Dans les quatre anciennes grandes écoles de philosophes à Athènes, depuis leur fondation du temps de Platon, d'Aristote, de Zenon et d'Épicure, la fonction de chef reconnu de chacune d'elles, de « scholarque », s'était transmise le plus souvent par nomination émanant du prédécesseur, parfois aussi en vertu d'un vote auquel ce dernier avait convié les membres de l'école, mais toujours à celui que l'opinion désignait comme le successeur ou « diadoque » le plus digne. Le local de l'école se transmettait, chez les péripatéticiens, les académiciens et les épicuriens, par une sorte de fidéi-commis; le local, les biens-fonds qui en dépendaient et d'autres fondations considérables que dans le cours des temps des amis et bienfaiteurs de la science léguaient à ces écoles, étaient administrés par le scholarque, auquel les autres philosophes servaient de sous-maîtres, à moins qu'ils ne préférassent fonder des écoles particulières; c'est parmi ces philosophes que, depuis Marc-Aurèle, furent élus les professeurs jouissant d'un traitement payé par le fisc impérial. Cf. Zumpt, p. 6-14. Ellissen, p. 99).
78 LE c[:rateur de l'université
appris quelles intrigues étaient quelquefois mises en œuvre, même à Rome, pour obtenir cette position qui était si considérable aux yeux des rhéteurs grecs. Car une fois qu'ils étaient nommés professeurs impériaux de sophistique à Athènes, ils ne jouissaient pas seulement d'un traitement considérable et du privilège inestimable de l'atélie (p. 16 sqq.)*, mais ils étaient sur la voie qui pouvait les conduire facilement à de hautes fonctions au service de l'empereur, ou du moins à la chaire de Rome la capitale. Il n'est pas possible de savoir au juste si depuis la mort d'Hérode Atticos on continuait de nommer de Rome de nouveaux curateurs pour la nomination aux chaires de philosophie, ou bien si ces fonctions curatoriales étaient confiées par exemple à l'Aréopage athénien ou au Conseil (la (^suat^) ^ Si c'est notre dernière hypothèse qui
') Ce point est traité tout spécialement chez Weber, op. cit. p. 22 sqq. Les principales immunités dont jouissaient les professeurs étaient la dispense des lourdes charges de l'État ou des communes, à moins qu'ils ne voulussent les supporter volontairement. Ainsi notamment les gênantes et coûteuses liturgies (gymnasiarchie, police des marchés ou édilité, sacerdoces, ambassades), le logement des troupes (si onéreux dans un temps où il en passait fréquemment), les tutelles, le service militaire en cas de levée, les fonctions de jurés, etc., toutes charges dont les professeurs devaient être exonérés. Vespasien déjà avait commencé à les favoriser de la sorte (cf. Dig., L, 4, 18, .§ 30. CoD. Theodos., XIII, 3, 16) ; Trajan, Hadrien, Antonin le Pieux avaient réduit ces privilèges en svstème (Dig. XXVII, 1, 6. Herein. Modestin. in Dig., XXVII, 1, 6, 8 et l', 6, 1. Dig., L, 5, 8, 4. Cod. Just., X, 52, 4. Pin- LOSTRAT., Vit. Sophist., II, 10, 4, p. 589. I, 8, 2, p. 490. Cf. ci-dessus, p. 18,1, et E. KuHN, Bie stâdtische und hilrgerliche Verfassiing des rôinischen Reiches, I, pp. 69-82. 83-122), Seulement, des empereurs aussi autocrates et aussi capricieux que Septime-Sévère et Caracalla (cf. ci-dessus p. 16 sqq.) s'étaient réservé en fait d'enlever l'atélie aux professeurs qui leur déplaisaient ; ils s'étaient efforcés aussi (Kuhn, p. 120) de resteindre l'atélie des professeurs soit à leur ville natale, s'ils y enseignaient, soit à la ville étrangère où ils étaient en fonctions. Plus tard, lors de la réorganisation de l'empire, Dioclétien (Cod. Just., Iog. cit.) et notamment Constantin le Grand sanctionnèrent à nouveau dans leur ensemble les privilèges des professeurs académiques (et médecins), et fixèrent législativement l'ancienne pratique d'après laquelle ces exemptions étaient étendues aux femmes et aux enfants des privilégiés, comme aussi aux choses et propriétés que ceux-ci possédaient dans les villes (Cod. Theod., XIII, 3, 1, 3. et Cod. Just., X, 52, 6. Kuhn, p. 118 et 122). Cf. encore Bernhardy, Gesch. d. griech. Litt., P, p. 291. Ellissen,p. 102.
-) C'est pour la curatelle aux mains de l'Aréopage que se décide Zumpt, op. cit., p. 27.28; mais il admet la possibilité que dès lors, selon l'usage