PHILOSTRATE LE JEUNE
Sévère, Maximiii et Philippe -, devenu vieillard enfin, comme nous l'avons raconté, il fut de l'entourage deLongin *, auquel appartenait encore un sophiste pl'us jeune, Maioras ouMaior, d'origine arabe \ Nicagoras, qui a vécu jusqu'au temps de Gallien, est resté surtout, dans le souvenir des savants qui suivirent, comme un historien erudite Par contre, son fils Minucianus, qui eut du temps de Gallien et plus tard un bon renom comme sophiste et écrivain rhétoricien*, et son ami Philoslrate « le Lemnien », plus jeune que lui, étaient avant tout des rhéteurs. Le dernier de ces hommes était doublement parent du biographe des sophistes. Fils de Nervianus (qui est désigné comme neveu de Flavius Philostrate ^) et d'une fille du biographe, le plus jeune Philostrate est né en 192 après J.-G. et fut élevé pour la profession de rhéteur, comme on le faisait de son temps et dans toute sa famille. Outre les lerons de son grand-père, il reçut encore (mais pas à Athènes) celles d'Hippodromos de Larissa, dont il devint le favori préféré. Le jeune homme avait un talent si distingué pour l'improvisation, qu'à 22 ans, lorsqu'il visita avec Hippodromes les jeux Olympiques de la 248' olympiade (213 après J.-G.), il osa exhiber son art devant les Grecs assemblés. Quant à Hippodromos, l'assemblée ayant voulu l'entendre immédiatement après pour comparer, il eut l'attention de choisir un autre jour de la même fête, pour ne pas éclipser son favori ^ Grâce
1) Sur Nicagoras, voy. Philostrat., II, 27, 6, p. 620 et 33, 4, p. 628. Suidas, s. v. p. 2592 ci. Porphyr. dans Euseb. Praepar. Evangel., X, 3, p. 46'i a, 467 d. Cf. Himer., (éd. Wernsdorf.) Eclog., VII, 4, p. 167, et Oraf., XXIII, 21, p. 803. Clinton, I, p. 263 et 277. Ellissen, p. H5. 118.
2) Suidas, s. v. et Euseb., loc. cit. Clinton, p. 263.
3) Cf. Suidas, s, v. C. Muller, Fragm. Histor, Grsec, III, p. 662. (Ellissen, p. 115, voudrait confondre avec Nicagoras un philosophe du nom de Nicator, qui, d'après Syncell., Chron., I, p, 682 [P. p. 362, 6] florissait à Athènes au temps de l'empereur Philippe).
*) Suidas, s. v. et Himer., loc. cit. Clinton, p. 277.
^) Suidas, s. v, d'après la leçon de Kayser à la page II de son Fruœmium à l'édition de Philostrate.
^•) Pour l'année de sa naissance, voy. Clinton, p. 189 et 225. Le pUis jeune Philostrate, dans ia préface à son écrit elxôve:, (Kayser, p. 5 [p. 861]) dit lui-même que Flavius Philostrate fut son grand-père maternel : d'après Suidas, s. v., ce dernier aurait été (à Athènes) le maître de Philostrate le jeune ; d'après Puil03trat., Vit. SopAis^., H, 27, 3 (\n. p. 617, ce
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à la faveur dont jouissait alors son grand-père à la cour impériale, le jeune rhéteur, âgé de 24 ans, fut admis dans l'été de 215, probablement à Athènes, à prononcer devant Caracalla un discours scolaire. Le succès fut tel que le capricieux empereur conféra au jeune professeur, qui avait sans doule déjà le droit d'enseigner à Athènes, ce même droit d'atélie que trois ans auparavant il avait retiré à Philiscos \ C'est pourtant le seul avantage qu'il retira de sa faveur à la cour. Car lorsque plus tard le jeune savant fit une visite à son grand-père à Rome, probablement en 222 après J.-C, date delà mort d'Élalagabal, il eut la témérité d'ouvrir une polémique contre le puissant sophiste Aspasios deRavenne, professeur d'un grand talent à Rome, qui avait étudié à Athènes sous Pausanias et Hippodromos, mai» qui avait été récemment nommé chef de la chancellerie grecque par Alexandre Sévère. Il attaqua vivement la manière dont le rhéteur rédigeait les décrets impériaux et les autres publications. Des rapporteurs mal intentionnés, comme le professeur Cassianus, attisèrent le feu. C'est ainsi que Philostrate se vitfermer la voie qui aurait pu le conduire aux bonnes grâces de l'éminent empereur et qu'il dut se borner, comme sophiste athénien, aux succès que lui procura son talent aussi distingué pour l'éloquence judiciaire et académique que pour l'improvisation et l'art d'écrire ■\ Fitil comme virtuose d'aussi grands voyages que ceux qu'avait faits autrefois son grand-père dans la suite de l'empereur ^ ? Nous l'ignorons. Il semble pourtant avoir vécu jusque vers la fin des guerres gothiques*. Avec lui se termine momentané-
fut Hippodromos. Si (ce que je regarde encore comme possible, mais peu vraisemblable) Hippodromos n'a été professeur à Athènes qu'après Héraclide (p. 95 sq.),c'esL-à-dire entre 200 et 2U ap. J.-C, il est vraisemblable que le jeune Philostrate a étudié sous lui à Larissa, Phihscos a été dans tous les cas professeur à Athènes au|lemps de l'olympiade indiquée dans le texte (voy. Clinton, p. 221. 225). Cf. plus haut, Lome II, p. 425 et 477. ') Philostrat., II, 30 s. f. p. 623. Clinton, p. 225.
2) Cf. Philostrat., II, 31, 2, p. 624. sqq. et tout le 33 ; voy. Clinton, p. 225. 235 et 245.
3) Philostrat., Vit Apollon. Tyan., VIII, 31 fin.
*) D'après Syncell., p. 384 d. (P), qui le cite comme historien, et qui le confond par conséquent sans doute as^ec son grand-père, Philostrate aurait encore vécu du temps d'Aurélien. D'après Suidas, s. v. il est mort et a été enseveli à Lemnos.
ment la série des savants d'Atliënes que nous avions à caractériser ici.
La grande majorité des sophistes cFAthènes au m" siècle appartenait, comme nous l'avons vu, soit à Athènes même, soit aux contrées de la côte orientale de la mer Méditerranée imprégnées jusqu'à un certain point de l'esprit grec. C'est une suite de types bien différents qui se déroule sous nos yeux dans les peintures de Philostrate. Mais, malgré les différences individuelles, il y a quelques traits généraux, communs à tous ces personnages, qui donnent à la physionomie de la vie universitaire à Athènes , depuis le temps du grand Hérode jusqu'à l'époque agitée et guerrière de Dexippe, un caractère uniforme qui se retrouve presquïnvariablement dans ce tableau si mouvant et si varié. En ne prenant la question que par un côté tout extérieur, on ne peut s'empêcher de remarquer que le métier de sophiste devait être très favorable à la santé. Même dans un pays comme la Grèce, où l'on trouve encore aujourd'hui relativement plus d'hommes arrivés à une vieillesse avancée que dans toutes les autres parties de l'Europe, on est surpris de voir que, parmi ces sophistes, un petit nombre seulement ont fini leur existence avant soixante ans, et que la plupart sont morts septuagénaires ou octogénaires avancés, quelques-uns même aux extrêmes limites de la vie humaine. De plus, en restant toujours dans le même ordre d'idées, nous constatons que la physionomie extérieure de ces professeurs a contribué bien plus que celle des philosophes, pendant plusieurs siècles, à donner une vive couleur au tableau varié de la vie nationale d'Athènes. Cette physionomie, chez les philosophes, en dépit de l'exagération de leur orgueil intellectuel, a été en général constamment grave ; des manteaux de couleur foncée, de longues barbes, d'énormes bâtons, une majesté solennelle, tout cela faisait en sorte partie du costume philosophique. Au milieu d'eux nous voyons s'agiter les sophistes : en général, ce sont des hommes de famille distinguée, souvent fort riches : leur situation personnelle, le caractère même de leur art qui, malgré la solidité de leur science et le sérieux de leur laborieuse préparation, dégénérait néanmoins facilement en pathos prétentieux, en manifestations bruyantes,
en altitudes guindées et théâtrales, leurs lauriers conquis presque comme ceux des comédiens, tout donnait à leur carrière un éclat extérieur que n'avaient pas connu les anciens savants grecs, qui avaient vécu dans une atmosphère tout à fait différente. Les manteaux d'un rouge éclatant, les équipages plus ou moins luxeux, attelés de chevaux ou de mulets de prix, les belles villas qu'exhibaient les professeurs les plus célèbres, ou du moins les plus goûtés et les plus notables : les triomphes oratoires des sophistes à Delphes et à Olympic, la manière dont ils paraissaient comme agonothètes dans les grandes fêtes locales ou dans les fêtes nationales de toute la Grèce, tout cela était l'objet toujours nouveau de l'intérêt des citoyens d'Athènes dans ce temps et dans les temps suivants. Ajoutez à cela les bizarreries de tel ou tel de ces savants personnages, et la chronique, souvent très piquante, de leurs bonnes fortunes et de leurs affaires de famille. Ce n'est qu'au iv" siècle que les citoyens prirent part aussi, avec une ardeur extrême, aux antipathies et différends d'un caractère plus intellectuel qui divisaient les grands professeurs de leur Université rayonnant alors d'un éclat nouveau. Mais il est probable que dès le ne et le m^ siècle, notamment lors de la décadence de la profession de philosophe qui précéda l'avènement de la dogmatique néo-platonicienne à Athènes,^ les querelles littéraires et personnelles des professeurs , comme aussi les intrigues à propos de chaque nomination nouvelle aux chaires municipales et surtout à la chaire impériale, excitèrent l'intérêt au plus haut point.
Comme la sophistique, quoique reposant sur une base scientifique sûre, était devenue véritablement un art dans ses productions les plus acclamées par la majorité du public, les rivalités qui naissaient entre les grands et les petits adeptes de la rhétorique d'apparat prirent le plus communément le caractère de querelles, comme les a toujours aimées et aime encore le petit monde si ardent et si irritable des artistes exécutants. Comme il ne pouvait pas être question d'opposition entre de profondes convictions scientifiques, morales ou dogmatiques; comme il s'agissait la plupart du temps de simples différends esthétiques, techniques ou philologiques, et quemême souvent
la vanité si chère aux sophistes était le dessous des cartes dans ce genre de conflits, ces rivalités prirent très vite un caractère tout personnel et se traîrfèrent souvent pendant de longues années avec une extrême ténacité. L'hostilité ne se traduisait pas immédiatement en lourdes grossièretés, comme, par exemple, dans les universités allemandes des derniers siècles. Elle porte plutôt en général, la marque de personnalités piquantes et malicieuses : la guerre se fait à coups de plume ou avec les étudiants comme auxiliaires, mais elle a souvent, en passant par Rome, sur la carrière des antagonistes une influence sensible. 11 n'arriva que fort rarement que de telles polémiques eurent , sur le talent des rivaux , une influence heureuse en l'excitant ou en l'aiguisant, comme ce fut le cas chez Aspasios et le dernier Philostrate * ; il n'était pas moins rare non plus qu'un sophiste, attaqué d'une manière haineuse, sût se maintenir dans sa réponse dans les limites d'une attitude chevaleresque. On n'imita que rarement, dans ce cas, la supériorité et la dignité d'un Hippodromos^; en général, la douceur et l'urbanité dont on fait honneur à plus d'un rhéteur ne se soutenaient pas aisément^ Il n'arrivait pas toujours que la raillerie malicieuse ou le perfide enlacement de l'adversaire s'exerçassent uniquement dans l'enceinte de la salle de cours, comme ce fut le cas entre Hérode et Philagros, ou dans la guerre de méchancetés aussi brutales que piquantes de Ptolémée de Naucratis contre Héraclide *. Souvent aussi ces rivalités devaient être la suite des intrigues par lesquelles un rhéteur avait enlevé à un autre une des chaires d'Athènes. Il en résulta qu'à Athènes les sophistes ne vécurent jamais dans une véritable confraternité professionnelle : ce qui était la règle, c'étaient des amitiés très intimes , plus souvent des hostilités ardentes. Quant à ces rapports académiques qui, sans qu'il y ait forcément de rapports personnels, réunissent de nombreux savants, quelle que soit leur spécialité, en une idéale universitas litterarum, ni
., VU. Sophist., II, 33, 2, p. 628.
., II, 27, 3; cf. 10, 3, p. 588.
. 600, et 26, 5, p. 615.
i) Philostrat., Vit. Sophist., II, 33, 2, p. 628. 2) Philostrat., II, 27, 3; cf. 10, 3, p. 588. ') Philostrat., II, 8, 1 et 2 ; cf. 21 et 27, 3 et 19, p J *) Philostrat., II, 8, 2, et 26, 5, p. 615.
dans ce siècle ni dans les suivants les professeurs athéniens n'en eurent la moindre idée.
Par contre, même pendant ce terne troisième siècle, beaucoup de sophistes à Athènes, comme notamment aussi à Smyrne, étaient restés en rapports actifs avec leurs cités. Des personnages aussi avares que Philiscos étaient encore rares à cette époque. De tout ce qui précède, on peut conclure aisément que, rien que par l'art quils exerçaient, les sophistes devaient être, même à Athènes, des personnages de la plus haute importance. Différentes notices nous montrent partout aussi que le temps d'Hérode Atticos était bien passé, mais que néanmoins les sophistes n'étaient pas moins disposés à acquérir à Athènes le droit de cité poHtique et à accepter d'importantes fonctions politiques et sacerdotales ou des entreprises spéciales au compte delà ville. Cette situation dura en effet aussi longtemps que le poids écrasant de la iiscalité romaine, notamment au IV* siècle, n'eut pas rendu absolument impossible de se charger de fonctions communales, particulièrement du décurionat. Pour la période qui commence avec Septime-Sévère, nous trouvons, du temps de ce même empereur, le souple et adroit professeur Apollonios, qui aimait à rendre service à la ville dans des missions importantes que facilitait Tbabileté de son éloquence et de sa diplomatie. Aussi a-t-il occupé les fonctions (p. 77 sq.) de premier archonte et de stratège, et exercé avec une dignité peu commune jusque dans une vieillesse avancée (il mourut à 75 ans) la charge de hiérophante dans le temple de Démêler à Eleusis K Quant à Nicagoras, qui paraît avoir aussi accepté une mission auprès de l'empereur Philippe , il exerça avec beaucoup de distinction les fonctions de héraut du sanctuaire d'Eleusis ^ Nous allons voir bientôt comment Dexippe se distingua aussi bien comme délégué à de hautes fonctions municipales que comme intrépide chef d'armée.
Le tableau de l'Université athénienne de ce temps, forcément incomplet, puisque tant de questions intéressantes res-
*) Philostiut., Vit. Sophist., II, 20, 1 et 2, p. 601. *) Suidas, s. v. et Philostrat., II, 33, 4 fin., p. 628.
tent sans réponse, faute de documents, ne peut être esquissé on traits quelque peu exacts que pour ce qui concerne les professeurs. Car, pour ce qui est dés étudiants d'alors, nous n'avons que des indications peu nombreuses. Tandis que nous possédons des renseignements suffisants sur le corps des étudiants du iv° siècle, on ne nous a laissé qu'un petit nombre de traits précis sur la période ancienne de la vie d'étudiant à Athènes; nous sommes réduits, notamment pour le lu^ siècle, à de simples hypothèses. Nos renseignements suffisent néanmoins pour nous autoriser à affirmer que plusieurs des particularités qui caractérisent la vie d'étudiant au iv® siècle ne se sont dessinées d'une manière plus décidée que depuis le temps d^flérode Atticos. Nous manquons absolument d'indications sur la force numérique des étudiants d'Athènes dans le ii^ siècle et le iii^ Nous pouvons pourtant regarder peut-être comme certain que, même au moment de la première et éclatante floraison sous les Antonins et immédiatement après, le nombre de 2.000 étudiants qui fréquentaient, du temps de Théophraste, les écoles athéniennes de philosophie n'a pas été atteint de nouveau. Alexandrie, Massilia depuis longtemps, l'Athénée de Rome depuis Hadrien, Smyrne depuis l'épanouissement de la sophistique moderne, étaient des concurrences dangereuses pour la ville de Périclès. Mais notamment la détresse croissante de la société du m'' siècle doit avoir eu pour longtemps, en dépit de tout l'attrait de la sophistique^ un effet désastreux sur la prospérité d'Athènes. Pour ce qui regarde la nationalité des étudiants, on peut dire qu'au il'' et au ni° siècles Télément grec était tout à fait prépondérant. Le plus fort contingent venait évidemment des anciens pays grecs qui entouraient la mer Egée. Ajoutons à cela la grande masse des fils de familles cultivées qui représentaient la population hellénistique des pays orientaux situés autour du golfe le plus oriental de la Méditerranée : l'Egypte, l'Arabie Pétrée, la Palestine, la Phénicie, la Syrie, la Cilicie et la Lycie. N'oublions pas les nombreux étudiants qui venaient d'un lointain pays, le Pont. Quant aux provinces romanes, le fort courant d'étudiants italiques qui affluaient autrefois à Athènes^ par exemple, au dernier siècle de la République, avait manifeste-
ment diminué en ce moment. L'Occident éloigné et les pays intérieurs de l'Orient n'envoyaient jamais à Athènes que des étudiants isolés. Néanmoins la gloire dont se vantait Athènes, de réunir dans son Université des étudiants de toutes les parties du monde ', n'avait pas encore perdu tout fondement. Si tout ne nous trompe pas, la principale différence entre les étudiants de ce temps et ceux du iv° siècle consiste en ce que les premiers étaient en majorité de jeunes hommes d'un âge déjà mùr suivant notamment les cours des sophistes. Sans doute, on trouvait dès lors dans les salles de cours de l'Université d'Athènes d'assez nombreux étudiants plus jeunes accompagnés de leurs pédagogues; et les plus âgés ne manquaient pas de poursuivre les novices de railleries et de taquineries, même dans les salles de cours, lorsque les professeurs n'avaient pas l'art d'empêcher ces brimades par leur intervention délicate ^ Mais en général, ce qui dominait, c'étaient les étudiants mûrs : c'est cette circonstatice qui donna ce qu'on peut appeler le « ton académique » de cette époque. Les rapports des professeurs et des étudiants étaient libres et affectueux : on ne connaissait pas encore la discipline scolaire duiv^ siècle ni la dépendance des étudiants qui formèrent plus tard comme le clan ou le cortège du professeur. Le soufflet par lequel l'irritable Philagros réveilla un étudiant qui s'était endormi pendant sa leçon est un fait sans exemple dans les anciennes annales de l'Université d'Athènes \ L'intérêt bienveillant que prenaient les professeurs à l'éducation et aux progrès de leurs auditeurs, était la règle*, et le maître devenait souvent l'ami aîné de l'étudiante Le dangereux exclusivisme n'était pas encore devenu la règle, cet exclusivisme d'après lequel plus tard des groupes nombreux d'étudiants s'attachaient pendant des années à un seul professeur, et on ne connaissait pas encore ces associations fermées dont les
*) PiiiLOSTRAT., Apollon. Tytiii., VIIT, 15, p, 359, et Gell., Nod. AU., h 2,1.
*) PiiiLOSTRAT., VU. Sophist., II, 21, 3, p 60i
') Philostrat., Vit.Sojjhist., II, 8, 1, p. 578.
*) Philostrat., Vit. Sophist., U, 5, 3, p. 573 ; 8, 1 ; 10, 1 et 2 ; 21, 3, p. 604.
5) Cf. Philostrat., !I, 10, I ; 27, 3, p. 617.
terribles abus délruisirent toute liberté d'enseignement. On en voit cependant déjà les avant-coureurs. Il était naturel, nous l'admettons, que les étudiants des provinces élrang-ères aimassent à se grouper entre gens àc même pays et fréquentassent de préférence les leçons d'un compatriote. Mais nous avons des témoignages certains qui nous apprennent que dès lors les auditeurs prenaient parti, avec une ardeur et une passion toutes méridionales, pour leurs professeurs préférés. Il pouvait arriver entre autres qu'un jeune étudiant ionien proclamât naïvement, mais avec un véritable fanatisme, comme l'eût fait un agent soudoyé ou un charlatan, la gloire de son maître Héraclide*; mais messieurs les étudiants étaient tout disposés aussi à traduire violemment en actes les antipathies de leurs professeurs contre leurs rivaux. Les disciples du grand Hérode se firent volontairement les instruments de la haine de leur professeur contre Philagros^; et les élèves d'ApoUonios de Naucratis, avec Marcianus de Doliché à leur tête, chassèrent sans façon d'Athènes^ le Lycien Héraclide après son fiasco à Rome. Bien plus, un misérable, un malpropre personnage qui suivait aussi l'école des sophistes^ s'étant laissé aller par pur enthousiasme pour le professeur Chrestos aux injures les plus grossières contre le professeur Hadrien, si doux et si modéré^ mais qu'il n'aimait pas, les étudiants amis de ce dernier ne se contentèrent pas d'écouter la réplique humoristique par laquelle Hadrien expédia le nouveau Thersite : ils firent rosser le pendard par leurs domestiques à tel point, que le misérable en mourut * ! Les scènes de ce genre étaient heureusement encore fort rares à cette époque : mais elles suffisent pour montrer la voie fatale sur laquelle, à Athènes même, on allait s'égarer.
Tel était alors, d'une manière générale, le cadre tout extérieur dans lequel se présente à nous la dernière création de la vie intellectuelle de la race hellénique \ Jetons à côté de
*) Philostrat., vu. Sophist., H, 27, 3, p. 617.
2) Philostrat., II, 8, 2.
^) Philostrat., II, 26, 2, p. 613.
*) Philostrat., II, 10, 3, p. 587 sqq.
^) D'autres éléments de cette vie, les maigres traces d'aclivité dans les arts