‹ Histoire de la Grèce sous la domination des RomainsChapitre 48 sur 227 · LES ANCIENS CULTES · texte numérisé non relu

LES ANCIENS CULTES

cela encore un regard sur l'action persistante d'un des antiques ressorts de la vie intérieure des Grecs d'alors : nous voulons dire l'ancienne religion. De même que chez les Grecs de ce temps, du moins dans les classes cultivées (qu'elles eussent reçu ou non le complément de l'enseignement académique), les colonnes fondamentales de l'instruction étaient toujours encore Homère et Ménandre *, à côté desquels pourtant Hésiode, Ibycos, Alcman, Stésichore, Sapho, Archiloque, Alcée, Simonide, Pindare, Théocrite et les plus célèbres poètes alexandrins occupaient une certaine place ; de même aussi était resté inébranlable l'antique polythéisme avec tous ses accessoires, le culte aux mille formes, la superstition, l'amour du merveilleux, commun à toutes les classes, avec la nouvelle philosophie qui s'y rattachait par ses tendances allégoriques et apologétiques, et dont la principale citadelle était Athènes. En Grèce, si nous exceptons Athènes, plusieurs îles et de grandes villes maritimes comme Patrae et Corinthe, les dieux de rOlympe conservaient toujours encore l'empire, de la manière exposée en détail plus haut. A côté d'eux, d'autres divinités étrangères. Car les divinités égyptiennes, les favorites de ce temps, notamment Isis^ avaient, comme nous l'avons dit déjà, pris pied solidement dans plusieurs endroits de la Grèce. Cependant, en exceptant Corinthe, qui, en sa qualité de port très fréquenté, avait ouvert de tout temps ses portes

plastiques et scéniques, en Grèce et notamment à Athènes, pendant le premier siècle de l'ère impériale, toutes choses qui n'entraient pas dans le plan de cet ouvrage, sont étudiés dans Ellissen, p. 88 sqq. 113. Beutler, p. 43 sqq. Rhein. Mus. N. F. LXXXVII. (1863), p. 99 sqq. Die griechischeKunstgeschichte seit Untcrgang des Achàischen Bundes.

^) Cf. aussi Friedlânder, Barstellungen, III, p. 333.

^) Comme supplément au tome II, p. 269-277. 490, on peut remarquer ici que, d'après l'opinion de Koumanoudis appuyée sur les inscriptions (v. U. KôHLER, Attische Psephismen, mit Beziehung auf eine neuerdings aus Pîràus nach Athen gebrachte Inschrift von 01. 111, 4=333, dans ÏHermes,N [1871], p. 351 sqq.), le culte d'Isis était déjà introduit à Athènes vers la moitié du IV® siècle av. J.-C. Pour la Crète (Sarapis et Isis), cf. Mommsen , C. I.Lat., m, I, p. 5. n° II (du temps de Trajan). Pour Naxos, les inscriptions montrent le culte de Sarapis dès le temps du triumvir Marc-Antoine ; cf. Bogkh, G.I. Gr.y II p. 1079, n» 2416. et Bursian, Geogr. GriechenL, II, p. 494. A Orchomène en Béotie, voy. pour le culte de Sarapis, Anubis et Isis, l'inscription dans CoNZE et Michaelis, Rapporta d'un Viaggio, etc. p. 81.

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aux diviiiilés de rOriont asiatique, les figures divines venues de l'Asie paraissent n'avoir eu jusqu'ici en Grèce que peu de succès. Avec une exception toutefois : car nous sommes au temps où un dieu persan, Mitlira, avait fait son chemin à travers le monde occidental et donrïé à son culte un développement considérable. Dès l'ère des Diadoques, cet antique dieu persan de la lumière, du feu et du soleil, avait pénétré jusqu'à Théra et Athènes ^ Mais ce n'est qu'après le temps du grand Pompée que son culte avait pris une grande extension dans le monde qui est à l'ouest du Taurus cilicique ; favorisé à Rome même par Domitien, Trajan et Commode, ce culte avait été porté toujours plus loin par les légions pendant les guerres du ni° siècle après J.-C. Seulement, le Mithra panthéistique, l'invaincu, le distributeur de la victoire, le conducteur des âmes et son culte, différaient beaucoup, dans l'empire romain, de l'original persan; seulement, le paganisme en décadence,, cherchant toujours de nouvelles planches de salut, rattachait à ce culte, d'une part les pénitences et les épreuves les plus dures et les sacrifices les plus ingénieux, d'autre part des idées morales plus élevées, comme la libération progressive des âmes des liens de la nature et l'idée de l'immortalité ^ On reconnaît justement, dans l'Athènes de cetemps, les traces de ce culte, qui commençait aussi à se confondre avec celui d'Apollon ^ Le philosophe néo-platonicien Porphyre, dont l'école s'appropria aussi la croyance en Mithra et ses mystères , traita de ce culte et de ses grottes d'une manière symbolique * dans son écrit sur la grotte des Nymphes : cet écrit lui-même « se rattache à la grotte d'Ithaque, chantée par Homère dans l'Odyssée, et place dans celle-ci le foyer du symbolisme ».

Mais ce qui se montre très clairement, c'est qu'avec ce réveil de l'ancienne croyance aux dieux, avec ces tentatives

*) Cf. Preller, Ueber Oropos, dans les Leipzig. Berichten (1852), p. 186. et Rom. Mythol. 2° édit. p. 727 sq. Le culte de Milbra au moins plus tard k Thespies; cf. Eunap., Vit. Sophist, (éd. Boissonade.) p. 52.

2) Cf. J. BuRCKHARDT;, tUe Zcit Constautins d. Gi\ p. 197-207, Preller, Rom, Mythologie, 2^ édit. p. 754 à 764.

3) Cf. LuGiAN., Conviv. Deor., 9. Jupit. Trag., 8. *) Burckhardt, op. cit., p. 205 sqq. 209 sqq.

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sans cesse renouvelées^ auxquelles s'associe maintenant la dernière philosophie de Tantiquité, pour la spiritualiser, la croyance aux démons, aux esprits de toute sorted continue de prospérer; que dis-je, elle est plus prospère que jamais. Même dans la littérature, il y a plus d'un champion énergique de la vieille foi. Nous avons vu, dans le n^ siècle, le pieux Plutarque,le naïf Pausanias, Aristide, qui va presque jusqu'au fanatisme % Maxime de Tyr ^, rester attachés à la vieille croyance avec une opiniâtre énergie ; de même, dans la première moitié du ni" siècle, nous trouvons ce philosophe de cour, si souvent nommé, cet écrivain favori de la maison des empereurs africains, Flavius Philostrate l'ancien. Le premier de ses grands ouvrages, Heroïkos, s'attache partout à remettre en honneur les cultes, les cérémonies^ les sanctuaires antiques, à célébrer leur existence là où il les trouve encore, à mettre bien en lumière la force, la puissance toujours vivantes des anciens héros du monde homérique avec leurs saintes colères contre ceux qui les méprisent, eux et leur culte : et ces héros, il les voit toujours vivants comme démons au milieu des mortels. Remarquons ici en passant que, d'après Philostrate, le vieux héros en courroux, Achille (dont, du reste, le culte était toujours généralement et brillamment célébré au fond du Nord hellénique^ notamment sur la côte septentrionale do la mer Noire, à Olbia et dans beaucoup d'autres villes cotières helléniques, où on l'honorait sous le nom de « Pontarque * »), est resté absolument aussi irritable qu'aux plus beaux jours de Briséis. Du moins Philostrate n'hésite-til pas à attribuer à la colère persistante d'Achille et de Thétis une calamité fiscale qui frappa les ïhessaliens, au temps de Caracalla, pour des fraudes en matière de pourpre. Mais pourquoi Achille est -il si furieux ? Voici : Alexandre le Grand, après avoir renversé les Achéménides, guerroyant au fond de l'Inde, ne trouva plus le loisir nécessaire pour forcer

*) Frif.dlander, {Darstellungen, III, p. 706 sqq.,) a réuni une quantité d'histoires démoniaques de ce genre.

*) Cf. Friedlander, op. cit., p. 496 sqq. 599. 618 sqq. 635.

3) Friedlander, op. cit., p. 488 sqq. 707 sqq.

*) Cf. BuRCKHARDT, op. cit» p. 93 sqq. ; v. aussi Maxim. Tyr., XV, 7.Phi- LOSTRAT., Heroic. t 16 sqq., p. 745 sqq.

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