LES ORACLES
les Thessaliens à continuer les antiques sacrifices que, sur Tordre de l'oracle de Dodone, ils avaient célébrés autrefois tous les ans sur le tombeau d'Achille, sacrifices qui avaient été rétablis, après une longue orhission, lors du départ d'Alexandre pour la Perse : les Thessaliens laissèrent donc ce culte tomber en désuétude. C'est en vain que le héros, irrité, les avertit par toutes sortes de signes terribles ; c'est en vain qu'il les rappela, par l'organe d'Apollonios de Tyane, h l'accomplissement de leur devoir. Eh bien ! ce peuple impie avait reçu sa punition par la main de l'empereur Caracalla luimême !* Et pourtant, la biographie d'Apollonios devait être une idéalisation de l'ancienne religion et de ses cérémonies par un enthousiaste néo-pythagoricien, c'est-à-dire une lutte spiritualiste contre les forces intérieures qui étaient en train de détruire la vieille foi.
De même que des croyants ardents, enthousiastes, presque fanatiques, du n° siècle, notamment cet Aristide ^ dont il a été question en son temps, faisaient apparaître en personne, àÉpidaure et en d'autres lieux, des divinités comme Asclépios et les deux demi-dieux, ses fils^; de même, dans ce temps, les anciens héros apparaissaient de temps en temps en personne aux croyants et rendaient à qui mieux mieux, avec de nouveaux saints du paganisme, des oracles à leurs fidèles. Entre autres, à Alexandrie en Troade, un proconsul romain divinisé, le héros Neryllinus, avait pris rang parmi les innombrables patrons locaux, en rendant des oracles et en guérissant des malades*. Et le livre déjà nommé de Philostrate, VHeroïkos, est au fond un panégyrique enflammé en l'honneur de Protesilaos, l'antique héros demi-mythique de l'histoire antérieure à la guerre de Troie qui (comme d'autres héros dans la plaine de Troie) résidait dans la Ghersonnèse de Thrace, et dont l'oracle était activement consulté près d'Eléonte, juste-
') Philostrat., Heroic, XIX, 14-16, p. 741-745, et Apollon. Tyan., IV, H, et notamment 16 et 23 init. (sur le culte démoniaque d'Achille, voy. encore BuRCKHARDT, p. 230; cf. Maxim. Tyr., Or. IX, et, pour la colère éternelle d'Achille contre Troie, Philostrat., Heroic. , XIX, 18, p. 749,
-) Frieplander, III, p. 497. 540.
3) Cf, Aristid , (éd. DindorP, I) Or. Vil, p. 78, et Or. VI, p. 68).
*) Friedlânder, III, p. 541.