LES ORACLES
ment à l'époque de l'écrivain. Aussi l'athlèle .Elix ou Helix, dont nous avons parlé, avait consulté, selon l'usag-e de son siècle, le vieux héros pour savoir comment il pourrait réussir à remporter la double victoire si désirée aux jeux d'Olympie \ C'est ainsi que, sur ce point du monde hellénique, le culte des anciens héros se combinait avec l'exploitation pratique de la consultation des oracles. Mais plus florissant encore était, dans ce temps, l'oracle d'Apollon Pythien à Delphes. Nous avons justement pour cette époque ^ à citer encore quelques cas où cet oracle a été consulté. Absolument comme iElix avait consulté Protesilaos, le prince arménien Dertad consulta d'abord Apollon avant de concourir à Olympic pour le prix des athlètes et des conducteurs de chars ^ Nous sommes ramenés au souvenir des temps de Lycurgue, de Solon, de Socrate, quand nous trouvons dans des temps très postérieurs, d'après un renseignement égaré et perdu, que, du temps du sauvage empereur Maximin, cet oracle, à propos de Thémistocle, — un philosophe stoïcien qui n'avait pas été sans renommée dans son temps, — le recommanda à ses contemporains comme un homme « bon et bienheureux », qui était « aimé et estimé des dieux bienheureux ! '* » Mais ce qui nous paraît tout à fait fantastique, c'est lorsqu'on l'année 270, le philosophe néo-platonicien Amelius, ce savant étrusque que nous avons déjà nommé, demanda à la Pythie, après la mort de son maître Plotin, où était allée l'âme de Plotin ! ^ Mais la
*) Gomme héros continuant de vivre, Philostrate {Heroic, iiiit., 2, p. 663, en général, II, 9, p. 681) nomme encore en particulier Rhesos (II, 8, p. 680 sq.), Ajax (9, p. 681 sq.), Hector (9sq. p. 682 sqq.), Palamède (11, p. 684 sqq.) avec un sanctuaire et un culte sur la côte de TÉolide, en face de Mèthymne (X, 11, p. 716), etc. Cf. Maxim. Tyr., XV, 7. Sur l'oracle de Protésilas, voy. Philostrat., Heroic, notamment II, 6-8, p. 677 à 680.
2) L'émission d'oracles delphiques au temps des Antonins et au in° siècle est généralement (cf. tom. Il, p. 416,2) certifiée par Lucian., Jup. Trag,, 30, Pseudom., 23; Maxim Tyr., Diss. I, p. 9, 26 (p. 264 éd. Davis); Origen.» Cels., VII, 3 (p. 695 6. éd. Delarue) et Jo. Chrysost. dans Ep. ad. Corinth., I., homil XXIX, cap. 1, p. 260.
3) Moïse de Ghohène, Histoire (t Arménie (éd. et trad, par Le Vaillant de Florival), II, 79.
*) Cf. Syncell. (vol. I, éd. Bonn.), Chronogr., p. 681 (v. 287, fin. P. 361 6), et voy. Zumpt, op. cit., p. 85.
^) Porphyr., Vi^. Plotin., 22 (p. 115, 30 Westerm., et voy. encore G. Wolff, De ultima oracalorum aetate, p. 7 sqq.
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réponse poétique en cinquante et un vers, conservée par Porphyre, que l'oracle doit avoir donnée, à savoir que l'âme de Plotin était allée auprès des génies, chez Platon et Pylliagore, est regardée par la critique moderne comme Tceuvre d'Amelius lui-même.
Ailleurs encore, les oracles grecs, comme celui d'Apollon à Didyme, celui du même dieu à Claros et celui de Trophonios à Lébadée \ étaient encore ou étaient redevenus florissants, et, avec ou sans tours de passe-passe à la façon d'Alexandre d'Abonotichos, leurs sanctuaires étaient encombrés de visiteurs croyants qui demandaient des réponses à des questions toutes profanes ou des révélations sur l'avenir, ou encore cherchaient une protection dans le danger ou la détresse, ou la guérison de leurs maladies ou une consolation et un reconfort dans des peines de toute nature. En étudiant tous ces faits, nous sommes amenés à une autre observation encore, c*est que les bonnes relations et les faciles moyens de communication dans le grand empire^, et aussi la dispersion d'innombrables hommes de race grecque et italique de toutes les conditions sur toutes les provinces de l'empire, décidèrent peu à peu d'innombrables « Barbares » à entrer aussi en rapport avec les oracles grecs ^
Parallèlement à ce. respect persistant et à cette fréquentation des oracles, il faut observer aussi la pratique des mystères, dont nous avons appris à connaître un grand nombre
*) Cf. Wolff, loc. cit., p. 10 sq. 12 sq. 17, 19. Philostrat., Apollon. Tyan., VIII, 19. L'oracle de Trophonios était encore florissant au me siècle, mais ne semble pas avoir vécu au delà. Tertullian., De iinim., 46. Maxim. Tyr. (éd. Davis), Diss., XXVI, p. 264.
2) Cf. Friedlander, Darstellungen, III, p. 532 sqq., qui, p. 535, esquisse d'une manière vivante la vie du célèbre Artémidore d'Éphèse ou de Daldia, et expose la manière honnête mais extrêmement bizarre pour nous dont celui-ci, vers la fin du i\^ siècle ap. J.-C, a tenté de réduire l'interprétation des songes en système scientifique. L'importance que l'antiquité attachait encore aux songes au iii*^ siècle nous est attestée à chaque page des livres du temps, qui sont les sources de Phistoire politique : pour l'inflnence des songes, p. e. sur la résolution de Dion de devenir historien et sur son œuvre littéraire, cf. encore plus haut, p. 32 sq. Nous montrerons encore plus tard que les oracles par songes se rapportant (cf. Friedlander, op. cit.^ Ill, p. 537 sqq.) à la guérison des malades ont continué dans la suite sous des formes chrétiennes.