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LES JUIFS EN GRÈCE

tés en activité en donnant cours dans tout l'empire h leurs produits. Mais la détresse de Fépoque, qui commençait à atteindre son comble sous l'empereur Dèce, successeur de Philippe, entraîna aussi ces monnaies et ces hôtels provinciaux dans la ruine romaine, et ce ne fut qu'après le déluge gothique que l'on put songer à des réformes profondes en cette matière ^ Tandis que nous n'avons pas ou presque pas de renseignements particuliers sur l'influence que cette maladie chronique du ni^ siècle exerça sur la vie des Grecs européens, nous possédons heureusement quelques renseignements dispersés sur le développement progressif des nouveaux éléments religieux qui, avant de déraciner entièrement la religion antique, commencèrent d'une manière toute particulière la transformation intime de l'hellénisme. Il est probable qu'en Grèce même le judaïsme ne fit que peu de mal aux dieux de l'Olympe, et cependant, comme nous le voyons déjà du temps de Plutarque, les particularités de ce peuple et de ce culte intéressèrent vivement les Grecs qui pensaient. Cependant, dès les temps de Philon et de Caligula, les grandes et les petites communautés de Juifs et de judaïsants en Asie, en Macédoine, en Thessalie, en Étolie, en Béotie, en Attique, à Corinthe, à Argos, dans le reste du Péloponnèse, en Eubée, à Cypre et en Crète ^ s'étaient certainement fortifiées dans ce pays et y avaient poussé de nombreuses ramifications.

^) Cf. notamment Th. Mommsen, d'une part le Mémoire : Ueber den Verfall des Rômischen Mïmzwesens in der Kaiserzeit^ particulièrement p. 193 sqq., 216 sqq., 226 sqq., 229 à 262; d'autre part, le grand ouvrage : 6reschichte des Mmisrhen Mïmzwesens, où la partie p. 737 à 831 , et spécialement p. 734 sqq. et la section p. 825-831 doivent être consultées. A côté de Mommsen et après lui, citons comme essentiellement importants pour cette épisode de l'histoire du monde antique les ouvrages de : Finlay, Griechenl. unt. den Rimern, p. 415 à 420. Marquardt, Rom. Staatsverwaltimg, II, p. 26 sqq. Hultsch, Griech. u. rômische Métrologie, p. 228 à 253.

'^) Cf. Philo, De légat, ad Gajum (II, p. 587, éd. Mang.). Ajoutons pour le temps d'Auguste qu'il est encore fait mention de riches communautés juives dans les îles de Crète et de Mélos; cf. Joseph., Ant. Jiid., XVII, 12, 1. Rell. Jud., II, 7, 1, et Vita, 76. Inscriptions juives d'Egine, C. L Gr., n» 9894; de Patrœ, n^ 9896, d'Athènes, n° 9990. Sur les Juifs, dans la région la plus septentrionale du monde hellénique sur la Mer Noire, à Olbia, Panticapée, Anapa, comme sur l'immigration postérieure des Juifs dans la région de Phanagoria, voy. ce que rapporte Frieolândeh, Darstellungen, ni, p. 573 sqq.

124 LE CHniSTIANISME EN GRÈCE

Le christianisme lui-même, autant qu'il nous est possible de le savoir, n'avait fait que des progrès relativement faibles en Grèce depuis la fin de Marc-Aurèle et de Commode. Les raisons en sont les mêmes que pour les deux siècles précédents de l'ère impériale. La Grèce était toujours le pays oii les antiques cultes des dieux de l'Olympe étaient le plus solidement enracinés dans le pays et le cœur des habitants ; où l'antique trésor intellectuel des hommes de toutes les conditions, Homère, était à la fois la Bible et le livre classique par excellence. L'Université d'Athènes, avec ses anciennes et ses nouvelles écoles philosophiques, devenait de plus en plus le boulevard de l'antique foi que ses fidèles travaillaient avec ardeurs à piritualiser. La Grèce était donc, de toutes les provinces de l'empire, surtout en Orient, celle oii, du moins sur le continent, la nouvelle religion universelle faisait les progrès les plus lents parmi les hommes cultivés. Il est probable qu'à ce moment une partie des Juifs du pays, les femmes, les familles des couches inférieures et de la population servile, offraient encore le terrain le plus favorable à la prédication de l'Evangile V Nous ne voyons pas que le christianisme soit

*) Les îles (quoique l'esprit antique s'y soit aussi maintenu partiellement avec ténacité, cf. Bockh, C. J. Gr., II, n° 2384), avec leurs antiques relations avec l'Orient, avec leur population généralement moins tenace, avec le peu d'influence qu'elles eurent (excepté Délos et Samothrace) sur le développement du culte, si nous les comparons avec le continent, offraient sans doute un terrain plus favorable à TÉvangile que le continent. Nous manquons pourtant de témoignages certains : mais on sait qu'au m" siècle il existait à Mélos une nombreuse communauté chrétienne, issue certainement de la communauté juive de cette île, et dont les sépultures souterraines ou catacombes sont conservées dans le voisinage de l'ancienne ville, dans une gorge appelée aujourd'hui Klima, au-dessous de l'extrémité occidentale du village de Trypiti, à 300 ou 400 pas à l'est du théâtre; cf. Butksja^, Geogr., V. Griechenl.i II, p. 499. L. Ross, Griech. Inselreisen, III, p. 145-151. Ailleurs encore nous trouvons dans les îles de la mer Egée des traces (notamment monumentales) d'un établissement assez ancien du christianisme; ainsi à Ténos, Paros, Théra, à Astypalée (Ross, op. cit., II, p. 58 sqq.) à Calymnos (p. 96 sqq.), à Telendos (p. 102), à Leros (p. 120 sqq.). Par contre, il n'est pas possible de déterminer si la vivacité toute anormale, étant donné le développement de l'hellénisme à l'époque, mais révélée pourtant par les inscriptions depuis le ii^ siècle ap. J.-C, avec laquelle les trois villes d'Amorgos (Bursian, loc. cit., p. 513 sqq.) avaient conscience de leur diversité ethnologique, avait sa source dans la situation religieuse. En Crète, la grande église en forme de croix conservée encore en partie et

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