‹ Histoire de la Grèce sous la domination des RomainsChapitre 58 sur 227 · LES GOTHS EN ASIE MINEURE · texte numérisé non relu

LES GOTHS EN ASIE MINEURE

Mais, dans Fintervalle, les Golhs, surtout d'abord ceux de l'Est avec les peuples germaniques voisins qui les suivaient, se frayèrent une nouvelle route \ers les pays grecs, d'abord en Asie-Mineure, puis, plus tard, dans le cœur de l'ancienne Grèce : à savoir celle de la mer Noire. En effet, après avoir, vers 235, pillé Olbia et Tyra*, ils avaient réussi peu h peu à conquérir la Grimée et les pays voisins, ces contrées hellénisées de toute antiquité et qu'on désignait d'habitude sous le nom de « royaume du Bosphore ». Grâce à la politique pleine de souplesse des citoyens des villes non encore soumises immédiatement aux Goths, ceux-ci et les Germains qui marchaient avec eux arrivèrent à posséder de nombreux petits navires de grande vitesse sur lesquels, conduits par d'excellents matelots grecs qui n'avaient pas osé résister aux menaces de leurs nouveaux maîtres, ils parcoururent d'abord la mer Noire et ses rivages et peu à peu les mers intérieures de la Grèce avec une audace et un succès qui, comme on Ta remarqué fort justement, rappelle les expéditions des Normands. La première tentative de ce genre % faite par des Hérules et des Ostrogoths, fut dirigée en 255 contre la dernière ville grecque des côtes nord-est de la mer Noire, Pityonte sur la côte de Colchide. Mais elle échoua complètement; car cette fois l'énergie et la résolution de la garnison romaine eut un plein succès, grâce à son commandant Successianus, officier des plus distingués ^ Mais à peine l'empereur Valérien, désirant

*) Cf. MoMMSEN, Rom. Gesch., V, p. 217 sqq. et 286.

2) Quand Zosime (I, 28, 1) fait remonter jusqu'au temps de Gallus l'invasion des Goths en Asie et le pillage de tout le pays « jusqu'en Cappadoce, àPessinonte et àÉphèse », c'est certainement « prématuré » et ne s'appuie ni sur d'autres témoignages ni sur une vraisemblance « intime » : cela ne s'accorde pas du reste avec ses propres récits ultérieurs.

3) ZosiM., 1, 32, 1-4. Pour la chronologie des expéditions gothiques avant l'année 267, je me suis essentiellement attaché à Bkrnhardt, p. 27 sqq., et aux résultats dans Duncker p. 9 (cf. Philologus, XXVII [1868], p. 351 sqq.). Cf. aussi R. KôPKE, Die Anfange des Konigthums hei den Gothen^ p. 49. Les modernes ont souvent assigné un autre ordre aux expéditions, notamment WiETERSHEiM, GescMchte der Vôlkenvanderung, II, p. 268 sqq. 288; puis Oberdigk, Die RômerfeindUchen Bewegungun im Orient, p. 42. 13. 14. 36 sqq. Aschbagh, Geschichte der Westgothen, p. 9. sqq. Pallmann , Ges^ chichte der Vôlkenvanderung, I, p. 54 sqq.

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employer un homme de cette valeur et de cette vigueur sur le théâtre de la guerre persique, eut-il rappelé, peu de temps après, en 256 ou 257, Successianus de Pityonte, que les Germains renouvelèrent leur opération d'après un plan plus étendu. Ils échouèrent, il est vrai, dans une tentative dirigée contre la ville de Phasis, mais Pityonte tomba entre leurs mains dans cette même expédition : bien plus, la conduite aussi lâche que dissolue de la garnison de Trapézonte leur permit de surprendre et d'occuper cette ville si riche et si considérable. Le pillage et la dévaslation de cette cité superbe consterna les Grecs au loin * et donna le courage aux tribus germaniques établies sur la mer Noire plus à l'ouest de risquer^ en 259 ap. J.-C., une expédition de pillage encore plus grandiose. Cette fois, et avec l'aide d'un certain Chrysogonos, qui avait peut-être été autrefois un esclave germain prisonnier de guerre dans une province grecque de l'Asie-Mineure (à moins que ce ne soit un traître grec à la façon de Cyriade d'Antioche), le coup fut dirigé contre l'Asie-Mineure du nordouest. Au printemps de 259, une forte armée gothique passa, en partie par terre, du delta du Danube dans le golfe Philéatique situé à environ sept milles au nord-ouest de Byzance. Là les Goths trouvèrent de nombreuses barques de pêcheurs, à l'aide desquelles ils pouvaient transporter désormais toute leur armée dans le Bosphore de Thrace. L'atlitude de beaucoup de corps de l'armée romaine élait encore alors si pitoyable, le service était si mal fait par des soldats mal payés sans doute, enfin la terreur qui précédait les Goths farouches, avec leurs manteaux de fourrure et leurs masses d'armes, paralysait tellement un grand nombre de soldats et d'officiers^ que la présence d'une forte armée romaine, supérieure même en nombre aux Goths, ne put pas sauver la florissante ville de Chalcédoine de la conquête, du pillage et d'un incendie partiel, ni empêcher les Goths de pénétrer plus loin dans Tintérieur du pays. A l'instigation de Chrysogonos, les Goths marchèrent ensuite sur Nicomédie, la vieille capitale de la Bithynie; la lâcheté des soldats démoralisa aussi le reste de la population,

») ZosiM., I, 32, 5 à 33, 8.

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