‹ Histoire de la Grèce sous la domination des RomainsChapitre 6 sur 227 · CARACALLA · texte numérisé non relu

CARACALLA

désormais comme livrée à elle-même; pour la plupart des empereurs de cette période, cette province ne compte plus qu'en proportion du concours matériel qu'elle peut apporter à l'État. C/est ainsi qu'il arrive que le pays des Hellènes, si souvent nommé pendant le cours du n^ siècle, et pas seulement à cause des intérêts intellectuels qu'il représente , semble pour longtemps échapper presque entièrement à l'attention des historiens; même ses contributions à l'histoire de la civilisation deviennent de plus en plus faibles. Mais les Hellènes, même ceux de la Grèce européenne^ n'eurent pas pour cela le privilège de rester à l'abri des misères et des épouvantables secousses de ce siècle désastreux. Bien au contraire, nous verrons bientôt que cette Grèce, qui continuait de vivre à la manière de l'âge des Antonins, sentit aussi tout le poids qui oppressait le monde à cette époque, et que les Grecs eurent leur bonne part des calamités qui fondirent alors sur le monde antique.

Nous avons eu à raconter plus haut de quelle manière l'empereur Septime-Sévère éternisa sa mémoire auprès des Grecs des provinces européennes. Néanmoins le règne de son fils M. Aur. Antoninus Bassianus Caracalla (4 févr. 211 à 8 avril 217 ap. J.-G.) eut une importance incomparablement plus grande pour les Hellènes. La haine ardente et bien justifiée avec laquelle les contemporains ont écrit l'histoire de ce prince sanguinaire semble cependant les avoir menés trop loin à plus d'un égard. En effet, nous ne pouvons entièrement repousser la supposition que cet empereur, quelque mauvais que fût son caractère, quelque destructeurs que fussent ses accès de rage, quelle que fût la bizarrerie de ses lubies, n'a pas été aussi insignifiant intellectuellement que sinon son contemporain et adversaire acharné Dion Cassius, mais les historiographes postérieurs nous le montrent plus d'une fois. Ce Caracalla nous semble malgré tout avoir possédé quelque chose du bon sens perspicace de son père et de l'intelligence pénétrante que Septime-Sévère avait des besoins du temps et de l'empire : seulement sa conduite tour à tour sanguinaire et comique, son administration financière de plus en plus

LE DROIT DE CITÉ ÉTENDU A TOUT l'eMPIRE 5

prodigue, ont naturellement fait attribuer à des motifs vulgaires des mesures qui avaient, en réalité, une autre portée. A ce point de vue^ nous devons mentionner ici un acte notamment qui nous semble avoir la plus grande importance. Nous voulons dire l'octroi, de la célèbre « Constitution » impériale d'après laquelle tous les habitants libres, alors vivants, de l'empire romain étaient élevés à la dignité de citoyens romains \ Il faut dire que, dans ses résultats immédiats, cette mesure, qui, selon la plus grande vraisemblance, appartient à l'année 212 après J.-C. *, a profité principalement au fisc impérial. Car, d'un côté, l'empereur ne fit pas vraisemblablement du droit de cité un don gratuit : son octroi pouvait être considéré en même temps comme une imposition générale par laquelle Caracalla épuisait une fois pour toutes cette source de revenus ^ D*autre part, l'empereur poursuivait par là en réalité des desseins fiscaux très déterminés. Il avait besoin de beaucoup d'argent. Non seulement il rivalisait avec ses prédécesseurs dans l'exécution de grandes constructions de bâtiment, mais l'armée était pour lui la cause des plus grandes dépenses. Le budget militaire en lui-même avait déjà été considérable-

*) Dio Cass., LXXVII, 9. Ulpian. (lib. XXII ad, Edict.) in Dig., I, 5 {De statu hom.), fr. 16. Cf aussi Justinian., Nov. LXXVIII, 5, et Augustin., De Civit. Dei, V, 17. Walter, Gesch. d. Rom. Rechts, I, p. 526.

-) Cf. notamment Th. Mommsen, Die Kaiserbezeichnung bei den rômîschen Juristen (dans la Zeitschrift fur Rechlsgeschichte, herausgeg-eben von RudorfT, Bruns, Roth und Bôhlau, IX [1869], p. 101). Finlay, Griechenland unter den Rumern (trad, all.), p. XXIII. Ellissen, Zur Geschichte Athens nach dem Verluste seiner Selbstâiidigkeit, p. 116. — G.t édit de Caracalla fut rendu selon toute apparence dans le temps qui s'écoula entre son arrivée de Bretagne à Rome et son départ pour les expéditions germaniques, départ qui eut lieu vers la fin de 212 ou au commencement de 213. Les Libb. V. Sentcntiar. de Paul doivent vraisemblablement être placés (voy. Fitting, Ueber das Alter der Schriften Rômischer Juristen von Hadrian bis Alexander, p. 48) dans les premiers temps du règne de Caracalla seul empereur, avant l'édit sur le droit de cité romaine (Dig., XLVIII, 8, 11); cf. aussi Paul., V, 22, § 3, 4. Cf. encore : Ulpian. in Dig. XII, 5, De coud, ob turpem causam, fr. 2, § 2 [extrait du lib. XXVI ad Edict.]; un rescrit de Caracalla (Cod., VII, tit. 49 De pœna indic, 1. 1) du 19 décembre 211, donné comme « rendu depuis peu » [7ion ita pridem imperator noster constituit)\ et déjà, dans le lib. XXII ad Edictum (de l'année 212), Ulpien, comme on vieni de le faire observer, a cité la constitution de Caracalla sur la grande et universelle extension du droit de cité romaine.

2) PucHTA, Cursus der Institutionén (2® édit.) tome 1"-, p. 416, note c.

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