‹ Histoire de la Grèce sous la domination des RomainsChapitre 60 sur 227 · VALÉRIEN EN ORIENT · texte numérisé non relu

VALÉRIEN EN ORIENT

dans Tété ou dans l'automne 258, avec les généraux les plus estimés de l'armée qui combattait à l'est de l'Adriatique, ne put pas, comme nous l'avons vu^ empêcher en 259 l'irruption des Goths à travers le Bosphore de Thrace. La principale cause locale en était sans doute que la ville de Byzance souffrait encore alors des suites de l'époque terrible de Septime Sévère et que, dans tous les cas, elle n'avait pas pris comme forteresse assez d'importance pour pouvoir agir au loin par sa protection. Lorsque donc Yalérien, en l'année 259, reçut dans la lointaine Antioche Teffrayante nouvelle des expéditions de pillage des Goths en Bithynie, il envoya du moins en toute hâte à Byzance son confident Félix pour mettre en mains sures la défense de ce point important contre l'attaque éventuelle (qui n'eut pourtant pas lieu alors) des Germains retournant dans leur pays*.

En ce moment, il est vrai, les invasions des Goths dans les mers grecques subirent un temps d'arrêt qui dura plusieurs années ; mais la Grèce n'en profita pas. Car la catastrophe qui frappa Yalérien eut un contre-coup inattendu et désastreux sur la Grèce proprement dite. En effet, l'empereur Yalérien, victime, en 360, près d'Édesse, d'une infâme trahison de la part des Perses, était tombé (à une date qui se place entre le 29 août 259 et le 28 août 260^) dans une cruelle captivité

cuirasse » dans Vopisc, Aurelian., 10, 3 et 13 jusqu'à 15. Pour la chronologie, voy. Clinton, op. cit., I, p. 280. Bernhardt, op. cit., p. 37 et 147. WiETERSHEiM, GescMchtc dev Vôlkerivanderung, II , p. 264. 275. 288. 297. Oberdigk, p. 15 sqq. Vulérien, après avoir renouvelé en 257 les hostilités contre les chrétiens, qu'il menaça en cas de résistance du bannissement et des travaux forcés, semble avoir alors rendu de Byzance en 258 des décrets sanguinaires contre les prêtres, avec des peines plus sévères qu'en 257 contre les autres chrétiens (ci-dessus, p. 137, et Oberdigk, p. 16. 130 sqq.). Cette persécution, dont entre autres l'Athénien Xystos (l'évèque Sixte II de Rome) fut la victime sanglante le 6 août 258 (v. Pontian. ap. Bucherium, p. 272, et Vita Cypriani, 14. Elussen, p. 120 sqq. Clinton, I, p. 281), fut arrêtée ensuite par Gailien lorsqu'il régna seul ; ce dernier rendit alors un édit de tolérance, par lequel, pour la première fois, l'église chrétienne était reconnue comme une corporation ayant une existence légale dansl'empire. Euseb.,H. E., VII, 13. Cf. en général Hagenbach, Vorlemngenilher dieàltere Kirchengeschichte (2e édit.), I, p. 201 sqq. Gieseler, op. cit., p. 262 sqq.

*) ZosiM., I, 36, 2.

2) MoMMSEN, Rom. Gesch.y V. p. 430.

LES COM PETITE I US DE GALLIKX 14o

auprès de leur roi Sapor : une nouvelle dévastation d'Antioche suivit aussitôt cette perfidie. La vaillante et longue défense (qui ne fut pas néanmoins suivie de succès) de Césarée, capitale de la Cappadoce, sous Démosthène , et une victoire de Texcellent général romain Balisla en Cilicie. avaient forcé les Perses à s'arrêter; de plus, le puissant Odenatli de Palmyie commençait sa campagne aussi énergique qu'heureuse contre les Perses, et rejetait avec une surprenante rapidité ces orgueilleux Barbares jusqu'à Gtésiplion. G^est ce moment quo saisit en Orient un des généraux les plus considérés de l'armée romaine pour traduire en action , au grand détriment de l'empire, sa profonde antipalliie pour l'empereur Gallien, antipathie partagée par un trop grand nombre de généraux. En effet, après que, dès Tannée 258, Ingénus eut fait son apparition comme anti-empereur en Pannonie; après que l'énergique Postumus se fut fait proclamer empereur en Gaule, en Espagne et en Bretagne, Téminent Gains Marcus Fulvius Macrianus leva avec ses fils, au commencement de 261 , Fétendard de la révolte contre Gallien en Asie, se fit proclamer anti-empereur de l'Orient et se mit en marche avec une grande partie de son armée pour conquérir la presqu'île des Balkans. Ce nouveau cours des événements mit aussitôt le feu à la Grèce. En effet, Macrien , qui conduisait quarante-cinq mille hommes en Europe, crut que, parmi les généraux et g-ouverneurs de Gallien dans cette presqu'île, il pourrait s'entendre aisément avec Auréolus, qui commandait en Illyrie. En revanche, l'attachement de Valens pour Gallien lui inspirait de profondes inquiétudes. Ce vaillant homme, célèbre par sa défense de Thessalonique contre les Germains, dislingué du reste par ses vertus éminentes de soldat et de citoyen, était alors gouverneur d'Achaïe ^ On pouvait s'attendre à une

i) C'est avec ce titre qu'il apparaît expressément dans les passages de l'histoire des empereurs que nous aurons à citer. En lisant dans Aurelius Victor {Epitome, 32. [Valerianus, Gallienus, etc.]) que a Valens avait pris la pourpre en Macédoine », on pourrait supposer que Valens était alors (ce qui s'était vu plusieurs fois ailleurs) à la fois gouverneur de Macédoine et d'Achaïe. Cependant, les renseignements g^wq nous avons sur celte époque sont si misérables et si rares que nous ne savons sur quoi nous appuyer,

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résistance d'autant plus vive de Yalens contre le nouvel usurpateur, qu'il existait depuis longtemps une rivalité personnelle entre lui et Macrien. Aussi ce dernier envoya-t-il, vers le printemps de 261 *, comme avant-garde, un corps d'armée indépendant sous le commandement d'un homme d'antique noblesse, Pison «Frugi», sénateur, descendant de l'ancienne et illustre maison des Calpurniens, qui s'était fait, dans ce temps-là, une grande réputation par son caractère et ses qualités personnelles. Pison devait briser par tous les moyens la résistance de Yalens; il ne devait pas reculer, en cas de nécessité, devant l'assassinat : tel était, disait-on, l'ordre brutal de Macrien.

La nature capricieuse de nos sources pour cette époque nous laisse malheureusement dans l'ignorance complète des détails de la catastrophe qui s'accomplit alors sur le sol de la Grèce. On ne nous dit pas si Yalens a attendu son adversaire en Achaïe ou en Macédoine ; nous ne savons pas si Pison franchit THellespont ou s'il se rendit par mer en Thessalie, où il devait trouver sa perte. Il est vraisemblable que Yalens fut obligé de demander un effort énergique aux forces militaires et financières des Grecs. Ce qui est plus vraisemblable encore, c'est que la fatale manie d'improviser des empereurs, à laquelle, dans ce temps, officiers et soldats trouvaient toutes sortes d'avantages très réels, avait pénétré alors dans les armées de Yalens et de Pison. Car les deux adversaires n'en étaient pas encore venus aux coups lorsque Valens se vit forcé, peut-être pour rester maître de ses propres troupes, de se faire proclamer lui-même comme empereur indépendant. L'effet produit par cet acte fut tel qu'il ne resta pas d'autre alternative à Pison que de s'emparer ,de son côté, de la pourpre en Thessalie ; de là son nom de « Piso Thessalicus ». La lutte contre Yalens prit un caractère pour ainsi

dans cette hypothèse ou dans toute autre, pour expliquer toutes les difficultés qui s'élèvent là-dessus, bien loin de pouvoir les résoudre d'une manière satisfaisante.

') Cf. les développements dans Wietershèim, Geschichte der Vôlkerwandcrung, II, p. 302. Bernhardt, p. 85, et, pour cet épisode en général, Clinton, 1, p. 286.

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dire souterrain. Yalens fut vainqueur à la fin; il sut, quelque compassion qu'il eut pour cet homme de valeur, se débarrasser de Pison, soit qu'il l'ait fait assassiner par des émissaires, soit qu'il ait provoqué un soulèvement des troupes ennemies. Il est vrai que Valens ne fut vainqueur que pour tomber bientôt après sous les coups de ses propres soldats'. Vers le milieu de juin 261, cette grande catastrophe était un fait accompli \

On ne sait si Yalens tomba victime d'une émeute vulgaire ou si ses hommes le massacrèrent pour acheter la faveur d'un chef plus puissant. Dans ce dernier cas même, on ne sait si c'était pour Macrien ou pour Auréolus. Car les plans ambitieux de Macrien le conduisirent à un terrible échec dans la presqu'île des Balkans. Auréolus resta fidèle à Gallien ; c'est dans une sanglante bataille avec ses troupes, combattant avec énergie sous le commandement de l'éminent Domitien, que Macrien (probablement vers la fin de 261) ^ perdit la victoire et la vie sur la frontière thraco-illyrienne.

Dans quelle mesure les Hellènes eurent-ils à souffrir de ces luttes sur leur territoire? Jusqu'à quel point prirent-ils part eux-mêmes à ces mouvements? Nous l'ignorons complètement. Nous ne savons pas davantage si l'empereur Gallien, qui savait à l'occasion faire éclater sa colère et frapper des coups terribles autour de lui, n'a pas infligé quelque punition aux habitants de la Grèce; peut-être sa sympathie bien connue pour tout ce qui était grec l'aura-t-elle disposé cette fois à la clémence. Mais nous pouvons accepter comme vrai que c'est dans ce temps que tombèrent les ravages épouvantables que la peste, selon une indication passablement vague quant à la chronologie, exerça sous le règne de Gallien dans les

*) Sur ce remarquable épisode de Fagonie gréco-romaine de ce temps, voy. Trebell. Poll., Gallien. duo, 2» et Tyranni triginta, 19 à 21. Am- MiAN. Marcellin., XXI, 16, 10. Les objections que Oberdick, Die Rômerfeindlichen Beivegungen im Orient, p* 26, fail au récit de la catastropiie dans Trébellius PoUion sont peu plausibles, notamment pour ce qui regarde la prétendue impossibilité d'un pronunciamiento de Pison.

2) 11 ressort certainement de Trebell. Poll., Tyrann. trigint., 21, 3^ que ces événements se sont terminés tout au plus à la date donnée dans le texte. Cf. aussi Schiller, op. cit., p. 835.

3) Cf. Bernhardt, p. 85 et 296. Oberdick, p. 31-33 et 130;

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