‹ Histoire de la Grèce sous la domination des RomainsChapitre 61 sur 227 · GALLIEN A BYZANCE · texte numérisé non relu

GALLIEN A BYZANCE

villes d'Achaïei. Il est du moins très vraisemblable que les armées de Pison et de Macrien apportèrent de nouveau la peste des provinces orientales fortement atteintes et en infectèrent la Grèce. Il n'était pas au pouvoir de Gallien de la protéger contre de telles calamité. Mais l'empereur se vit forcé de se rendre bientôt à Byzance en juge sévère et en cbef d'armée vengeur. Depuis Fexpédition des Goths de 259, on avait clairement vu la nécessité de couvrir aussi fortement que possible cette importante position, qui commandait la mer, les passages de montagne et la frontière. Après la disparition de Macrien, on avait donc établi sur ce point un corps de troupes considérable qui se composait en partie de soldats qui, lors de la fm de Macrien, s'étaient soumis à Auréolus. Cette armée de Byzance, sans que nous puissions savoir exactement pour quelle raison ni même le deviner avec quelque certitude, se mit en insurrection en l'année 262. Gomme toujours^ les terribles scènes que produisit cette explosion frappèrent cruellement la ville et les citoyens. La fleur de la population et la prospérité de la ville reçurent dans cette catastrophe un coup dont elles furent longtemps à se remettre ^ Gallien luimême, qui s'occupait alors des moyens d'abattre l'antiempereur Postumus en Gaule, se hâta d'accourir avec des forces considérables sur les rives du Bosphore. Aussitôt qu'il eut forcé l'entrée de la ville, il fit entourer par son armée les insurgés sans armes et les massacra en masse, en trahissant, dit-on, sa parole donnée d'abord. Il resta encore longtemps dans la ville pour remettre quelque ordre dans la situation profondément troublée, et ne retourna à Rome qu'après l'hiver de 262 à 263 ^ Peut-être est-ce pendant les désordres causés par l'insurrection de Byzance que les Goths, en 262, franchirent de nouveau le Danube^ inondèrent la Thrace, la Macédoine, attaquèrent Thessalonique et pénétrèrent jusqu'en Achaïe, oii le général Marcianus, aidé cette fois par les

*) Trebell. Poll., Gallien. duo, 5, 5. Cf. Zosim., I, 37, 5 et 6.

^) Trebell. Poll,, Gallien. y 6, 8 et 9.

^) Trebell. Poll., Gallien,, 7, 2 et 4. Bernhardt, loc. cit. p. 87 sqq,

LES GOTHS EN lONlE 149

milices grecques^ les défit et les força à battre en retraite K

Mais la Grèce ne vit pas pour ôela des jours meilleurs. En effet, de formidables tremblements de terre exercèrent, dans l'Asie grecque et aussi dans la Grèce proprement dite, de grands ravages difficilement réparables au milieu de la misère générale et de la détresse de l'empire ^ Et dans le même temps se renouvelèrent, dans la partie occidentale des provinces grecques^ notamment dans l'île agricole de Sicile, les insurrections serviles qui y avaient été épidémiques plusieurs siècles auparavant. Les esclaves révoltés, auxquels se joignit le prolétariat des plaines et des villes, menaient une guerre de brigandages contre les grands propriétaires et les paysans, et ne purent être réprimés qu'à grand'peine et par des moyens militaires ^

C'est en ce moment que les Goths, pour lesquels, depuis des années (récemment encore grâce au brave Auréolus), le Danube était resté fermé, renouvelèrent leurs terribles expéditions maritimes, d'abord contre l'Asie grecque ; la nouvelle ruine de Byzance leur vint certainement en aide pour cela. C'est ainsi qu'il arriva qu'en même temps qu'une nouvelle tentative était faite contre la presqu'île du Danube, de fortes bandes germaniques (vers l'an 263) franchirent de nouveau la mer Noire, pillèrent et dévastèrent, à la manière accoutumée, de grandes parties de FAsie-Mineure grecque à l'ouest ; c'est en ce même temps que le temple d'Artémis à Éphèse, célèbre dans le monde entier, devint la proie de la destruction. Seulement, cette fois, comme sur le Danube et en Achaïe, les troupes romaines commencèrent ici aussi peu à peu à tenir tête aux Goths : elles réussirent, cette fois, à forcer les pirates à battre en retraite avec des pertes \ Tandis que les années

*) Trebell. Poll., Gallien., 5, 6 et 7, 1. Cf. Clinton, I, p. 288. Bernhardt, p. 31.

^) Trebell. Poll., Gallien., 5, 2 sqq.

^) Trebell. Poll., Gallien., 4, 9.

*) Trebell. Poll., Gallien., 6, 2 et 7, 3 ; 12, 6. Jornand., 20 init., qui nomme les chefs des Goths : Respa et Veduco, Thuro et Varo, Le pillage, de ITonie est esquissé sans indication chronologique précise, dans Syngell.

qui suivirent furent signalées par des désastres dans les parties occidentales de FAsie-Mineure, la Grèce proprement dite ne fut visitée d'une manière sérieuse par les Germains que dans les dernières années de Gallien.

La Grèce proprement dite, avec le monde d'îles qui l'entoure, n'avait été que peu éprouvée jusqu'ici d'une manière immédiate par les Germains. Sans aucun doute, la misère générale dans l'empire, la stagnation universelle du commerce causée par la détresse du temps, la crise monétaire et financière, la peste et les tremblements de terre, avaient gravement atteint la prospérité de la Grèce elle-même. L'Université d'Athènes, elle aussi, qui a longtemps conservé au milieu des tempêtes la vie sereine et joyeuse, doit avoir été cruellement éprouvée par toutes ces péripéties. Mais d'une manière immédiate, la Grèce n'avait subi de dommages que sur ses frontières, à la suite des invasions gothiques, et plus encore par la guerre rapidement terminée entre Yalens et Pison. Et ce ne fut pas manque de bonne volonté de la part de Gallien si Athènes et FAchaïe ne reçurent pas des faveurs sérieuses et signalées de la cour palatine d'alors *.

En effet , avec Gallien , la Grèce avait vu , après de longues années, sur le trône un prince qui avait pour elle la même sympathie que l'inoubliable Hadrien. Gallien n'était^ en aucune façon , un souverain faible ou incapable : bien au contraire, c'est avec la fureur d'un lion blessé qu'il s'était retourné, à plusieurs reprises et quelquefois avec succès, contre les ennemis extérieurs de l'empire et contre les nombreux usurpateurs et anti-césars dans les provinces. Malheureusement cette énergie n'éclata que par boutades momenta-

p. 382 6 (P.). Cf. WiETERSHEiM, II, p. 331 sqq. Bernhardt, loc. cit. p. 31. DuNCKER, p. 19. CuRTius, Ephesos, p. 34, 39.

*) Au temps qui précède le règne de Gallien seul et le meurtre de son fils aîné en Gaule, on trouve l'inscription de Lébadée (Bôckh, C. I. Gr., I, n» 1621) en l'honneur d'un fils de l'empereur Gallien, du oaiouxatoz xat estÔTaroç Publius Cornelius Egnatius Valerianus (cf. Keil, Syll. inscr. Boeot., p. 113), que Bôckh, loc. cit., p. 787, prend pour le prince ordinairement nommé Saloninus. Pour le temps de Valérien, Curtius, Attische Studien, I,p. 78, fait mention à Athènes (d'après le Philistor, I, p. 329) d'une inscription en l'honneur d'un Valerios Eclectos.

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