‹ Histoire de la Grèce sous la domination des RomainsChapitre 62 sur 227 · ALLIEN ET LES ATHÉNIENS \T · texte numérisé non relu

ALLIEN ET LES ATHÉNIENS \T

nées, et la direction politique et militaire donnée par Gallien manquait d'un plan d'ensemble, de sûreté, d'opiniâtre persévérance. Malheureusement aussi cet empereur se plaisait aux jouissances de la vie et aux excès, aux fêtes dispendieuses, avec une ardeur qui était inexcusable dans la situation désastreuse de l'empire. Elle lui fit commettre de nombreuses fautes de conduite qui ne nous sont pas toutes connues dans le détail^ le jeta dans toutes sortes de rivalités jalouses et lui enleva le respect et l'attachement de plusieurs de ses meilleurs généraux. Ses fantaisies esthétiques et littéraires prenaient un temps trop considérable chez un homme accablé des lourds devoirs politiques et des soucis de gouvernement de cet âge de fer.

Parmi ces fantaisies, il faut citer avant tout son hellénisme déclaré. Le même homme qui n'hésita pas à arrêter la persécution contre les chrétiens était en relations très intimes avec le plus grand philosophe de son temps, avec l'ingénieux néoplatonicien Plotin, qui vivait à Rome depuis 244 après Jésus- Christ. Les idées, même les plus étranges, de cet homme trouvèrent une sympathie ardente chez l'intelligent empereur et son épouse. Mais ce n'est pas tout. Les arts plastiques furent encouragés sous Gallien de plus d'une manière ; luimême, qui avait un culte enthousiaste pour Apollon, s'essaya personnellement, non sans succès, comme poète dans un style spirituel et badin. Notamment, et c'est un phénomène étrange au milieu des figures héroïques des hommes de fer de ce temps, le charme éternel d'Athènes attirait cet empereur élégant, de culture si raffinée. C'est ainsi qu'il se fit initier aux mystères d'Eleusis, et ne dédaigna pas de rechercher le titre de citoyen d'Athènes, de revêtir la dignité d'archonte éponyme et de négocier avec les Athéniens au sujet de son admission dans l'antique et vénérable collège de l'Aréopage *.

*) Sur le fait lui-même, voy. Trebell. Poll., Gallien., 11, 3-6. La chronologie est ici très difficile à fixer; pour l'archontat de Gallien (cf. supra, p. 72), on peut en fin de compte accepter chacune des années de son règne où il jouit d'un répit momentané des lourds soucis de la guerre; car rien n'empêchait le maître de l'empire de se parer de ce titre même étant absent d'Athènes ; cf, Dittenbeuger, Kaher Hadrians er^fe Anwesenhcit in Athen,

152 SITUATION GÉNÉRALE DE l'eMPIRE

Cot amusement impérial avec les antiquités fossiles du monde hellénique, amusement qu'accompagnaient peut-être des gratifications réelles envoyées aux Athéniens, ne sauva pas les Grecs des calamités qui les frappèrent en 267. La situation de l'empire était devenue, dans les derniers temps, pire que jamais. ToutTOrient, que l'éminent et fidèle Odenath avait gardé jusqu'ici avec succès contre les Perses, était pour ainsi dire perdu pour Rome depuis le printemps de 267. Car Odenath fut assassiné à cette époque ; son épouse Zénobie^ la femme de génie qui lui succéda, était à la tète de ce mouvement national de l'Orient occidental qui se proposait pour but de secouer complètement la domination romaine et de refouler la prééminence sociale de l'hellénisme dans ces provinces. La défaite d'Héraclianus, général de Gallien, commença par rejeter pour plusieurs années les Romains derrière les frontières orientales de la Bilhynie et dellonie. De même, on ne pouvait songer à la possibilité d'arracher l'aile occidentale de l'empire à Postumus et à ses successeurs. Gallien en était donc réduit à ce moment à l'iVfrique, à l'Italie, aux pays des Alpes et à la péninsule illyrico-grecque ; et c'étaient précisément les provinces les plus peuplées, les plus riches en ressources matérielles de tout genre, qui refusaient ainsi de participer à la défense du centre de Tempire contre les Barbares menaçants: bien plus, elles forçaient Fempire à de nouvelles guerres intérieures qui ne firent qu'augmenter la misère des contemporains.

Telle était la situation générale lorsque les Germains du nord du Pont, après avoir, à la suite de la mort de Yalérien, qui avait vivement surexcité tous les ennemis de Rome, effleuré à plusieurs reprises les contrées grecques, entreprirent une de leurs expéditions les plus aventureuses contre l'intérieur du pays grec. Ce furent cette fois les sauvages

p. 225 sqq. (dans i/ermes, VII, 2 [1872]). Quant à Tinitiation aux Mystères, je serais disposé à la placer en 1 année 263 ; d'abord à cause de l'ordre chronologique dans lequel en parle Trébellius Pollion ; ensuite parce que Gallien (cf. Trebell. Poll., loc. cit.), après la terminaison de l'affaire deByzance (148), se trouve de très bonne humeur et peut bien avoir saisi cette occasion de faire à Athènes un voyage désiré depuis longtemps, avant de retourner à Rome pour la célébration des décennales.

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