‹ Histoire de la Grèce sous la domination des RomainsChapitre 63 sur 227 · LA GUERRE DES GOTFIS EN · texte numérisé non relu

LA GUERRE DES GOTFIS EN

ITérules qui apparurent à la tête de cette expédition de brigandag-e, la plus audacieuse et la plus funeste aux Grecs de tout ce siècle. Une armée d'Héruleî4 et d'Ostrogoths partit, selon toute apparence, au printemps de l'année 267 après Jésus-Christ, sur cinq cents navires de la mer d'Azof, et prit la direction de Touest. Comme beaucoup de ces navires appartenaient sans doute à la catégorie des petites embarcations du Bosphore, pouvant porter trente hommes au plus, on ne peut guère porter le nombre des Germains à plus de vingtcinq mille guerriers. Mais une témérité sans bornes, une mobilité extrême et une bravoure héroïque firent de cette petite armée un adversaire redoutable pour les Grecs, quoique, cette fois, l'empereur Gallien eut pris à temps des mesures de défense ^ Les Germains se dirigèrent d'abord vers le delta du Danube, pénétrèrent ensuite, en remontant ce fleuve, dans Pintérieur et dévastèrent au loin le territoire romain. Alors, cédant peut-être devant le brave Claude qui commandait sans doute déjà en Illyrie, pendant qu'Auréolus avait à garder la frontière gauloise, ils se tournèrent vers le sud et le Bosphore de Thrace. Or Gallien avait chargé les ingénieurs byzantins Cléodamos et Athénaeos de s'occuper sans retard de la réparation et du renforcement des fortifications des villes de cette région entière ; on avait aussi envoyé des troupes aux portes maritimes qui conduisaient vers les

*) Syngell. p. 382 c. (P.). On est à peu prés d'accord aujourd'hui à placer cette expédition des Goths en 267. Etant donnée la connexion intime qui existait alors entre les attaques des peuples du Nord et les grandes catastrophes de l'empire, il est naturel de supposer que les événements de cette année qui sont rapprochés chronologiquement par Trebell. Poll., Gallien., 13, ont aussi entre eux des rapport intimes. Je m'explique : les Goths n'auraient-ils pas été déterminés à leur nouvelle expédition, ou au moins encouragés dans leurs plans, par la mort d'Odenath, qui était connu comme ennemi des Goths et ami des Romains ? Oui certes ; il serait même possible que l'audacieuse Zénobie se fût mise de suite alors d'accord avec les Goths, comme elle l'avait fait avec les Perses, contre les Romains. Sur la mort d'Odenath et ses conséquences, voy. notamment Oberdigk, Bie Romerfeindlichen Bewegungen im Orient wâhrend der letzten Half te des dritten Jahrhunderts n. Ch., p. 39 sqq. Sur les Hérules dans le Pont, cf. xXschbach, Geschichte der Heruler, p. 10 sqq., et récemment Pallmann, Geschichte der Vôlkerwanderung , II, p. 46 sqq.

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parties intérieures de la mer grecque. En dépit de ces précautions, les Germains s'emparèrent au premier choc aussi bien de Byzance que de Chrysopolis, située en face ^ Mais après cela, ils furent attaqués par les troupes romaines sur terre et sur mer : ils furent malheureux dans les deux affaires. Battus sur terre par les Romains et les levées byzantines, ils furent obligés sans doute d'évacuer aussitôt Byzance. Sur mer, Famiral romain Venerianus leur infligea une cruelle défaite ; ils se virent forcés, en conséquence, de reculer jusqu'à l'embouchure du Bosphore, dans la mer Noire ^ Mais comme le

*) Pour l'entrée dans le Danube et les noms' des ingénieurs byzantins, voy. Tbebell., Poll. Gallien., 13, 6: la prise de Byzance et de Chrysopolis dans Syngell. loc. cit. Chrysopolis est, sans aucun doute, la ville bien connue dans le voisinage de Byzance. Il est incompréhensible pour moi que von Wietersheim, Geschichte derVôlkerwanderung, II, p. 327 sqq. et 333, ait pu songer précisément ici à Amphipolis ; il s'embrouille par là, sans aucune nécessité dans les plus étranges difficultés stratégiques. Plusieurs savants récents, comme par exemple, Pallmann, Geschichte der Vôlkerwanderung , I, p. 57 sqq. Bernhardt, loc. cit., p, 32 sqq. Albert DuNCKER, Claudips Gothicm, p. 9, admettent que, parallèlement à l'expédition maritime des Mérules, il y eut une expédition par terre des Visigoths. Je conviens volontiers qu'en l'état pitoyable des sources pour cet épisode , il soit impossible de réfuter positivement cette hypothèse ; mais je ne puis la regarder comme indispensable. Mais, dans tous les cas, il faudra attribuer les invasions des Goths et des Hérules dans le Péloponnèse et en Attique aux Goths marins, dont l'arrivée par mer dans ces contrées est positivement affirmée par les narrateurs grecs, notamment par Syngell,, loc. cit., p. 382 d. (P.) et Zonar., XII, 26. Déjà Ztnkeisen, Geschichte Griechenlands, I, p. 589, avait montré que les Goths marins furent soutenus par ceux du Danube ; mais il n'arrive à ce résultat que parce que, sans nécessité, à ce que je pense, et à cause du nom de Marcien, il établit une relation immédiate entre les événements signalés chez Trebell. Poll., Gallien., 6, 1, qui, selon moi, appartiennent à l'année 262 [p. 148] avec les guerres gothiques de 267.

*) Cf. VON Wietersheim, II, p. 323. Syngell., 382 d. (P.). Trebell. Poll., Gallien., 13, 6 et 7. Les Byzantii duces, nommés par Trebell. loc. cit., qui battirent les Goths sont sans doute les commandants de la garnison romaine, à moins que nous ne pensions immédiatement à Cléodamos et Athenaeos. Pour la chute de Byzance et la défaite des Goths, les faits ont dû se paser à peu près comme dans l'épisode de Dexippe que nous allons voir bientôt à Athènes. Pour préciser, d'après Syngell., loc. cit., les Goths reculèrent jusqu'au lieu appelé Hiéron, sur la côte asiatique [aujourd'hui Anadoli- Kavak], où cesse le Bosphore proprement dit en forme d'outre et où commence son embouchure cratériforme dans le Pont-Euxin. 0. Frick dans Pauly, R. E. fîirdas klassische AUerthum, I, 2, p. 2447 sqq.

LES GOTHS ET HÉHUJ-ES DANS ï/ARCmPEL 455

brave Venerianus était tombé lui-même dans la bataille navale *, les Romains ne pensèrent probablement pas à les poursuivre tout de suite ; aussi ies téméraires Germains purent-ils, au bout de quelque temps, franchir de nouveau le détroit sans rencontrer de résistance. Comme les Romains, après la mort de Venerianus, furent probablement mal commandés, les Barbares leur échappèrent partout sur mer et les prévinrent, de sorte qu'ils réussirent d'abord à débarquer de force à Cyzique; de là, suivant en pillant les côtes de l'Asie, ils pénétrèrent enfin dans la mer Egée, où les îles de Lemnos et de Scyros devinrent aussitôt la proie de leur fureur'.

Mais Athènes, Tantique métropole de ces îles, et avec elle l'Achaïe, ne devaient pas être épargnées plus longtemps. Les Goths et les Hérules atteignirent sans combattre la côte orientale de l'Achaïe \ Ils débarquèrent sans doute par bandes isolées sur différents points de ce pays, et bientôt le torrent dévastateur se répandit sur les cantons grecs, en particulier du Péloponnèse. La force morale et militaire de ces epigones du vieux monde hellénique était insuffisante pour résister aux farouches guerriers du Nord. C'est ainsi que Sparte, qui ne possédait plus un Agésilas, pas même un Nabis ou un Pythagoras, Argos, la basse ville de Corinthe, tombèrent dans les mains des Goths. Le pillage, le meurtre et l'incendie désolèrent ces antiques sièges de la civilisation grecque ; ce fut la première des nombreuses tempêtes qui, depuis, passèrent sur la beauté de la Grèce, si sublime et si touchante encore dans sa décrépitude. Nous manquons pourtant presque entièrement des moyens d'apprécier dans quelle mesure les œuvres d'art et les monuments souffrirent à cette époque*.

Athènes fut la seule ville, à notre connaissance, qui sauva

') Trebell. Poll., Gallien., 17, 7.

5) Syncell., p. 382 d (P.). Trebell. Poll., loc. cit., i3, 8.

^) Syncell. et Trebell., loc. cit. Le déluge gothique qui inonda la Thrace, rionie, la Macédoine et l'Achaïe sous Gallien est mentionné d'une manière générale par Euseb., Chronic. (éd. A. Schône), II, p. 183. Aurel. Vict., Goes. 33. {Licin. Gallien.). Cf. Eutrop., IX, 8. Gros., VII, 22. EvAGR.,iîisf. EcGles.,V,2^.

*) Syncell. et Trebell., loc, dt.

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