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encore cette fois un reste de l'honneur des armes grecques. En Attique, où les Goths débarquèrent sans doute dans le Pirée ouvert, on fut complètement étourdi par le premier choc des Hérules et des Goths. Il est probable qu'il n'y avait sur place que peu de soldats romains. Les éphëbes d'Athènes, les autres étudiants de l'Université montrèrent-ils quelque chose de cet esprit qui, 311 ans auparavant, avait poussé tant de jeunes Romains à Athènes sous les aigles de Brutus? nous l'ignorons. Bref, ni même les remparts nouvellement restaurés, ni les armes de la bourgeoisie ne sauvèrent Athènes de l'irruption des Goths dans la ville de Périclès, qui, depuis Fufîus Calenus, n'avait plus vu l'ennemi devant ses portes. Les rues et les places, qui jusqu'ici n'avaient été animées que par des troupes bruyantes de citoyens toujours remuants et d'étudiants venus de toutes les parties du monde romano-grec, résonnaient maintenant des signaux mugissants des cornes de bœuf et des cris de guerre des Goths. A la place des manteaux rouges des sophistes et des robes noires des philosophes, on y voyait flotter maintenant les fourrures des Germains. Wodan et Donar avaient vaincu Zeus et Athêné ^ Mais tout ne se borna pas à cette sauvage poésie des contrastes. Il est possible que l'Acropole, au moins, ait pu être défendue, quoiqu'il ne
*) Le fait qu'Athènes a été réellement prise alors par les Goths n'a été mis sérieusement en doute chez les modernes que par K. Fr. Hermann, qui {Griech. Staatsalterthûmer , ¥ édit. , § 190, 13, p. 565, en l'an 265 par erreur) prétendit qu'Athènes repoussa les incursions des Goths par son heureuse position. (Chez Hoyns, Geschichte der sog. dreissig Tyramien, p. 32, la brièveté de l'expression paraît seule être cause si le lecteur peut être amené à supposer que ce savant, lui aussi, attribue à Dexippe une défense d'Athènes couronnée de succès ; et Sievers, Bas Leben des Libanios, p. 44^ n'exprime des doutes que d'une manière générale). Le fait lui-même est mentionné d'une manière précise par Syncell., p. 382 d{P.). Zosim., 1,39, 1 ; comme aussi Zonaras (sur sa fausse chronologie, voy. plus bas, p. 157, 2), A,nnal., II, 26, p. 635 d (P.), Le même fait ressort évidemment du discours de Dexippe qui sera cité plus loin, lequel semble du reste prouver qu'Athènes a été prise par les Goths à la suite d'une ruse de guerre, d'une surprise ou d'une attaque soudaine. (Dexippi Fragment., dans l'édition de Bonn ou de Niebuhr du Corpus Scriptor. Histor. Byzantin., vol. I, p. 27 et 28 : et tk riva xa"i ItzX toTç e'cpy^fxevotc to Trj; tioXewç Tïtaîdfxa exirXiqacret, xa\ 8i' aùxb à8u(x6ç ècttiv, faTto xdiç tô uXeîaraç t&v tïôXswv 1% evéôpaç uub tïov uoXe(xc(ov f^pr^îjiva;. DiNDORF, Historic. Grsec. Min., I, p. 187).
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soit pas facile d'ea faire la preuve. Mais la ville elle-même eut beaucoup à souffrir. Il est possible que les Goths, satisfaits de leur facile victoire et — comme H93 ans plus tard les Osmanlis — enthousiasmés par l'éternelle beauté des édifices anciens et modernes, se soient abstenus d'allumer de grands incendies et de détruire complètement la ville, d'autant plus que l'on sait qu'ils s'attardèrent longtemps dans Athènes et dans ses plaisirs. Il est possible, d'autre part, que l'ardeur et la fureur de la lutte ait mis sur quelques points la torche à la main des conquérants, et il est permis au moins de supposer que c'est à cette occasion qu'eut lieu le grand incendie qui détruisit si complètement rOdéon d'IIérode Atticos S un édifice qui, par sa situation au sud-ouest de l'Acropole et par sa colossale masse de pierres, pouvait servir d'ouvrage extérieur à la citadelle et était exposé par là-même aux plus violentes attaques des Goths. La population d'Athènes, de son côté, quoique peut-être les Germains, après les premières fureurs de l'assaut, eussent été plus disposés à piller et à jouir ou à faire des prisonniers qu'à massacrer, la population semble être en grande partie sortie de la ville pour se réfugier dans les montagnes, où elle trouva provisoirement quelque sécurité. La splendide cité resta donc, pour le moment, complètement abandonnée aux Germains : la brutale fureur de la destruction, chez ces sauvages enfants de la nature, doit avoir, dans l'orgueil de la victoire ou l'excitation de l'ivresse, détruit plus d'un noble ouvrage de l'art, comme aussi peut-être leur grosse gaieté a sans doute empêché plus d'un crime inutile. Pourtant, nous ne connaissons en particulier qu'une scène de cette nature ^
*) R. ScHiLBACH, Ueher das Odelon des Herodes Attikos, p. 13. Je ferai pourtant remarquer, dans l'intérêt de la vérité, que Schilbach n'exprime pas Jui-même cette hypottièse précise sur la date de cette destruction. Plus d'une ruine a pu être faite après, quand les Goths furent expulsés d'Athènes.
2) Elle est racontée dans Zonaras {Annal., XTI, 16, p. 635 d. P.), qui exagère du reste en prétendant que tous les livres existant à Athènes furent traînés sur le bûcher. On regarde aujourd'hui comme certain (cf. Bernhardt, p. 134 sqq. Elltssen, Zur Geschichte Athens nach dem Verluste seiner Selbstdndigkeit, p. 129. Duncker, p. 36. Wietersheim, III, p. 454. Zinkeisen, p. 586) que ce que Zonaras raconte d'Athènes en cet endroit se rapporte à l'année 267, et non à la grande invasion gothique sous Claude, Pour l'his-
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(( Une bande de guerriers germaniques, est-il dit, avait eu la fantaisie, entre autres, de faire un feu de joie avec les livres d'une des nombreuses bibliothèques athéniennes. Déjà les volumes étaient amoncelés en un grand tas, et la torche était prête pour accomplir le crime de lèse-intelligence ; mais une saillie d'un Goth, qui était tout particulièrement estimé de ses compagnons pour sa sagesse, sauva ces trésors littéraires de la destruction. Le vieux soldat trouva que les jeunes hommes de sa nation devaient s'abstenirde cet acte; qu'il fallait laisser les Hellènes s^absorber dans ce fatras et dissiper leur temps et leurs forces dans ces grimoires, parce qu'alors les Germains n'auraient que plus de facili té à vaincre Tépéeàla main de tels adversaires ». C'était la même manière de voir, le même esprit que nous retrouvons plus de deux siècles plus tard chez la noblesse gothique d'Italie, à la cour du grand Théodoric et d'Amalasonthe. Mais en l'année 267, les Goths et les Hérules devaient apprendre bientôt, de la manière la plus désagréable pour eux,
toire des livres à brûler, cf. encore Cedren. (P.) p. 259 a, et Anonymus post DiONEM (cf. C. MûLLER, Ffagm. Hist. Grsec, IV, p. 196), 9, Claudius, 1, où Zonaras a puisé. Fallmerayer, dans l'écrit qui fît époque en son temps : Welchen Einfluss hutte die Besetzung Griechenlands durch die Slawen auf das Schicksal der Stadt Athen und der Landschaft Attika ? 1835, s'appuyant sur la Chronique du couvent de Saint-Anargyri (où du reste, à la façon d'autres Byzantins, on nomme le libérateur d'Athènes non pas Dexippos, mais Cléodamos, cf. ci-après) rapporta ce renseignement (p. 20 sqq.) que les Barbares brûlèrent dans l'Attique des arbres, détruisirent ou dévastèrent des temples, renversèrent dans le temple de Zeus Olympien en particulier six colonnes. Ellissen (1848), loc. cit. p. 124 sqq., avait encore accepté cette affirmation. Mais déjà Finlay, Griechenland unter der Rômern, trad, allem., p. 85, note 80, soulève en passant des doutes sur la sûreté de cette source et la possibilité de détruire facilement les colonnes de l'Olympiéon. Récemment on a démontré (Fallmerayer en convient lui-même dans ses Fragmente ans dem Orient, II, p. 474) sur des points importants rinexactitude absolue, ou plutôt l'inauthenticité des Fragments d'Anargyri. Ross (dans l'ancienne Kieler Monatsschrift, 1853, p. 594-603, dans la dissertation « war Athen jemals vier Jahrhunderte verôdet ? » comme aussi dans ses Archdologische Aufsdtze, II, p. 113 sqq. et 142 sqq.) et K. Hopf, Griechenland im Mittelalter, tom. LXXXV, sect. 1 de VAllgemeine Encyklopàdie, p. 108 sqq., ont prouvé d'une manière si triomphante la confection de cette soi-disant chronique, non au xe, mais au xviii^ ou au xix*' siècle, que même les notices plus anciennes ne peuvent plus prétendre à l'honneur d'être des sources. Sur l'immense richesse des Athéniens d'alors en livres, voy. encore Aristid. ap. Phot., Bibl.^ p. 408 a. 29.
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que les véritables hommes de science, par cela seul qu'ils ont consacré leur vie aux plus nobles études, ne sont pas forcément une race énervée et sans énergie. Cette fois, au moins, Athene devait l'emporter sur le brutal Ares, ou sur leur Donar, comme purent le dire les Goths dans leur langage. .
Peu à peu la défense des Romains et des Hellènes contre les envahisseurs commença pourtant à s'organiser. Selon toute vraisemblance, la nouvelle grande invasion des Goths en 267 avait aidé puissamment la reine Zénobie à Palmyre dans l'exécution de l'idée qu'elle avait eue dès son avènement au trône , de proclamer ouvertement le détachement de rOrient de l'empire romain ; et on est assez porté à supposer que la plus grande partie des troupes avec lesquelles Héraclianus eut le dessous contre les soldats de Palmyre avaient été enlevés à la défense des provinces grecques contre les Goths parla nouvelle hostilité de Zénobie en face de l'empire. Comme le général Claude ne pouvait quitter le Danube sans les plus graves dangers, Gallien lui-même conduisit enfin, avec Marcianus, qui s'était déjà fait connaître en Achaïe, une armée d'Italie en Grèce, pendant que la flotte romaine du Bosphore, conduite apparemment par Cléodamos*, se mit enfin en mouvement pour aider à dégager F Achaïe.
Cependant on avait déjà commencé en Attique à se défendre soi-même. Il vivait à cette époque à Athènes un homme distingué qui jouissait de l'estime universelle aussi bien comme homme d'État pratique que comme savant de valeur, surtout comme historien d'un talent rare dans ce temps-là. C'était l'éminent Publius Hérennius Dexippos d'Hermos, fils de Ptolemseos Dexippos, de la famille des Céryces, dont le chef avait déjà reçu de l'empereur Commode le droit de cité romaine.
*) Pour l'approche de la flotte romaine, voy» Dexipp., Iog. cit,, p» 27. Le récit de Zonaras (XII, 26, p. 635 t?. P*) est particulièrement intéressant. Cléodamos y est un Athénien. (Les généraux byzantins Cléodamos et Athenaeos de Trebellius PoUion [sup. p. 154, 1] sont fondus en un seul, l'Athénien Cléodamos). Celui-ci réussit à sortir d'Athènes et rassemble une armée, avec laquelle il attaque les Goths par mer. On pourrait tout concilier en admettant que Cléodamos se trouvait à Athènes au moment de l'attaque des Goths, et qu'il en sortit d'accord avec Dexippe pour amener au secours de la ville la flotte romaine de la mer Egée. Cf. Waghsmuthj Die Stadt Athen, p. 709.
-160 DEXIPPE
Né à Athènes, probablement professeur à l'université de cette ville, il s'était fait depuis longtemps un nom comme rhéteur et comme philosophe dans le goût du temps. En sa qualité d'Athénien de famille ancienne, cultivée et riche, il avait exercé avec distinction les liturgies traditionnelles ; il avait, en particulier, dirigé la procession solennelle et les luttes dans les grandes Panathénées. Nous ignorons si c'est avant l'attaque des Goths ou après qu'il a revêtu dans la petite république les dignités d'archonte-roi et d'archonte-éponyme. Mais c*est surtout comme historien qu'il était devenu très populaire. Ce n'est pas seulement à l'histoire savante du passé, à celle des Etats « hellénistiques » issus de la monarchie d'Alexandre, ou au passé de la Grèce en général qu'il a consacré ses loisirs. Il a écrit l'histoire de son propre temps, et, dans un ouvrage spécial, celle des guerres gothiques de ce siècle : c'est dans ses ouvrages que les historiens romains de l'époque suivante et les historiens byzantins ont puisé leurs meilleurs renseignements sur ces guerres ; malheureusement^ sauf quelques débris, ces ouvrages sont perdus pour nous^
') Le nom complet de cet homme de valeur se trouve dans Bockh, C. I. Grsec, I, no 380: le nom de son père dans cette inscription est Ptolemeeos; dans Suidas, s. v., Dexippos. Sur la famille des Herennius et le sacerdoce héréditaire dont Dexippe était en possession, ainsi que du droit de cité romaine, voy. Bôckh, loi\ cit., et les inscriptions n°s 190 et 353, avec le commentaire de Bôckh, ainsi qwe Mommsen, Bom. Gesch., V, p. 257. Cf. aussi W. ViscHER, dans le N. Schweizer. Museum, III (1863), p. 52, et Meier, Comment. Epigr., II, p. 75,2. La vie de Dexippe est résumée no 380. Les indications des anciens se rapportent du reste surtout à la valeur de Dexippe comme savant, notamment comme historien. Sa valeur comme savant est caractérisée en général par Eunapius (éd. Boissonade), Vit. Sophist. Vit. PorpMjr. fin. (p. 21). Éllissen, Zur Geschichte Athens nach dem Verluste seiner SelhstàndigJieit, p. 126, identifie l'historien Dexippe avec le péripatéticien du même nom. Sur Dexippe, cf. Eunapii proœmium sur le livre I de sa propre laropc'a [leza Azl. (Cabl Mûller, Fragm. Hist. Grœc, IV, p. 11 sqq.). Evagr., Hist. hJccl., V, 2i. Suidas, s. v. Photius, Biblioth. cod. 82. Tzetz., Chil. Hist., IX, 274 sqq., et de notre temps notamment Niebjhr dans sa dissertation sur Dexippe, dans la première partie de son édition du Corpus Scriptorum historix Byzantinde, p. xiv sqq. Carl Muller, dans sa collection des Fragmenta Historicorum Grœcorum, III, p. 666 sqq. Ellissen, loc. cit., p. 126 sqq. Wietersheim, Geschichte der Volkerwanderung , II, p. 104. Les ouvrages historiques de Dexippe étaient : 1° une histoire du temps macédono-hellénistique après Alexandre
DEXIPPE 161
Comme son compatriote Xénophon, Dexippe ne fut pas seulement un héros la plume à la main. Il possédait lui-même des qualités militaires remarquables qui lui firent une place parmi les héros des guerres gothiques, et qui lui permirent, dans ce temps de fautes et de destructions, de cueillir pour lui-même et pour Athènes sa patrie une feuille dans Fimmortelle couronne de lauriers des vainqueurs de Marathon et de Platée.
Dexippe, dans la force de l'âge à cette époque, n'étant chargé d^aucune fonction publique déterminée au service de Rome ou d'Athènes * au moment de la fuite en masse des Athéniens sur leur territoire rural, sut, par son influence personnelle, rassembler une troupe d'hommes résolus, composée sans doute de quelques soldats en activité, de vétérans romains, d'étudiants, de citoyens, de paysans de l'Attique : à leur tête, il se retira dans une position couverte non loin de la ville, pendant que les Goths et les Hérules se délectaient à Athènes dans toutes les jouissances méridionales. En même temps, il se mit en toute hâte en relation avec la flotte romaine de la mer Egée. Aussitôt que la petite armée du vaillant historien, deux mille hommes, d'après ses indications, fut suffisamment organisée et armée, il prit l'offensive. Dexippe nous a conservé lui-même le discours enflammé par lequel il sut électriser ses frères d'armes et les rendre capables d'effort et de constance. « C'est la bravoure , mes frères, leur dit le jeune capitaine, ce n'est pas le nombre des combattants qui donne la victoire. Notre nombre pourtant n^est pas à dédaigner, puisque nous sommes deux mille guerriers. Notre position est très forte. D'ici nous pouvons faire le plus grand
le Grand, en quatre livres; 2° une histoire universelle depuis les temps les plus anciens jusqu'à l'empereur Claude le Gothique, apparemment en douze livres; 3° une histoire des guerres gothiques du iii® siècle ap. J.-G.
*) Si le fragment de la description par Dexippe des guerres scythiques (gothiques) dans Carl Mûller, Fr. Hist. Grœc, III, p. 681, à la fin du n° 21. DiNDORF, Hist. Grœc. Min., I, p. 188 (oTt aXvetvoTlpa àv6pt àpxV e^o.vTi X. T. X) est à sa véritable place, il semble que Dexippe parle comme un homme en fonctions ; mais il s'agit sans doute seulement de sa nouvelle position de stratège, après qu'il a été choisi comme chef par les Athéniens fugitifs.
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mal à l'ennemi, en attirant ses colonnes dans des embuscades et en surprenant des corps isolés. Si nous opérons de cette manière, chaque succès nous donnera des forces nouvelles et jettera l'inquiétude parmi les ennemis. S'ils viennent nous attaquer ici, nous résisterons bravement. Cela nous sera facile, grâce à la force de notre position et à la forêt voisine : en effet, ils ne pourront nous attaquer qu'en ordre dispersé ; protégés par la forêt et le terrain, nous pourrons, sans craindre leurs traits et leurs coups d'épée, les couvrir en toute sécurité de nos projectiles. Mais dussions-nous avoir à les combattre en rase campagne, n'oubliez pas que le courage grandit avec le danger et que, plus la décision est douteuse, plus la lutte devient ardente. N'oubliez pas surtout que la fortune sourit souvent inopinément à ceux qui, dans le comble du malheur, combattent pour les biens les plus précieux, enflammés par l'espérance et le besoin de vengeance ! Qui plus que nous a le droit d'être animé d'une juste colère, nous qui voyons nos familles, nos amis, notre ville au pouvoir des ennemis? »
« Il est certain que ceux qui sont forcés de suivre nos ennemis, dès qu'ils pourront espérer de reconquérir la liberté, se précipiteront sur eux, en voyant que nous attaquons hardiment ^ Je sais en outre certainement que la flotte impériale, qui arrive à notre secours, n'est pas loin : unis avec elle, nous sortirons victorieux du combat. Du reste, notre exemple excitera les autres Hellènes à se soulever de même. Quant à moi, je partagerai tous vos dangers; votre sort sera le mien, je combattrai à côté de vous pour vos biens les plus chers et pour la gloire ; ce n'est pas par moi que sera souillé l'honneur de notre cité ! Nous sommes tous mortels, mais la mort pour la patrie est le sort le plus beau et le gage d'une gloire inflétrissable ! »
« Qu'aucun de vous ne se décourage parce que nous avons déjà perdu notre ville ! N'oubliez pas qu'à la guerre les villes
*) Cf. DiNDORF, p. 187. On peut appliquer cela à des prisonniers romains et grecs, forcés par les Goths et les Hérules à les seconder dans les opérations contre leurs compatriotes de l'empire.
DISCOURS DE DEXIPPE 163
sont le plus souvent prises par ruse ou par surprise. En ce moment, les avantages du terrain sont tous de notre côté. Le succès s'y mettra aussi, car notre cause est la plus juste des causes, puisque ceux contre lesquels nous nous soulevons nous ont les premiers fait souffrir l'injustice ! Dans la direction des affaires humaines, la divinité aime à apporter un adoucissement aux plus grands maux et à leur donner une issue heureuse. Nous, Athéniens, ce qui nous sera utile, ce qui nous siéra, c'est de nous souvenir du grand passé de notre cité et de donner aux autres Hellènes un exemple éclatant de ce que peut la bravoure et l'amour de la liberté : par nos exploits , nous prouverons glorieusement à nos contemporains et à la postérité qu'aucun malheur ne peut briser le courage et l'énergie des hommes d'Athènes. Que notre cri de guerre soit : Sauvons nos enfants et tout ce qui nous est cher et précieux ! Invoquons l'assistance des dieux immortels * ».
Le discours de Dexippe, toute sa conduite, que nous pouvons comparer avec l'attitude de Xénophon encourageant les Grecs et les commandant avec habileté dans leur camp de la plaine d'Assyrie après l'arrestation de Cléarque par Tissapherne, exercèrent sur les siens l'effet enflammé qu'il en attendait ^ C'est alors que le brave général mit son plana exécution. Il avait sans doute pris position à l'ouest ou au nord-est d'Athènes ^ sous le grand bois d'oliviers ou dans la région de Céphisia. Il réussit sans doute à diriger sa troupe en petits détachements sur les différentes hauteurs qui dominent Athènes. Après que par une série de petits combats les Hellènes se furent habitués graduellement au terrible aspect, au choc impétueux, aux cris de guerre et aux masses d'armes des
*) Pour le discours de Dexippe, voy. dans Niebuhr, Dexippi Fragm.^ loc. cit., p. 26-28, ou dans Dindorf, Hist, Grsec. Min., I. Dexippi fragm., 20, p. 186-189.
*) Dexippi Frûgm., loc. cit., p. 28 fin. Dindorf, p. 188.
') C'est ce que suppose avec raison sans doute Ellissen, loc. cit., p. 127* Si dans Dèxipp. loc. cit. p. 26, et dans Dindorf, p. 186, il est question d'une O'Xy;, ce ne peut être que le bois d'oliviers ou la contrée de Céphisia ; car l'Hymette était alors complètement dépouillé d'arbres, et les forêts du Parnès étaient trop éloignées pour observer la ville et pour attaquer les partis de Goths qui parcouraient l'Attique.
164 LES GOTHS CHASSÉS DE l'aTTIQUE
Germains, après que les colonnes volantes des Goths eurent été partout rejetées sur Athènes avec de grandes pertes*, les Hellènes finirent par chasser complètement les Goths de l'Attique. Comme, lorsque le dernier coup fut porté, la flotte romaine sous Cléodamos prit une part décidée à Taction % on peut supposer que Fattaque des Romains contre la flotte gothique du Pirée appela toute l'attention des Germains sur le port et facilita considérablement aux Hellènes la prise d'Athènes.
La flotte romaine a du vraisemblablement alors prendre et détruire toutes les embarcations des Goths et des Hérules dispersés dans TAchaïe. C'est pour cela, sans doute, que les Germains se virent forcés de commencer leur retraite vers le nord par la voie de terre, souvent sous la conduite de transfuges et d'esclaves grecs qu'ils avaient délivrés et qui augmentaient l'effectif des Barbares. Mais il est impossible de déterminer avec exactitude^ la route que prirent alors
*) Syncell., p. 382 d. (P.) mentionne expressément des combats victorieux contre les Goths dans des positions montagneuses de l'Attique. La victoire des Athéniens sur les Goths sous Dexippe est brièvement mentionnée dans Thebell. Poll., Gallien., 13, 8. (Une attaque des Goths contre Eleusis et son temple semble être indiquée dans Bôckh, C. I. Grœc, I, p. 449, no 401).
2) C'est le récit de Zonaras, XII, 26, p. 635 d. (P.) lequel, comme il a été observé plus haut, se rapporte évidemment à ce temps. Sur cet épisode de l'histoire athénienne, voy. Wachsmuth, Die Stadt Athen, p. 707-709.
') Je ne puis pas me résoudre à tirer quelque conclusion certaine de l'ordre dans lequel Trebell. Poll., Gcdlien., 13, 8, nomme les pays grecs traversés par les Goths et les Hérules dans leur retraite vers le Nord. La nouvelle leçon que H. Peter donne dans son édition de l'Histoire des empereurs, « per Epirum, Macedoniam, Boeotiam vagati sunt », ne permet aucune hypothèse certaine. Mais si l'on s'en tient à la leçon usuelle « per Epirum, Acarnaniam, Boeotiam n, il faut bien se garder d'appuyer sur elle des combinaisons stratégiques comme celles de von Wietersheim, op. cit.,ll,ip, 329 sqq., qui fait aller les Germains d'abord en Épire, au nord de laquelle ils sont arrêtés par une armée, les fait reculer ensuite jusqu'en Béotie, d'où ils s'ouvrent un passage vers la ThessaHe. Si l'on veut risquer une hypothèse, il n'y a que celle qui est donnée plus haut dans le texte: marche des Germains d'Attique en Béotie. Gallien avait peut-être dirigé Marcien vers la Grèce: pour l'éviter, les Germains se dirigent vers l'Épire, où, effrayés par la nouvelle de la présence de l'empereur en Illyrie, ils traversent les passages qui leur restent ouverts et pénètrent dans le nord de la Thessalie ou le sud de la Macédoine, jusqu'à ce qu'ils tombent pourtant dans les mains
DÉFAITE DES nÉRULES
les Goths. Il n'est pas invraisemblable qu'ils aient passé en Béotie, en Acarnanie et en Epire ; que la nouvelle de l'approche de Gallienles ait décidés à passer par les montagnes en Thessalie. Enfin, il est reconnu comme certain que c'est sur le Nestos que l'empereur Gallien les attaqua en personne. Une de leurs bandes fut forcée, surce point, de livrer une bataille dont Tissue fut complètement à l'avantage des Romains. Les Germains avaient perdu 3,000 hommes, et c'est à la suite de cette affaire que capitula un de leurs chefs, le roi des Hérules Naulobat, qui entra avec les siens au service de Rome*. Ce cours que prirent les événements permit sans doute d'arracher aux Germains de nombreux prisonniers de toutes les classes de la population des pays romano-grecs quails aimaient à emmener en foule avec eux. Une partie des Germains échappa
de Gallien. L'inondation de l'Épire, de la Thessalie et de toute la Grèce, dont fait mention Ammien Marcellin (XXXI, 5, 17) dans son esquisse des guerres gothiques du iii« siècle, se rapporte évidemment à la guerre de
*) Une défaite considérable des Goths et consorts dans « l'IUyricum » par Gallien est mentionnée par Trebell. Poll,, loc. cit., 13, 9. Mais il est très difficile de désigner sûrement la localité, parce que nous en sommes réduits essentiellement à la pauvre notice de Svncell., p. 382 d (P.). Prise à la lettre, elle nous ferait admettre que les Athéniens seuls, avec la coopération de l'empereur Gallien, auraient décidé de la guerre, en dehors de leur première victoire « xa\ xptçx'^'Q^Ç àveXovTsç uapà xbv Nécttov ». Or, vonWieters- HEiM, op. cit. II, p. 328, est le seul qui fasse franchir à Dexippe la frontière de l'Achaïe (ou bien faudrait-il admettre un soulèvement vengeur et victorieux de tous les Grecs contre les Goths?) Les autres savants se tirent de ce passage en transformant àvsXovTsç en àvsXovxoç, et en rapportant ce mot à Gallien nommé immédiatement auparavant dans le texte grec. Quant au Nessos, locahté qu'on ne trouve nulle part, à moins de conjectures tout à fait forcées, dans les pays grecs au sens étroit du mot, on a pris l'habitude d'y reconnaître le Nestos, fleuve connu comme la limite entre la Thrace et la Macédoine, en s'appuyant sur la donnée générale de Trébellius PoUion, comme aussi sur Zosime (I, 39 init et 40 init.) qui parle de la Thrace. D'autre part, Zinkeisen, Geschichte Griechenlands, I, p. 590, me paraît contester sans raison le fait d'une lutte sur le Nessos ; car Syncelle ne parle pas du tout d'une bataille rangée, ce que Zosime met surtout en doute. Il n'y a pas non plus de raison majeure pour admettre avec Zosime que Syncelle ait entendu parler ici de la bataille de Claude à Naïssus et ait avancé de la sorte de plusieurs années la reddition de Naulobat. Zonaras {Annal., XII, 24 init. P. p. 631 c) parle d'une manière très vague d'une victoire de Gallien sur les Hérules. Sur l'ensemble des événements, voy. Mommsen, Rom. Gesch.y V, p. 224. . •